REUNION DE DISCUSSION 20 MARS 10 – OBAMA, LA FAILLITE DE L’HOMME PROVIDENTIEL


Durant plusieurs réunions de discussion, nous nous sommes focalisés sur la crise économique, sa profondeur, ses racines et ses conséquences.

Aujourd’hui, nous avons souhaité revenir sur le bilan du gouvernement Obama, non parce que nous aurions imaginé que quelqu’un dans notre assemblée puisse être étonné par le bilan actuel, mais pour aborder un aspect que nous avons peu évoqué depuis pas mal de temps : le type d’idéologie mis en place par la classe dominante et son lien avec la question de la perspective de changement de société. Nous pensons qu’il y a des questions nouvelles à éclairicir,et que ce qui se passe aux EU peut nous y aider … .

En effet, la crise économique constitue un facteur qui a un impact très important sur le prolétariat. Cet impact peut être celui de l’abattement, du découragement et du repli sur soi. Mais, s’il s’accompagne d’un questionnement sur les raisons de la crise, sur un refus de l’acceptation de sa logique et de ses effets, cet impact peut alors contribuer au développement de la conscience de classe. Ainsi, après nous être questionnés sur la crise économique, il était logique de revenir sur la manière dont la classe dominante allait tenter d’en désamorcer la potentialité de questionnement pour le prolétariat. Et à ce titre, les thèmes de campagne d’Obama et son élection même allaient permettre de le présenter comme l’homme providentiel, renforçant ainsi un des outils idéologiques de maintien du questionnement dans le cadre de la logique capitaliste. De plus, il faut aussi souligner que cet impact idéologique a largement dépassé les enjeux et les frontières de la seule Amérique.

Aux Etats-Unis, l’ère Bush avait été marquée par la lutte contre le terrorisme et ses effets, à savoir, l’engagement sur le terrain militaire de nombreuses troupes américaines. Et si l’invasion en Irak avait semblé confirmer la suprématie américaine, la gestion de la présence des troupes sur le terrain irakien et afghan s’était rapidement transformée en un bourbier inextricable. Les cercueils de G. I’s revenant au pays, ainsi que les sommes pharaoniques englouties dans le budget miliaire faisaient enfler le mécontentement. De même, si la nation américaine s’est retrouvée unie contre un ennemi commun après les attentats du 11 septembre, les priorités du quotidien ont vite repris le dessus et le peu d’attention et de moyens accordés à l’accroissement du chômage, à la paupérisation ou aux sinistrés de la Nouvelle-Orléans ont participé à cette vague de mécontentement vis-à-vis de la politique globale menée par Bush. A travers le monde, la politique de la puissance dominante américaine alimentait aussi la question plus générale du sens dans lequel le monde évoluait. (Affirmer le pouvoir indiscuté du capitalisme et de son représentatnt, EU, ne suffisait plus). Un changement de discours s’imposait donc de manière urgente. Et la classe dominante internationale savait que la réponse qui serait donnée aux interrogations aux Etats-Unis servirait à renforcer l’idéologie dominante à travers le monde.

Obama était présenté comme l’homme providentiel c’est-à-dire l’homme du changement réel : il promettait un monde où les tensions impérialistes seraient davantage réglées par la diplomatie que par l’engagement militaire ; une crise économique qui serait prise à bras-le-corps, qui punirait les banquiers avides et corrompus, où les dirigeants économiques incapables seraient sommés de venir rendre des compte (GM), le monde de la finance serait « régulé » ; une attention plus grande serait consacrée aux plus défavorisés, aux victimes de la crise, un plan de couverture sociale serait enfin mis en place et, là où Clinton s’était cassé les dents, Obama arriverait à vaincre les résistances du congrès et des républicains ; l’image de l’Amérique écornée par les conditions de détention de Guantanamo et le scandale d’Abou Grahib serait restaurée par la punition des mauvais éléments et par la fermeture de la dite prison de Guantanamo. Et enfin, suprême et délicieuse promesse : tout redeviendrait à nouveau possible, au travers du fameux slogan « Yes, we can », concentré magnifique du feu rêve américain et d’une illusion que le système économique et social capitaliste ne connaissait aucune limite autre que celle de l’incompétence de ses dirigeants. La personne même d’Obama, de race noire, confirmait que « tout est possible ». Bref, Obama nous promettait un autre capitalisme: un capitalisme propre et raisonnable, contrôlé et tolérant. Aux esprits chagrins qui commençaient à se demander où allait le monde, déchiré par ses contradictions économiques et guerrières, aux révolutionnaires venant poser la question de la perspective historique et de l’émergence d’une nouvelle société, Obama venait donner cette réponse : oui, un autre capitalisme est possible.

