Nouvelles technologies et visibilité du communisme


Présentation à la réunion du RD: 3/12/05

Introduction : pourquoi discuter de cette question?

Dans son texte du 11.05.2005, RV écrit : « les nouvelles technologies apportent un bouleversement qualitatif au niveau de la croissance de la productivité, et donc de la possibilité d’un monde sans pénurie où chacun pourra recevoir selon ses besoins et donner selon ses possibilités (…) la visibilité du projet d’une société débarrassée des lois capitalistes qui empêchent qu’il en soit ainsi ne pourra que s’en trouver renforcée. Il est plus aisé de rêver d’un monde de gratuité lorsque se réduit de façon accélérée l’effort nécessaire pour satisfaire aux besoins humains, et que cela devient visible. Mais c’est surtout sur les nouvelles pratiques sociales rendues possibles par les technologies modernes que je voudrais insister … il y a deux conditions indispensables : la première (…) consiste à savoir reconnaître le caractère authentiquement non-marchand, donc non capitaliste de ces pratiques ; la deuxième, au niveau quantitatif coniste à en envisager la réalité et l’importance des répercussions sur la vie sociale en se plaçant dans une perspective temporele de plusieurs années, voire décennies»

Parmi les questions soulevées par le texte de RV, un problème essentiel, « nouveau » pour le réseau est celui de la reproductibilité « libre » des logiciels, de la musique, de la gratuité, etc… permise par les « nouvelles technologies ». Pour reprendre sa propre métaphore : c’est comme si on creusait un puits, et que le pétrole jaillissait à flots, sans limites. Cette production/distribution sans coût additionnel en termes de travail humain pourrait rendre le projet révolutionnaire plus « visible », car synonyme d’une possible abondance dès maintenant.
Cette question est intéressante à discuter pour plusieurs raisons: a) les logiciels « free » échappent-ils à la loi de la valeur ? Ont-ils une valeur ? b) la croissance du travail immatériel au sein du capitalisme ; c) les implications sur le processus de subjectivisation, la façon dont le sujet productif en arrive à se concevoir comme sujet révolutionnaire (implications pour le développement de la conscience de classe) ; d) le rôle des révolutionnaires.

a) La production/reproduction de biens digitalisés « échappe-t-elle » à la loi de la valeur parce que cette production/reproduction n’entraîne plus aucun coût additionnel en terme de capital variable ? Si c’est vrai, où passe la loi de la valeur, où est-elle transférée ? En d’autres termes, les logiciels (et en particulier les logiciels libres) ont-ils une « valeur » ? Très globalement:

(i) sur la question de la valeur des logiciels, et plus généralement du travail immatériel. Comme dit dans les notes, la notion de valeur d’échange implique un rapport d’équivalence entre marchandises, équivalence basée sur le temps de travail socialement nécessaire (et mesurable par l’argent). La production d’un logiciel a donc une certaine valeur d’échange ; par contre, les copies n’ont pas de valeur d’échange, car n’impliquant pas de travail humain supplémentaire. Je rejoins donc la position de Sa sur ce point

(ii) la production des logiciels, du travail immatériel constitue donc l’expression de la trajectoire du capitalisme vers la production sans valeur (« valueless production »). L’écart croissant entre valeur d’usage et valeur d’échange est d’ailleurs le signe distinctif (hallmark) de la décadence. Dans la période ascendante, production de valeur d’usage et de valeur d’échange allaient de pair; dans la décadence, la production de valeurs d’usage (richesses matérielles) va en s’accélérant, tandis que la valeur d’échange contenue dans ces produits tend à diminuer (vers zéro dans le cas des logiciels qu’on peut copier). Cet écart croissant est à la source de tensions d’une violence extrême : destruction de stockes de marchandises, guerres, mises au chômage, …. Elle résulte de l’introduction de la science et de la technologie dans le cœur même du processus productif. Si l’introduction de la technologie dans la production est source de valeur elle détruit beaucoup plus de valeur qu’elle n’en crée: elle économise des quantités immenses de travail socialement rémunéré et par conséquent annule ou diminue la valeur d’échange d’un nombre croissante de produits. Cette tendance, même si elle a des conséquences destructrices, a aussi un côté positif : la trajectoire du capitalisme fait que la valeur d’échange tend à devenir obsolète, et créée, dans les rapports de production, une tension, une contradiction qui appelle à une résolution par un système de production qui ne soit plus basé sur la valeur;

