Editorial : Perspectives Negatives ...


Le capitalisme mondial souffre d'une maladie dans sa phase terminale. Pour nos lecteurs et pour une bonne partie du monde, ce n'est pas une nouvelle : le cycle actuel de la maladie, qui a débuté en 2008, n’est autre qu’un nouvel incident dans un cycle apparemment sans fin de souffrance. Ce n'est pas une crise mortelle, ce qui entraînerait un effondrement automatique du système capitaliste, mais plutôt une crise qui ne peut qu'apporter une misère toujours plus grande pour la majorité de l'humanité tant que les rapports sociaux capitalistes ne seront pas renversés. Ces derniers mois, une élection en France a ramené les socialistes au pouvoir. Plus récemment, les États-Unis ont réélu un président démocrate. Que ces gouvernements aient utilisé une rhétorique plus populiste ne signifie pas un retour au « capitalisme de l’Etat providence. » Peu importe qui a remporté ces élections, le traitement offert par les nouveaux gouvernements est partout le même : plus d'austérité, en particulier pour la classe ouvrière. Il n’existe pas de remède miracle pour sauver le patient. Le seul résultat ne sera que la misère de prolonger la souffrance.

L'élection présidentielle américaine: faire ressortir les sangsues !

Ce qui a été présenté par les médias comme l’ « élection du siècle » s'est avéré être moins spectaculaire que cette surenchère prédite. Malgré des modifications mineures, la Maison Blanche et le Sénat sont restés dans les mains démocrates, alors que les républicains ont gardé le contrôle de la chambre des représentants. La victoire de Barack Obama dans les profondeurs de la récession n'est que la preuve qu’Obama est un mal plus efficace dans cette situation, et non un moindre mal : en période de crise profonde, il sera plus facile pour Obama, plutôt que Mitt Romney, de faire les coupes sombres que le capital juge nécessaire.

En regardant les plates-formes des deux partis principaux, mis à part la rhétorique de campagne particulièrement toxique, il y avait très peu de substance et de différence. Alors qu'Obama a promis le « sucre » et Romney le « vinaigre », il n'y avait guère de doute que tous deux étaient de loyaux serviteurs du capital, engagés à poursuivre ses politiques. Comme pour souligner le fait qu'il n'y n'aurait aucun répit pour les travailleurs américains, dès l’annonce des résultats, les deux parties ont commencé à parler de compromis et de l’engagement à ne pas augmenter les impôts. En d'autres termes, les républicains et les démocrates continueraient à collaborer à la mise en oeuvre de programmes d’austérité appelés à sans cesse s'aggraver, n’évoquant que du bout des lèvres l'idée de protéger le niveau de vie de la grande majorité de la population. L'impulsion à l'austérité n'est pas le fait de la simple cupidité des « banquiers », mais résulte plutôt des impératifs d'un système fondé sur la forme-valeur, quelle que soit la coloration politique, gauche ou droite, de ceux qui administrent le système politique.

La défaite de nombreux candidats « Tea Party » au sein du parti républicain va probablement permettre que les programmes superficiels de hausses d'impôts sans trop d’effets pour la partie la plus riche de la population soient « équilibrée » par des réductions substantielles dans les programmes sociaux. La « nécessité » d’un tel programme, malgré l'image d’Obama, est mise en évidence par le spectre d’une véritable « falaise de dette » qui a fait son apparition immédiatement après l'élection. Les discours sur cette falaise de dette ont dominé les débats de l'économie américaine et le besoin d'y remédier conduira à Obama, malgré ses éventuels regrets, et concluant qu'il n'avait pas le choix, à effectuer davantage de coupes sombres dans les dépenses, en particulier, dans les programmes sociaux de l'état : un petit théâtre politique post-opératoire pour les masses.

Remèdes fiévreux et réactions fébriles

Mais si l’Amérique du Nord se prépare à l'austérité sauvage, la zone Euro doit déjà vivre avec les conséquences de celle-ci. En novembre, en réponse à la crise économique continue, des actions coordonnées ont émergé. Des grèves générales simultanées en Espagne et au Portugal ont eu lieu, alors que d'importantes manifestations se sont déroulées en Grèce, Italie et Belgique.

L’Espagne menace maintenant de remplacer la Grèce dans le fond du panier, en Europe. En Espagne, la crise est allée au-delà de l'économie et menace le tissu même de la société. Selon des estimations prudentes un quart de la population se trouve sans emploi. On signale plus de 400 000 personnes ayant perdu leurs maisons ou appartements, et on estime que 1,4 millions d’espagnols sont confrontés à des procédures d’hypothèques. (Et, comme pour ajouter une blessure supplémentaire, après l’hypothèque, la dette persiste et les banques ont jusqu'à 15 ans pour recueillir ce qui leur est "dû"). Pas étonnant que le taux de suicide ait grimpé en flèche.

