Contribution a la Vie du Reseau


Un premier élément fondamental à rappeler, en-deça de nos frustrations ou questions à propos du fonctionnement et de la fonction du réseau est qu’il constitue une structure originale – dans le sens où ce type de structure n’a jamais existé auparavant – et qu’il a été construit sur la base d’une idée extrêmement importante : celle de faire se rencontrer, pour un travail commun, des camarades défendant des positions divergentes. Il était en effet de tradition dans notre milieu politique très sectaire, de ne travailler que sur une base programmatique commune. En-dehors de cela, on était dans la polémique. Une première ébauche d’ouverture avait été tentée avec la création de la RIMC mais celle-ci montrait son incapacité à constituer une dynamique vivante : c’était au lecteur de faire dialoguer les points de vue divergents. C’est pourquoi il nous semble important de réinsister sur le maintient et l’utilisation vivante de cette structure.

Compte tenu de ce préalable, nous pouvons tenter de comprendre la situation actuelle en nous posant deux questions : approfondir quoi, avec qui et dans quelle perspective ; qu’est-ce que l’approfondissement et ses conditions.

1. Quoi, avec qui et avec quelle finalité ?

La création du réseau correspondait à une constatation : le milieu politique était confronté à des questions – nouvelles pour les uns, simplement insuffisamment appréhendées pour les autres – auxquelles nous n’avions pas donné de réponse satisfaisantes.

Quoi ?

Nous nous trouvons là devant une première ambiguïté : pour les uns, il s’agit de questions nouvelles et non encore traitées par la Gauche communiste au sens large. Parmi ces questions : l’évolution du capitalisme qui fait face à sa crise fondamentale, développe des mécanismes d’adaptation avec toutes les implications de transformations profondes que cela entraîne (recomposition de la classe…). Pour d’autres, il s’agit de la poursuite de l’évolution de ce mode de production et notre tâche est de poursuivre le travail d’analyse du fonctionnement du système économique.

De ceci découle une deuxième ambiguïté : s’agit-il de résoudre les problèmes avec les outils théoriques « traditionnels » (Marx, les acquis des Gauches communistes…) ou s’agit-il de remettre en question ces outils théoriques, d’en constater les manques et, parfois même, les inexactitudes en replaçant la théorie dans une vision plus historique ?

Notre volonté commune d’approfondissement théorique partait donc sur des bases parfois très différentes : approfondir, oui, mais quoi ? En outre, chacun d’entre nous partait avec un quota de positions « inamovibles » : certains points de la théorie constituant des points d’appui qu’il n’était pas question de remettre en cause sous peine de perdre toute la cohérence théorique alors que pour d’autres, ces points étaient justement ceux qui faisaient barrage à la compréhension adéquate de la situation actuelle (comme la périodisation) et étaient donc à rejeter.

Ceci nous a amené à avoir le réflexe de définir une sorte de base de principes politiques sur lesquels nous pouvions nous mettre tous d’accord (le document établit lors de la création du réseau ; la question des « critères » pour intégrer le réseau) et a amené au sein du réseau le développement de discussions qui reflétaient bien cette dynamique : certains remettant toutes les positions – y compris les fameuses « frontières de classe » en question, d’autres estimant ne même pas devoir reprendre la discussion de ces fondamentaux.

Qui ?

Si la volonté d’ouverture était et reste présente, on peut quand même s’interroger – je n’ai personnellement aucune réponse – sur la composition actuelle du réseau : il a été approché, traversé, par des camarades parfois isolés, venant parfois d’horizons géographiques et politiques très différents. Nous sommes restés ouverts, tout en déclarant ne pas être ouverts à tous et, aujourd’hui, à peu de choses près, la composition du réseau ressemble fortement à la composition du petit milieu politique qui a toujours maintenu des contacts plus ou moins soutenus. Notre dynamique interne a-t-elle découragé, voire exclu, sans le vouloir, les camarades aux positions et aux démarches plus « périphériques », plus individuelles ?

Pourquoi ?

Là aussi, nous nous trouvons peut-être confrontés à une ambiguité : pour une bonne partie d’entre nous, l’activité politique régulière se déroule au sein d’un groupe de discussion, d’un groupe politique organisé, au sein d’un groupe qui réalise une revue. C’est cette activité qui induit la continuité et la régularité dans l’activité de réflexion. Si des questions sont posées, si des confrontations ponctuelles ont lieu, si des idées nouvelles sont lancées au sein du réseau, ce n’est pas vraiment ce dernier qui sert de creuset au développement de ce qui est venu traverser le réseau. Au fond, ne nous sommes-nous pas trompés en espérant du réseau qu’il constitue, en lui-même, le lieu de l’approfondissement théorique et de sa continuité. Ou devons-nous concevoir le réseau comme un outil de discussion ouvert sur le monde qui vient s’articuler aux différentes pratiques politiques ? Cet aller-retour entre le réseau et les contributions des différents membres qui le composent se fait d’ailleurs naturellement : des articles de revue, contributions, tracts, etc. sont commentés par des camarades du réseau. Penser l’approfondissement comme un processus beaucoup plus fragmenté et global, effectué dans des temps différents et dans des lieux différents nous permet à la fois de ne pas perdre de vue le travail d’ensemble qui est réalisé (même si c’est avec confusion et difficulté) et redonnerait sans doute au réseau une vision plus positive de sa propre fonction. Notre erreur aurait alors été de concevoir le réseau comme le lieu unique de cet approfondissement.

2. De quoi parlons-nous en parlant d’approfondissement et quelles en sont les conditions ?

Pour moi, la confrontation est un moment ; l’approfondissement est un processus. Et pour qu’un processus se développe, il faut qu’il se place dans une continuité de cadre et de temporalité. Il doit être soutenu par une structure suffisamment stable pour que les différentes étapes et les différentes traces de ce questionnement théoriques ne soient pas perdues et pour garantir le temps nécessaire à la poursuite de la réflexion. Le réseau ne constitue pas une structure suffisamment stable pour permettre ce type de travail. Il ne constitue pas non plus la structure au sein de laquelle peut s’élaborer une publication ou des prises de position communes comme des tracts. Par contre, comme je l’ai indiqué plus haut, il représente un outil fondamental de contribution à ce processus d’ensemble. Par son ouverture, sa souplesse, il permet la rencontre avec des camarades qui n’auraient jamais approché une structure plus formalisée. Il permet des moments de confrontation, des échanges d’informations, une réactivité beaucoup plus importante qu'une structure plus fermée. En cela, il alterne les moments de silence et d’interpellation qui viennent questionner et nourrir le processus d’approfondissement.

3. En conclusion

La création du réseau correspond à la nécessité d’approfondir un questionnement quant au fonctionnement du rapport social global dans lequel s’inscrit le prolétariat.

Mais notre erreur a sans doute été de considérer ce réseau comme le lieu même de cet approfondissement. Or, il ne remplit pas les conditions matérielles pour permettre en son sein la réalisation de ce travail théorique.

Il doit donc être vu pour ce qu’il est : c’est-à-dire un outil de rupture avec le sectarisme habituel des groupes politiques ; un temps de confrontation, d’information et d’échanges participant au processus global d’approfondissement.

Comme PI l’a très souvent souligné, l’approfondissement ne peut être réalisé par un seul groupe : il est porté par l’effort commun de l’ensemble des forces révolutionnaires dans leurs diversités de visions et de pratiques. Il importe de replacer le réseau dans cette vision collective.

Rose

Juin 2007.


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