Conference Revolutionnaire en Corée


Les 27 et 28 octobre, le groupe coréen révolutionnaire internationaliste SPA (Alliance Politique Socialiste) organisait une conférence sur le thème « Marx et Révolution : décadance, lutte de classe et stratégie révolutionnaire ». Le groupe invitait d’autres organisations de Corée à participer, ainsi que trois organisations de la gauche communiste à l’étranger : le CCI, PI et le BIPR. Cette dernière a décliné l’invitation (et nous voudrions savoir en quoi ce refus n’était pas sectaire). Le CCI et PI ont soumis des textes qui furent traduits en coréen et transmis aux délégués. Le simple fait qu’une conférence de cette sorte a eu lieu en Corée ou même en Asie du sud-est pour la première fois, pour autant que nous en sachions est, en tant que tel, un événement important . Un vaste champ d’opinions ont été exprimés dans des débats vivants et les liens tissés entre des révolutionnaires de Corée et de l’étranger continueront à se construire.

La conférence s’est tenue dans deux villes différentes. Le premier jour, qui fut consacré à la discussion sur la décadence du capitalisme, s’est déroulé dans un auditoire de l’université de la capitale, Séoul. Cela ressemblait à une réunion publique élargie dans laquelle toute personne intéressée était invitée à participer. Les délégués du CCI et de PI présentèrent brièvement leurs positions tandis qu’un camarade du SPA faisait un survol et un commentaire à propos du débat sur la décadence entre le CCI, PI et le BIPR. Il concluait par un ensemble de points de repères pour les élaborations à venir et les débats futurs basés sur la reconnaissance du fait que ce concept de décadence est essentiel pour la théorie révolutionnaire ; qu’il ne pouvait être compris grâce au seul critère économique quantitatif ; que le lien entre décadence et domination réelle du capital devait être davantage approfondi ; que les insuffisances théoriques du marxisme devaient être identifiés . PI a marqué son accord avec ces commentaires.

Le débat est resté relativement général, même si les positions présentées étaient relativement nouvelles pour beaucoup de participants. Comme on pouvait s’y attendre, les réponses données par le CCI et par PI (le premier se basant sur une vision statique de la décadence, le second défendant une compréhension dynamique de la période) ont été très différentes. La fin de cette journée fut consacrée à une discussion sur une déclaration présentée par le CCI à propos des récents essais nucléaires nord-coréens. La déclaration dénonçait ce test comme toutes les actions menées par les autres nations impliquées, comme une expression de la décadence et de la nature capitaliste des autres protagonistes dans ce conflit (cfr texte en annexe). Le délégué de PI a donnée son aval de bon cœur à cette déclaration qui ramenait le concept de décadence à la situation concrète en Corée. Dans le débat se sont élevées des objections : certains estimant que le danger de guerre actuel n’était pas important, d’autres pensant que la déclaration désignait le contenu agressif de la stratégie américaine comme le principal coupable. En réponse à tout cela, tant le CCI que PI répondirent que la déclaration n’était pas une analyse sur le caractère plus ou moins imminent du danger de guerre ou sur qui, des parties impliquées dans le conflit, étaient les plus agressives ; de telles conclusions étaient secondaires comparé à la nécessité d’être clair sur le fait que les actions de tous les pays impliqués étaient l’expression de la tendance du capitalisme en crise dans sa globalité à chercher une solution à ses problèmes dans les conflits inter-impérialistes, que la classe ouvrière n’avait pas à soutenir ou à trouver des excuses à aucun d’entre eux mais à s’opposer à tous.