(iii) en ce qui concerne les logiciels : le capitalisme réagit en voulant privatiser, faire fonctionner « comme du capital » (immatériel) ce qui ne l’est pas. Les moyens sont : la protection des codes sources qui empêchent de modifier les logiciels, les licenses, les patentes, les attaques contre les logiciels libres. Ceci a permis de « marchandiser » les logiciels, de « faire comme si » chaque copie avait un coût, et donc cela a permis à certaines compagnies (Microsoft) qui ont un monopole (ou quasi) de faire des profits gigantesques. Mais ce profit n’est pas, comme dans l’économie politique classique la réalisation d’une plus-value (travail non payé). Ces profits gigantesques ne sont pas une atténuation de la « baisse tendancielle du taux de profit ». Le taux de profit est lié à la plus-value, càd à la quantité de travail non payé par rapport au travail payé. Dans le cas des logiciels, cette plus-value est faible, au sens économique, marxiste du terme (sauf peut-être sur le premier exemplaire). Ce « profit » est donc une façon pour le capitalisme de détourner la loi de la valeur. (Sur ce point aussi, je suis d’accord avec Sa, je crois). On pourrait peut-être essayer de trouver un autre terme que le « profit » pour éviter cette confusion. b) plus généralement, la question des logiciels libres fait partie de la croissance du travail immatériel au sein du capitalisme (Lazzarato/Negri).

« A mesure que la grande industrie se développe, la création de richesse en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de temps utilisée que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail. L’énorme efficience de ces agents est, à son tour, sans rapport aucun avec le temps de travail immédiat que coûte leur production. Elle dépend bien plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie ou de l’application de cette science à la production » (Fondements II, pp. 220-221)
« Dans la mesure même où le temps de travail - la simple quantité de travail - est posé par le capital comme le seul principe déterminant, le travail immédiat et sa quantité cessent d’être principe déterminant de la production - de la création des valeurs d’usage - et sont réduits quantitativement à des proportions infimes, qualitativement, à un rôle certes indispensable, mais subalterne eu égard à l’activité scientifique générale, à l’application technologique des sciences naturelles et à la productivité générale qui découle de l’organisation sociale de l’ensemble de la production – productivité générale qui se présente comme don naturel du travail social (encore qu’il s’agisse de produit historique). C’est ainsi que le capital, comme force dominante de la production, œuvre lui-même à sa dissolution. » (Fondements, II, p. 215)

Ce qu’il y a de nouveau, avec la prédominance du travail immatériel (comme la science, technologie), c’est la possibilité de partage sans perte, de reproduction sans coût, de cumulation naturelle sans dette par rapport au travail passé. C’est vrai pour la philosophie, c’est vrai pour la science, c’est vrai pour le développement des logiciels, libres ou pas. Le paradoxe est que le capitalisme dépende de plus en plus de certains aspects de ce travail immatériel (science, technologies) pour poursuivre son accumulation : la condition du développement de l’accumulation capitaliste, qui est et reste basée sur la pénurie, la condition de développement de la richesse qui reste basée sur la spoliation du travail vivant, devient de plus en plus le travail immatériel dont la nature même est basée sur des principes antagoniques (i.e. partage sans perte, reproduction sans coût, cumulation naturelle par rapport au passé). Pour limiter les effets de cette contradiction, le capital a développé le système des brevets, des licences de la propriété intellectuelle. « Les batailles autour de la propriété intellectuelle ne se limitent pas aux savoirs dans le domaine de la santé et elles prennent d’autant plus d’ampleur que les nouvelles technologies de l’information et de la communication modifient radicalement les conditions de production et de diffusion de tout savoir. Le coût de la reproduction d’un logiciel étant pratiquement nul, seul un régime « policier » de contrôle du respect des droits de propriété intellectuelle peut bloquer la libre circulation des savoirs, en même temps que l’allongement de la durée de ces droits ralentit le rythme de l’invention » (Corsani & Lazzrato, in Multitudes)
Dans cette perspective, les logiciels « libres » (càd sans entraves du point de vue de la copie, de l’utilisation, de la transformation) sont liés intimement à la nature même de ce travail immatériel. Et la croissance du poids du travail immatériel « préfigure » la dissolution du mode d’organisation capitaliste, et le mode d’organisation sociale future lorsque l’homme se sera constitué en « corps social » ;