Bien évidemment, du discours à la pratique, les choses ne se passent pas comme annoncé. Mais Obama ne se départit pas de son bon vouloir et de sa détermination. Simplement nous dit la classe dominante, a-t-il dû mettre un peu d’eau dans son vin, doit-il prendre davantage de temps, doit-il faire face aux résistances des ennemis politiques. Face à la désillusion et donc, à la possible reprise d’un questionnement sur le fonctionnement réel et la cause réelle des problèmes, la classe dominante tente de déplacer les enjeux illusions/réalité sur une autre alternative qui est celle du modèle de changement réel d’Obama opposée au refus de changement d’autres fractions politiques. Ce déplacement de l’alternative a pour but, à nouveau, de faire en sorte que les limites réelles et la logique réelle du fonctionnement capitaliste ne soient jamais questionnés.

Cela fait plusieurs années que nous soulignons que l’utilisation de l’arme idéologique ne se fait plus à travers de grands thèmes de mobilisation qui viendraient détourner des préoccupations réelles ou qui serviraient d’écran de fumée mais bien en réponse à ces préoccupations quotidiennes. Auparavant, la social-démocratie donnait une réponse en terme d’alternative sociétale. Mais nous constatons aujourd’hui que ce type de représentation du monde, liée au modèle de fonctionnement des sociétés staliniennes et à leur faillite, ne constitue plus une perspective crédible sur le plan idéologique. Le type de réponse actuellement porté par la classe dominante n’est donc plus celle d’une perspective de société socialiste mais de société capitaliste à visage humain (de s’occuper de l’humain dans le cadre du système ; c’est la question de l’homme, de sa survie, et d ela survie de la planète, qui sont posées). L’opposition traditionnelle gauche/droite, socialisme/libéralisme a fait place à l’opposition capitalisme débridé/capitalisme régulé. Il y a deux aspects dans cette nouvelle donne idéologique : d’une part, elle marque la désillusion par rapport au modèle dit socialiste. Mais, en même temps, elle vise à renforcer l’idée que le capitalisme a toujours existé, qu’il est le système mondial unique et que lui seul permet de faire fonctionner le monde économique et social. Il n’y a plus aucune alternative en-dehors de ce système. Et c’est là l’arme idéologique la plus pernicieuse sur laquelle nous avons à nous pencher, que nous avons à démontrer parce qu’elle se relie directement à la question de la perspective historique, point de faiblesse actuel dans le processus de prise de conscience.

D’une certaine manière, la situation grecque est une illustration de cette contradiction et de cette impasse. A la fois, on assiste à un développement de l’opposition sociale face aux mesures d’austérité décidées par le gouvernement. Ces protestations sont parfois très radicales, voire violentes. Et, en même temps, le discours, dans ces mêmes manifestations, est de dire qu’il faut, cette fois, que les mesures d’austérité soient efficaces pour que l’économique grecque ne poursuive pas son enfoncement inexorable dans la faillite et son implication de désastre social.

