À BAS CES DRAPEAUX!


« Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé... »

La Marseillaise est de nouveau populaire. Cette chanson sanguinaire jaillit de nouveau de milliers de gorges sur les places françaises, au début des événements sportifs et des concerts, à la Sorbonne et au Parlement : « Amour sacré de la patrie, conduis, soutiens nos bras vengeurs ! » Une campagne a exhorté les utilisateurs du monde entier à recouvrir la photo de leur profil Facebook des couleurs du drapeau français.

Ne chantez pas la Marseillaise.
Ne mettez pas votre profil Facebook aux couleurs du drapeau français.
Ne tombez pas dans le piège belliciste mis en place par les médias.

Les attaques terroristes dans Paris ont été horribles et répugnantes. Mais le nationalisme n'est pas la réponse ; il ne fait que propager encore plus le poison. Vraisemblablement, la plupart des gens qui chantent maintenant la Marseillaise, ou qui mettent leur profil Facebook aux couleurs du drapeau français, voudraient ainsi exprimer leur solidarité avec les victimes. Mais dans un moment comme celui-ci, il importe de savoir ce qu’incarnent ces symboles autour desquels on nous demande de prier et de nous agenouiller.

Sous le drapeau tricolore français, des millions d'êtres humains ont été envoyés à la mort, dans des guerres pour pire que rien Sous cette bannière on a commis des atrocités (en Algérie et ailleurs) qui étaient encore pires que celles commises par l’État Islamique, tout en chantant la Marseillaise. « Qu'un sang impur abreuve nos sillons ! ».

Nous ne voulons pas faire de la France un cas particulier : d'autres drapeaux et hymnes nationaux sont tout autant tachés de sang. L’État Islamique lui-même n'est pas un mouvement religieux ; il ne fait qu'utiliser la religion et ses chants comme étendard et hymne de recrutement de chair à canon pour ses véritables objectifs : contrôler des territoires, renforcer son pouvoir, accumuler du capital. Il saisit toutes les opportunités qui surgissent au Moyen-Orient dans le contexte de guerre et de crise économique pour bâtir son propre État. Un état en guerre, et dans la guerre, tout est permis. – ce qu’illustre l'histoire de la France, des États-Unis, de l'Allemagne et de n'importe quel autre pays.

Qu'avait à gagner l’E.I. des attaques terroristes de Paris ? Un recrutement continuel est essentiel pour le prétendu État Islamique, il en a besoin pour mener sa guerre et contrôler son territoire. Les attaques favorisent son recrutement de deux manières : premièrement, comme démonstration de puissance, ce qui accroît son pouvoir d'attraction auprès de jeunes en colère et impuissants. Deuxièmement, les attaques attisent la haine envers les musulmans et donc leur maltraitance, ce qui en pousse encore plus dans les tentacules de l'E.I.

Par ailleurs, l'E.I. a besoin d'arrêter l'exode des réfugiés qui fuient la Syrie. Il ne peut pas permettre que les territoires qu'il contrôle ou qu'il convoite se désertifient. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, son revenu principal ne provient pas des exportations de pétrole ou des subsides de l'Arabie Saoudite, mais de l'exploitation, sous des formes diverses, de la population dans les zones qu'il contrôle. Ainsi, ceux qui utilisent les attaques pour attiser la haine de l'islam et chasser les réfugiés, répondent exactement aux vœux de l'E.I.

Le problème n'est pas l'islam. Le système global est en crise et cette crise crée des situations où faire la guerre devient très profitable. Les parties belligérantes se nourrissent mutuellement. Les victimes civiles de drones et de missiles alimentent la propagande islamiste; les atrocités islamistes alimentent les belligérants, les nationalismes, les anti-ismes idéologiques en Occident, qui pavent la route de la guerre, celle qui mène à toujours plus de guerre.

La première chose que le président Hollande a fait après les attaques terroristes a été d'envoyer des avions bombarder Raqqa, une grande ville considérée comme la capitale de l'E.I. On se demande : ces avions avaient-ils des objectifs militaires « propres » pour ce qui est devenu le plus grand bombardement de Raqqa à ce jour ? Si oui, pourquoi n'avaient-ils pas été frappés avant ? Et si non, combien de civils ont été tués à Raqqa ? Les médias vont-ils nous le dire ? Y aura-t-il une campagne sur Facebook pour mettre le drapeau de l'E.I. sur votre profil, en solidarité avec les victimes innocentes tombées dans ce territoire ? Ou bien les corps mutilés ne seront-ils montrés que dans les médias islamistes ?

Vengeance. Riposte. Représailles. Plus la crise s'approfondit, plus nous risquons d’en voir la multiplication. Les guerres, les attaques terroristes, le chômage massif et l'incertitude du lendemain, les catastrophes écologiques, le flot croissant de réfugiés, tout cela montre que la crise systémique et globale du capitalisme sème avec elle encore plus de perturbations sociales, de violences et de destructions. Le problème réel se trouve dans les fondements de la société et tant que ceux-ci resteront intacts – tant que le capitalisme survivra – la spirale s'emballera.

«Changer de base» (L’Internationale), changer les buts et les moyens dans les rapports humains, mettre fin au capitalisme, ne peut résulter que d'une lutte collective et massive, mais qui n'existe pas aujourd'hui.

Personne ne sait de quoi sera fait le futur. Mais nous savons que ce futur n'est pas encore écrit. Ce que nous faisons ou ne faisons pas a de l'importance. Il importe que nous n'acceptions pas passivement la logique du capital. Il importe que nous refusions de chanter l'hymne national à l'unisson avec ceux qui nous exploitent et nous oppriment. Il importe que nous soyons solidaires avec les victimes des guerres et des attaques terroristes, qu'elles soient françaises ou turques, arabes ou juives, noires ou blanches, sans soutenir aucun des partis belligérants.

Il importe que nous élevions nos voix contre tous les appels à fermer les frontières, à ériger des murs de barbelés, à ne pas laisser entrer les réfugiés, et à renforcer le bellicisme. Il importe que nous disions non à plus de contrôles, non à plus de violence policière, non à plus d'austérité au nom de la sécurité nationale. Il importe que nous refusions d'aider à creuser nos propres tombes. Il importe que nous démontrions qu'aucun des problèmes de la société actuelle ne peut être résolu au sein du capitalisme. Il importe que nous parlions, dans les minces filets de la révolte, de la puissance du courant qu'ils pourraient devenir.

PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE


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