« Une économie de l’abondance ne signifie pas que la richesse produite soit sans coûts. Au contraire, les coûts sont exorbitants. «

Ceci nous mène-t-il à partager la position de Lazzarato & Negri: "au moment où le contrôle capitaliste de la société est devenu totalitaire, dans ce même temps l'entrepreneur capitaliste voit ses caractères constitutifs devenir purement formels: en effet, il exerce désormais ses fonctions de contrôle et de surveillance de l'extérieur du processus productif, car le contenu du processus appartient de plus en plus à un autre mode de production, à la coopération sociale du travail immatériel" ("Travail immatériel et subjectivité"). Ma réponse est: là où nous voyons des possibilités de contradictions, de nouvelles lignes potentielles de cassure, ces penseurs voient déjà des ilôts de société post-communiste, la constitution d’une société nouvelle.

Je pose la question dans le cadre de la prédominance du travail immatériel parce qu’il me semble que cela clarifie le débat sur les logiciels libres, qui ne sont qu’un aspect de ce travail immatériel. En effet, une partie des échanges que nous avons eus tournaient autour du fait que si le numérique permet la reproductibilité sans coût, il est lié à l’utilisation d’ordinateurs, de consommables, etc… qui, eux, sont payants. Dans cette perspective, les logiciels libres n’auraient de libre que le nom. Ma réponse à cet argument est: Personne ne met en cause que nous sommes et vivons dans le capitalisme et que tout ce que nous utilisons, consommons, même au coût le plus modeste, s’intègre dans une société basée sur le profit, la pénurie, l’argent. Mais la question de la croissance du poids du travail immatériel au sein même de la production capitaliste ne peut être réduite à cela. Ce serait fermer la question avant même de se la poser.

c) Impact sur la subjectivation
L’argument de RV à propos des logiciels libres porte surtout sur la question des nouvelles pratiques sociales : « Quel que soit le degré d’interpénétration avec le monde capitaliste, quel que soit l’effort de contrôle qu’elles subissent, elles (ces nouvelles pratiques) constituent une réalité qualitativement nouvelle et différente des rapports marchands ». Selon RV, ces formes de coopération bénévoles démontrent que « l’échange marchand et la recherche de profit pécuniaire ne sont pas la seule motivation permettant aux hommes d’agir et de vivre socialement ». Ces pratiques sont destinées à s’étendre, à mesure que le réseau des utilisateurs d’Internet s’étend. RV reconnaît par ailleurs que « les pratiques non marchandes ne sont qu’une partie de la réalité d’Internet, qui est devenu par ailleurs un indispensable moyen de commerce et d’organisation des entreprises et des gouvernements ». Il pose la question « Ces pratiques peuvent-elles contribuer à la généralisation d’une conscience révolutionnaire anticapitaliste? » et la réponse semble être que « oui ».

A nouveau, il me semble qu’il faudrait placer la discussion dans le cadre suivant: « en quoi la croissance du poids du travail immatériel peut-elle avoir un impact sur le processus de prise de conscience ? ». Il ne s’agit pas seulement des hackers, ni des gens qui utilisent Internet pour de « nouvelles pratiques sociales », mais bien de comprendre l’impact de l’évolution des forces productives sur les « nouvelles » fractures, cassures sociales, l’impact sur une possible généralisation de la conscience de classe.