L’idéologie aujourd’hui consiste à prendre en compte toutes les questions et toutes les inquiétudes qui traversent la société et à leur donner des réponses qui ne remettent pas en cause la logique de fonctionnement et de penser du capitalisme. Par exemple, face aux inquiétudes écologiques, Obama – comme d’ailleurs la majorité des dirigeants de la planète - prend l'engagement d’investir dans des énergies alternatives et de se soumettre aux conventions internationales. Devant la grogne sociale qui monte face à la dégradation des conditions de travail, devant l’opposition croissante à l’engagement militaire, là aussi, le discours idéologique n’est pas de détourner l’attention, comme c’était le cas auparavant, mais de donner des réponses sur le terrain même du mécontentement.(comment ? c’est mieux si tu peux être plus concrète)

Et cette manière de répondre au questionnement sur les perspectives, si elle est matérialisée aujourd’hui par l’élection d’Obama, n’est pas neuve. Depuis pas mal d’années, (mais alors, pourquoi en parle-t-in aujourd’hui ?? qu’y a-t-il de nouveau ??) la classe dominante a décliné cette manière de faire sous toute sorte de formes. L’une d’elle a été le mouvement alter-mondialiste. Né dans la nébuleuse mêlant anti-mondialistes et anti-capitalistes, le mouvement alter-mondialiste a été la récupération (est une réponse à ?? je déteste tout ce vocabulaire de « récupération du questionnement » …) de ce questionnement sur la nécessité d’un autre monde. D’autres courants, comme celui du capitalisme « vert » ont constitué un matraquage de réponses concrètes et logiques à des préoccupations sur les implications du fonctionnement économique. De même, le développement du « commerce équitable » qui prend une ampleur sans cesse plus grande (il faut souligner que, même des enseignes commerciales s’adressant aux populations plus défavorisées comme Lidl, proposent leur gamme de produits équitables). Ce commerce équitable, au départ mélange de préoccupations bio et de bonne conscience petite-bourgeoise (pourquoi petite-bourgeoisie ?? Tout le monde pense, à juste titre, que tout travail mérite salaire) est venu se placer dans le questionnement sur l’exploitation effrénée exercée par la production capitaliste. Il y a donc là une utilisation particulière de l’idéologie qui n’est plus une mobilisation sur des thèmes de détournement (est-ce que l’idéologie a jmais porté sur des thèmes de détournement ?? les thèmes étaient différents, c’est tout ; et c’est cela qu’il faut comprendre ; aujourd’hui, c’est la façon dont on produit, dont on se soigne, etc…) mais des adaptations idéologiques (et parfois pratiques puisque le commerce équitable constitue une véritable nouvelle niche commerciale et les énergies renouvelables, une véritable aubaine pour la création de nouveaux marchés) à des questions réelles quant aux perspectives. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les discours de campagne d’Obama et l’élan qu’il a suscité à travers le monde.

La question de la perspective historique est cruciale dans la période actuelle. En effet, on assiste, depuis plusieurs années à travers le monde, à une situation de mécontentement social et d’agitation sociale parfois explosive. Néanmoins, une des faiblesses fondamentales de ces mouvements est l’incapacité à dégager une perspective sortant du cadre de référence capitaliste. C’est une situation qui nous donne une impression particulièrement aiguë de répétition et d’impasse et qui pèse très certainement sur le milieu révolutionnaire, provoquant, tantôt des réactions d’activisme, tantôt de défaitisme allant même jusqu’à nier l’existence de toute lutte de classe. Il n’y a actuellement aucun lien entre la question des perspectives posée en négatif : non, le fonctionnement global actuel n’est plus possible, et les mouvements de classe dont l’issue pourrait amener vers une ébauche de perspective en positif. Des affrontements de classe parfois très radicaux ne débouchent invariablement que sur l’illusion d’un allègement de l’exploitation. Et c’est pour maintenir cette situation que la classe dominante nous matraque avec des solutions « capitalistes » toujours plus performantes, tant dans les modèles de gestion économique et politique que dans les comportements concrets.

