Grèce 2008


Depuis le début du mois de décembre, plusieurs villes grecques sont en proies à des manifestations violentes qui opposent des jeunes – essentiellement des étudiants – aux forces de l’ordre. Si le meurtre d’un jeune manifestant a servi de déclencheur à l’embrasement que l’on connaît depuis un mois, celui-ci n’est pas apparu comme un éclair dans un ciel bleu. Il s’inscrit dans un contexte de conflit social dans le secteur de l’enseignement et de manifestations de mécontentement qui secouent bien d’autres secteurs du monde du travail.

Ainsi, pour reprendre le fil de l’histoire, les transformations économiques que la Grèce a connues dans les années 70 ont nécessité la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et diversifiée, engendrant le développement de l’enseignement obligatoire et l’ouverture de l’enseignement supérieur à de larges masses de jeunes. Forcément, l’accès au diplôme supérieur faisait miroiter, pour ces jeunes, la possibilité d’une insertion professionnelle, voire, d’une ascension sociale.

L’ouverture des écoles et des universités a entraîné des coûts financés progressivement par des partenaires privés et a impliqué l’introduction de critères de sélection de plus en plus sévères. C’est donc le tableau habituel d’une école de masse, encadrée par des professeurs aux conditions de salaires et de travail en constante dégradation, excluant un nombre croissant d’étudiants qui s’est dessiné, suivant par là le mouvement général enclenché dans d’autres pays indusrtrialisés. A cela s’est ajoutée la pression de l’évolution des contradictions internes du système capitaliste. L’enseignement ne constituait plus l’illusion d’un accès à une vie meilleure mais le reflet des injustices sociales et des craintes pour l’avenir partagées par l’ensemble des populations exploitées des pays industrialisés.

D’une certaine manière, cette désillusion peu être comparée au mouvement de mai 68 qui marquait la révolte de la jeunesse et de parties de la classe ouvrière contre les effets palpables de la dégradation économique et les perspectives qu’elle entraînait.

Pour revenir à la Grèce, on peut citer les mouvements de protestation des étudiants en 1991, 98, l’occupation des universités en 2006 et sa reprise en 2007, la grève de 6 semaines des enseignants en 2006… et ceci n’est pas une liste exhaustive.

Un élément qui a encore renforcé la détermination des étudiants est le fait qu’une partie d’entre eux travaillent comme salariés pour financer leurs études. Ils sont donc confrontés directement à l’exploitation par le travail et à la réalité du chômage et des perspectives économiques, à l’image des jeunes luttant dans le cadre du mouvement anti-CPE en France. C’est d’ailleurs ce qui a amené le ministre français de l’éducation a retirer en ce mois de décembre 2008 la réforme de l’enseignement qu’il s’était pourtant juré de faire passer en dépit des protestations des lycéens et professeurs. Ceci n’est qu’un élément de plus démontrant le caractère global du système capitaliste, de sa crise et des « remèdes » que la classe dominante tente de lui opposer : ce sont les restrictions drastiques et leur corollaire d’exclusion.

La situation grecque n’est donc pas, comme les médias tentent de nous le présenter, une situation particulière faisant suite à un événement exceptionnel – la mort d’un jeune – mais constitue la manifestation de l’opposition d’une classe prolétarisée et spécialement de sa jeunesse contre la dégradation de ses conditions d’existence, contre les perspectives d’un avenir incertain, contre la résignation devant l’acceptation du rapport global d’exploitation et de coercition imposés par la classe dominante. Le soutien populaire dont ces jeunes font l’objet ainsi que les mouvements sociaux qui se sont déroulés ces dernières années ne sont que des manifestations supplémentaires de cette opposition fondamentale.

Perspective Internationaliste.


Home Archives Textes Discussions PI's site anglais Liens