Si le « travail immédiat en tant que tel cesse d’être le fondement de la production » ; si « le produit cesse d’être créé par le travailleur individuel immédiat et résulte plutôt de combinaison de l’activité sociale que la simple activité du producteur », si la « création de richesse en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de temps utilisée que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail », il devrait s’ensuivre des conséquences au niveau de la subjectivité, c’est-à-dire la question de la transformation du sujet dans son rapport à la production.
Cette transformation de la subjectivité ne concerne pas seulement les « hackers » qui expérimentent (ai-je lu, car je n’en suis pas !) la joie de « co-créer », de « développer » les logiciels sans aucune barrière de code, et dont l’activité invalide comme le dit RV, l’idée que l’individu n’est guidé que par le désir de profit, ou par le désir de s’imposer dans une concurrence.
Cette transformation de la subjectivité ne concerne pas seulement les millions d’Internautes, qui surfent, téléchargent gratuitement, collaborent dans les échanges P2P, dont RV donne des exemples réels, actuels, et percutants.
La généralisation du travail immatériel a encore d’autres conséquences, qui touchent le travailleur collectif, le nouveau sujet, de façon beaucoup plus générale. D’une part, le travail immatériel est le produit de l’intelligence de l’homme. A nouveau, on peut souligner un paradoxe. Le capitalisme, pour poursuivre son accumulation, qui passe par l’assujettissement de l’homme, a de plus en plus besoin du produit de l’intelligence de l’homme.
D’autre part, le fait que le travail immédiat ait tendance à se réduire a pour conséquence que les terrains de l’antagonisme entre capital et « travail » se sont multipliés, diversifiés : les « foyers de résistance et de révolte sont « multiples », « hétérogènes », « transversaux par rapport à l’organisation du travail et aux divisions sociales : ceux qui n’ont jamais été intégrés au travail social, et qui ne le seront probablement pas, se constituent en sujet « contre » (le capital) non pas sur base de grèves, arrêts de travail, mais là où ils sont, sur les lieux où ils vivent pour tenter d’imposer leur force. (C’est la question des nouvelles formes de lutte, soulevée par Rose).
Le processus révolutionnaire de transformation de la subjectivité sera fécondé et intégrera toutes ces dimensions-là.

A nouveau, je voudrais me démarquer de positions qui assument que le processus de transformation du sujet dans son rapport à la production a déjà eu lieu, comme dans la citation suivante (extraite de Lazzarato & Negri, Travail immatériel et subjectivité) : « si le travail tend à devenir immatériel, si son hégémonie sociale se manifeste dans la constitution du « géneral intellect », si cette transformation est constitutive de sujets sociaux, indépendants et autonomes, la contradiction qui oppose cette nouvelle subjectivité à la domination capitaliste (…) ne sera pas dialectique mais désormais alternative. C’est-à-dire que ce type de travail qui nous semble à la fois autonome et hégémonique n’a plus besoin du capital et de l’ordre social du capital pour exister mais se pose immédiatement comme libre et constructif. Quand nous disons que cette nouvelle force de travail ne peut être définie à l’intérieur d’un rapport dialectique, nous voulons dire que le rapport qu’elle entretient avec le capital n’est pas seulement antagonique, il est au-delà de l’antagonisme, il est alternatif, constitutif d’une réalité sociale différente. L’antagonisme se présente sous la forme d’un pouvoir constituant qui se révèle comme alternatif aux formes du pouvoir existant. L’alternative est l’œuvre de sujets indépendants, c’est-à-dire qu’elle se constitue au niveau de la puissance et pas seulement du pouvoir ».
« Les logiciels libres permettent la libération des forces de coopération sociale à l’intérieur même du marché et des institutions capitalistes mais comme forces qui lui résistent et qui ne peuvent être subsumées par le capital qu’au prix de la perte de leur puissance créatrice »

Pour répondre à cela : il me semble que, comme je l’ai indiqué, la croissance du travail immatériel dans le capitalisme développé a des incidences multiples, diverses, sur le travailleur collectif (dont certains individus ne connaitront même jamais ce qu’est le travail). La conscience de classe, « sous forme de puissance », sera fécondée par ces aspects multiples et pas seulement par « l’intellectualité de masse » (Negri). D’autre part, elle ne peut se définit que dans un rapport dialectique, càd contradictoire avec le capital.

d)Mais qui va nous sauver du numérique ?