Un autre aspect de cette arme idéologique est son aspect majoritairement individuel. Ainsi, au niveau politique, la solution vient d’un nouveau dirigeant : les présidents de gauche élus en Amérique latine ; Obama… Au niveau économique, le remplacement des dirigeants incompétents et corrompus par des individus honnêtes ayant à cœur le bon fonctionnement de leur entreprise. Pour réduire l’exploitation capitaliste mue par la nécessité du profit, chacun est invité à faire un effort individuel : acheter des produits plus chers pour que les producteurs soient moins exploités. Il ne s’agit plus d’un rapport d’achat et de vente médiatisé par le capitalisme mais d’un lien individuel entre un producteur et un consommateur laissant à l’extérieur de leur transaction la marge bénéficiaire restée inchangée du capitaliste qui régit l’échange. Pour réduire l’impact écologique du rapport capitaliste à la nature, là aussi, nous sommes invités à donner une réponse individuelle : prendre notre vélo, remplacer notre brosse à dent électrique par une brosse à dent manuelle, remplacer les ampoules électriques, éviter d’imprimer des feuilles inutiles … Tout est ramené à une question de bon comportement, de responsabilité individuelle. La société n’est plus qu’une société de consommateur omnipotents. C’est d’eux et d’eux seuls que viennent les problèmes ou leur amélioration. Et la logique de fonctionnement du capitalisme est soigneusement laissée en-dehors de cette vision.

Nous savons que la conscience de classe est avant tout une conscience collective. Le pouvoir d’action du prolétariat est, lui aussi, une action collective. Déjà, avec la recomposition du prolétariat, il est devenu difficile de sentir l’élément collectif et commun qui délimite l’appartenance de classe et définit l’antagonisme avec l’autre classe. Mais, la réponse systématiquement individuelle qui est donnée aux problèmes de fonctionnement économique et social vient encore renforcer cette difficulté à penser les choses en terme collectif et global.

La période actuelle souligne une fois de plus la nécessité pour les révolutionnaires, de remettre la question des perspectives de changement de société sur le tapis.

Pour Marcuse, le capitalisme a fait de l’homme un homme unidimensionnel et l’idéologie actuelle tente de lui forger une pensée et une vision elles aussi unidimensionnelles : celle du capitalisme. Parler des perspectives est donc favoriser la capacité à penser les choses en dehors de cette compréhension unidirectionnelle. Trop souvent, nous nous sommes contentés, soit, de regarder avec mépris certaines tendances existantes comme celles du commerce équitable ou de l’écologie sans comprendre à quoi elles correspondaient et donc, sans en faire une critique argumentée. PI a tenté d’approfondir la compréhension des racines du fonctionnement du capitalisme et, entre autres, l'omniprésente de la loi de la valeur et de son impact sur la conscience politique du prolétariat. A ce titre, nous pouvons vous signaler que le nouveau numéro de PI contient un nouveau débat sur la question de la conscience et de ses rapports avec l’idéologie, l’aliénation et la réification.

Les années 90, étaient celles du rejet de la politique. Fermeture des librairies politiques, désintérêt pour l’héritage politique du prolétariat, cynisme ambiant et « bof génération », la question des perspectives se résumait souvent dans le « no future » (contrastant avec l’époque post-68, où les livres de Marx trainaient sur tutes les tables …).

Aujourd’hui, même si le taux de suicide confirme que l’angoisse ambiante ne mène pas nécessairement au développement du questionnement, on voit réapparaître un intérêt pour l’œuvre de Marx, des marxistes (mêmes universitaires), des philosophes (Gunther Anders par exemple).

Notre contribution, en tant que révolutionnaires, est donc de pouvoir présenter une alternative au capitalisme. Une société dégagée de la loi de la valeur, dégagée des modèles socialistes staliniens, suffisamment crédibles pour apparaître comme une perspective historique réalisable mais sans toutefois tomber dans les recettes en imaginant comment le quotidien d’une société communiste pour organiser la vie des êtres humains. Nous avons à dégager les grandes lignes d’un fonctionnement hors capitalisme en sachant que cette perspective est une perspective à la mesure du temps de l’évolution de l’humanité et non de notre temps individuel. Nous avons donc à faire confiance à la créativité de notre classe lorsqu’il s’agira de penser son quotidien dans un processus révolutionnaire mondial. Notre contribution se place davantage dans la contribution au processus qui, nous l’espérons, mènera peut-être à la révolution et c’est dans cet esprit que nous avons souhaité reprendre la question de l’idéologie par le biais des espoirs portés par Obama.

Rose


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