Le deuxième jour, la conférence s’est déplacée vers le Centre pour travailleurs temporaires dans la ville industrielle de Ulsan. La première séance a été consacrée à l’étendue de la lutte de classe internationale. Des présentations ont été faites par le CCI, PI, Loren Goldner par un membre du groupe coréen « Solidarity for Workers » « Liberation », un groupe d’origine trotskyste actuellement d’orientation anti-nationaliste et, finalement, par un membre du Ulsan Labor Education Community. Ce dernier donna un survol long et fascinant de la lutte de classe en Corée entre 1987 et 2006 duquel, malheureusement, seul un plan est disponible en anglais. Il y eut toute une série de discussions à propos de la question des syndicats. Certains participants ont ensuite critiqué le CCI et PI pour avoir été trop généraux et pour n’avoir pas relié leurs interventions aux préoccupations concrètes des travailleurs coréens. Peut-être la barrière de la langue y était-elle pour quelque chose mais la critique était en partie fondée. Nous avons à améliorer notre travail en étant plus attentifs à ce qui se passe dans la classe, pas dans le but d’inventer de grandes théories sur comment lutter mais en mettant à profit l’expérience des travailleurs dans les différentes parties du monde et en transmettant ce que les travailleurs inventent eux-mêmes. Sur la question posée par un des participants sur comment intégrer les travailleurs précaires dans la lutte de classe, Goldner a argumenté en disant qu’avec l’élimination des contrats permanents pour une part de la force de travail qui grandit rapidement et à peu près deux milliards de gens exclus du circuit de production, le capitalisme a créé une nouvelle sorte de travailleurs mobiles. Il a donné différents exemples de luttes en Argentine, en Australie et en Italie dans lesquelles de tels travailleurs avaient tourné cette mobilité à leur avantage en se liant eux-mêmes à différentes grèves comme les piqueteros le firent en Argentine. Le CCI a répondu à cela qu’il n’y avait là rien de nouveau et que les piquets volants et le travail précaire existaient auparavant. Goldner a répliqué de façon correcte d’après nous que ce qui était nouveau c’est le fait que les chômeurs et les travailleurs précaires d’aujourd’hui n’ont que peu d’espoir d’avoir un emploi fixe, tendent à se battre au départ de la perspective de la classe ouvrière comme un tout et que les piquets volants utilisés pour être organisés par les travailleurs au départ de leur secteur de production pour généraliser leur lutte, comme les piquets volants dans les exemples qu’il citait, étaient organisés par les chômeurs et les travailleurs précaires eux-mêmes faisant le pont entre différentes luttes.

La troisième séance de la conférence concernait la stratégie révolutionnaire. Les présentations furent faites par le CCI, par PI et par un membre du groupe coréen « Militants Group for a Revolutionary Party ». Ce dernier qui semblait aussi inspiré par le trotskysme, était intitulé « La stratégie du mouvement conseilliste dans la période actuelle en Corée du Sud, comment la mettre en pratique ». Malgré leur sympathie pour l’objectif des conseils ouvriers, il défendirent une stratégie syndicaliste de conquête du « contrôle ouvrier » sur l’atelier comme moyen d’y parvenir. Cette perspective a été critiquée par le CCI, PI et les camarades coréens. La discussion a touché aussi la question du parti qui a mis en lumière les différences de positions entre le CCI et PI sur cette question. Finalement, la déclaration proposée par le CCI a été à nouveau discutée. Certaines réserves semblables à celles exprimées à Seoul ont été à nouveau exprimées. Un participant a proposé de changer la caractérisation du régime nord-coréen de « bourgeois » en « despotique », ce qui a été rejeté par les autres parce qu’il est essentiel de voir tous les régimes impliqués comme des expressions d’un même vaste système mondial pourri. Sur proposition de PI, « bourgeois » a été remplacé par « capitaliste » pour indiquer que, même s’il ne s’agit pas d’une bourgeoisie classique en Corée du Nord, ce n’en n’est pas moins un système capitaliste de classes, antagonique aux intérêts de la classe ouvrière. La déclaration a été signée par le CCI, le SPA et PI et par une série d’autres participants. D’autres ont considéré qu’il fallait davantage discuter sur cette question.

Dans ses remarques introductives à la conférence, le SPA avait affirmé « bien que les travailleurs coréens expriment leurs difficultés sur le terrain économique et les forces politiques révolutionnaires en Corée se trouvent dans un brouillard de confusion sur les perspectives d’une société communiste future, nous avons à accomplir la solidarité du prolétariat mondial par-delà une entreprise, par-delà une nation ». La conférence a été un pas important dans cette direction. La première réunion entre des révolutionnaires marxistes en Corée et des communistes de gauche de l’étranger constitue une promesse pour le future. Le SPA et PI se sont mis d’accord pour rester en contact, pour continuer les discussions et pour intervenir ensemble dans les moments importants. PI remercie le SPA pour son invitation et son accueil chaleureux et félicite les camarades en Corée pour leur excellent travail de préparation pour cette conférence ainsi que pour son organisation.


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