Mais si l'Espagne est la nouvelle Grèce, la Grèce reste toujours dans la même situation. Misère continue, accompagnée de grèves générales. En Italie les fonctionnaires et travailleurs du transport national font grève par intermittence, tandis que les étudiants manifestent dans tout le pays. En Belgique les cheminots ont gravement perturbé les itinéraires des lignes ferroviaires à grande vitesse vers d'autres parties de l'Europe.

Mais tandis que ces signes de résistance sont stimulants, à ce stade, ils restent toujours dans le domaine de la protestation contre la politique des divers dirigeants capitalistes, plutôt que contre le capitalisme lui-même. Les fédérations syndicales ont montré comment ils étaient prêts à contenir ces luttes et à les diriger vers des voies sans danger. Par exemple, en France, plutôt que d’appeler les travailleurs frappés par les mesures et les protestataires contre les mesures d'austérité, à rejoindre les grèves, les principales fédérations syndicales ont appelé leurs propres manifestations auxquelles n’ont participé dans une large mesure qu’eux-mêmes et leurs partisans de gauche comme Lutte Ouvrière.

Ces mesures d'austérité en Europe du Sud montrent la volonté de la classe dirigeante d'imposer une contrainte, voire la mort à la population travailleuse. Pour la classe dirigeante, les gens doivent mourir au service de la dette, comme si c'était le prix à payer pour rester dans la zone Euro. En dehors de cette zone, ces pays seraient encore plus privés du capital nécessaire pour maintenir le cycle d'accumulation en vie. Les dirigeants de la zone euro ont besoin d'imposer ces difficultés pour maintenir la confiance dans la monnaie. Si elle s'effondre, toute la zone Euro pourrait suivre l'exemple de la Grèce. Dans le même temps, il y a, au sein de la zone Euro, un flux de capitaux allant des pays européens les plus faibles vers les plus forts, amenant ainsi du capital moins cher pour ces derniers. Ceci reflète la conviction, pour une majorité de détenteurs de capital que, tôt ou tard, une restructuration de la zone Euro est probable et impliquerait l'exclusion de ses parties plus faibles.

La saignée du Moyen-Orient n'allège pas les souffrances du Patient

Au Moyen-Orient, la violence communautaire sanglante qui se déroule dans le cadre des antagonismes entre impérialistes poursuit un modèle bien établi. Si le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas tient, il s'agirait d'un résultat souhaitable pour l'impérialisme américain dans la région : une guerre sanglante et une bande de Gaza ingouvernable viendrait menacer les relations américaines avec l'Égypte (et avec une grande partie du monde arabe) et pourrait augmenter le prestige et la puissance de l'Iran comme « protecteur » des Palestiniens.

En outre, tout conflit dans la région diminuerait la pression occidentale sur le régime d'Assad en Syrie à un moment critique. La protestation en Syrie était une partie du printemps arabe, lui-même en partie une révolte prolétarienne contre le capital, mais il est également devenu une scène de conflits entre impérialistes, avec l'Iran (soutenu par la Russie, la Chine) et les alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient qui alimentent ces conflits, en utilisant les différences ethniques et religieuses locales pour leurs propres fins. Quel que soit le côté gagnant, dans un tel conflit, le résultat sera des bains de sang. Que les victimes soient principalement Alaouites ou sunnites, que le conflit s'étende au Liban, ça reste à voir. Mais, dans la crise et la décomposition actuelle, la guerre montre une autre manière dont peut s’effectuer la nécessaire dévalorisation, la destruction de valeur excédentaire, que ce soit sous la forme d'êtres humains ou d'autres capacités productives. Avec un succès du « cessez-le-feu », les États-Unis, par l'intermédiaire de l'Egypte, marquent un point envers le Hamas, qui est critique s’il y a jamais une solution à la question palestinienne, qui soit satisfaisante pour les États-Unis. Ces développements démontrent que le remplacement de Mubarack par Morsi et les frères musulmans n'a pas nui à la puissance américaine (et pourrait même l’augmenter) ; et elle affaiblit potentiellement l'Iran dans la région, pour lesquels le Hamas et le Hezbollah étaient son point d'entrée dans le monde arabe et dans le cas du Hamas spécifiquement dans le monde Sunnite.