Que les hackers empêchent de breveter (càd privatiser) telle ou telle découverte ; on ne peut qu’applaudir ; qu’ils soient sensibles, conscients, des dangers de la numérisation sur la protection de la vie privée, qui va y trouver à redire ? qu’ils mettent toute leur intelligence à développer des logiciels « free », qu’ils ne fassent plus de distinction entre travail et temps libre, on ne peut qu’admirer. Mais alors surgit la question : qui va nous sauver du numérique ?

C’est une boutade. La société future bénéficiera, tirera profit des possibilités offertes par le numérique pour archiver, prévoir, organiser. Mais l’homme, et l’avenir de l’homme, ne peut se réduire au meilleur programme, au meilleur calcul.

L’homme peut être décrit numériquement : on peut faire des prédictions sur les maladies qu’un individu va présenter, sur base de celles observées dans son ascendance et ses collatéraux. A quand la carte d’identité génétique ? Ces aspects sont à la fois prometteurs et effrayants.

Mais le débat est au-delà de cela ; l’homme n’est pas numérisable, car il est avant tout subjectivité, désir, intentionalité. Et ces aspects-là ne sont pas planifiables, mesurables sous forme de codes barre.

Selon RV, la visibilité du projet révolutionnaire serait augmentée par l’abondance, par le fait de partager sans léser. Peut-être. Probablement. Mais le but du prolétariat n’est pas de produire « pour l’abondance » mais parce que cette abondance permet à l’homme de faire autre chose que de la production, autre chose que le développement des technologies. Je veux dire par là que la vision d’un monde d’objets, aussi abondants soient-ils, la vision d’un monde où la coopération, la mise en commun des ressources, ne suffisent pas ni pour allumer la mèche d’un processus de transformation de son rapport à la production, ni comme base d’une société future.

Nous, révolutionnaires, devons souligner que le devenir de l’homme ne peut être réduit à du « numérique ». Qu’à côté de tous les progrès que représente le numérique, des possibilités de contrôle de planification, il reste, et il doit rester quelque chose de particulier à l’humain : l’indécidable, la subjectivité, l’homme devenu (enfin !) sujet de sa propre histoire. Et cela, rien ni personne (pas même les hackers) ne peut l’anticiper. C’est une vision « humaniste » du communisme, comme réalisation enfin possible de l’homme.

Il y a quelque chose de « nouveau » dans les nouvelles technologies, mais il y a aussi quelque chose en continuité avec la façon dont la technique s’empare de l’homme. Certains philosophes l’ont perçu (cf Heidegger), et restent des références pour ceux qui réfléchissent aux questions soulevées par la technologie.

« La pensée qui compte calcule. Elle soumet au calcul des possibilités toujours nouvelles, de plus en plus riches en perspectives et en même temps plus économiques. La pensée qui calcule ne nouslaisse aucun répit et nous pousse d’une chance à la chance à la suivante. La pensée qui calcule ne s’arrête jamais, ne rentre jamais en elle=même. Elle n’est pas une pensée méditante, une pensée à la poursuite du sens qui domine dans tout ce qui est » (p. 136).
« Les organisations, appareils et machines du monde technique nous sont devenus indispensables, dans une mesure qui est plus grande pour les uns et moindre pour les autres. Il serait insensé de donner l’assaut, tête baissée, au monde technique ; et ce serait faire preuve de vue courte que de vouloir condamner ce monde come étant l’œuvre du diable. Nous dépendons des objets que la technique nous fournit et qui, pour ainsi dire, nous mettent en demeure de les perfectionner sans cesse. Toutefois notre attachement aux choses techniques est maintenant si fort que nous sommes, à notre insu, devenus leurs esclaves. Mais nous pouvons nous y prendre autrement.. »
Je vous laisse découvrir la suite.

Mais nous sommes les seuls à pouvoir faire le lien entre nouvelles technologies, production « sans valeur », croissance du travail immatériel, perspective du communisme, et regard critique sur le rapport entre la technique et l’homme. Si nous ne développons pas cette critique, personne ne le fera à notre place.

An Nonymous
Decembre 2, 2005


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