L'Occident cherche en vain la médecine chinoise

Dans Perspective internationaliste 53, nous avons publié un article intitulé "La Chine peut-elle sauver le capitalisme?" Comme aujourd'hui, nous avions conclu que, tandis que les taux de croissance de la Chine, qui sont basés dans une large mesure sur la surexploitation de la population active de la Chine, font envie à de nombreux capitalistes occidentaux, la Chine comme toute autre partie de l'économie mondiale, n'est plus épargnée par les problèmes qui assaillent le capitalisme occidental. Le capitalisme d'état de la Chine ne peut échapper aux cancers du capital.

Un récent article du New York Times a noté qu'après une année morose, l'économie chinoise augmentait plus rapidement que prévu. Pourtant l'article comportait également une note d'incertitude :

«.. .le renouvellement de la croissance a été alimenté par une montée rapide de la dette, ainsi, les banques d'État et de la Banque centrale ont déversé des centaines de milliards de dollars en prêts supplémentaires aux entreprises publiques et les organismes gouvernementaux pour financer d'autres projets d'investissement. » (New York Times 9 Novembre 2012)

Et de plus...

"De nombreux soucis persistent au sujet de la durabilité d’une reprise – même modeste - qui s'appuie fortement sur la dette. Les banques chinoises accordent des prêts à un rythme si rapide en seulement 5 ans, qu'avant la fin de l'année prochaine ils auront augmenté leurs bilans d'un montant égal aux bilans combinés de l'ensemble du système bancaire américain. »

Clairement, la direction du parti communiste chinois est résolue à poursuivre sa stratégie économique actuelle malgré le danger évident. Ils créent du capital fictif à un rythme rapide, font gonfler des bulles qui éclatent inévitablement. C’est comme si les illusions de la direction du parti sur le fait que cette stratégie puisse réussir reflétaient une plus grande peur des conséquences sociales de tenter de freiner cette croissance.

Peut-être si nous ouvrons (ou fermons) la fenêtre, le Patient ira mieux

En dépit de graves difficultés économiques, il y a eu une évolution positive du capital américain: une augmentation de la capacité de production d'énergie qui sera un facteur de ralentissement de l'accélération de la crise actuelle. Toutefois, ce facteur seulement peut être réalisé au prix de graves coûts écologiques (fracturation hydraulique, sables bitumineux, gaz de schiste, forage en mer toujours plus profonds etc.) tandis que les investissements dans les énergies renouvelables sont en baisse partout. Peut-être la seule note positive est le fait qu'après la catastrophe au Japon, le nucléaire est peu susceptible de se développer. Dans l'Ouest, beaucoup de gens croient que la pollution est traitée, mais en fait la production entraînant une pollution beaucoup plus lourde a simplement été « externalisée » vers la Chine, l'Inde, etc. En effet, la colère envers l'empoisonnement de leurs conditions de vie est devenue une des sources principales de la résistance de la classe ouvrière en Chine. Les connaissances scientifiques sur les conséquences de modification du climat par le mode de production capitaliste n'ont en rien changé son comportement.

Au plus c’est désespéré de faire des bénéfices, au plus on arrondit les angles. Et le résultat est la présence de catastrophes écologiques de plus en plus graves. Le ravage causé par l’ouragan Sandy sur la côte nord-est des États-Unis est le dernier exemple de cette fonctionnalité du capitalisme. La maîtrise qu’ont montrés les médias et divers hommes politiques pour tenter de politiser Sandy tout en ne mentionnant pas le réchauffement climatique est remarquable. Les médias se sont axés sur des conditions spécifiques, présentant cela comme « la tempête du siècle ». A l'instar de Katrina, etc. Ces catastrophes « une dans le siècle » semblent prendre place de plus en plus dans notre partie du siècle. Il semble plus probable que la destruction écologique que le capitalisme engendre est lui-même en train de devenir un canal privilégié pour la destruction de valeur dont le système, basé sur la valeur, a besoin pour survivre.

La seule Solution pour ce problème

La vérité est que les différents gouvernements capitalistes s'appliquent divers pansements et cataplasmes dans l'espoir de restaurer le patient malade dans sa pleine puissance, mais une diminution drastique de la santé du patient est la plus probable. Ce numéro de Perspective internationaliste penche nettement vers la théorie. Nous n’avons pas à nous en excuser. Pour nous, ce n’est qu’avec une compréhension du capitalisme et de sa nature, que nous serons en mesure d'euthanasier la bête qui apporte la misère à l'humanité tout entière.

Perspective Internationaliste


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