ILS NE COMPRENNENT PAS


Lorsque les médias parlent de « Occupy Wall Street », ils le font souvent avec dédain: un mouvement qui n'a pas de chefs, qui n’a pas un ensemble de revendications, ne peut pas être pris au sérieux. Dans un article typique, le New York Times a cité un «expert» disant: "si le mouvement doit avoir un impact durable, il devra se doter de leaders et de claires revendications", et un autre qui a déclaré que les passions doivent être «canalisées dans les institutions ». (NYT, 10/4) Le message qu’ils vous adressent est clair: «Retournez à « la politique habituelle », suivez les leaders, le travail au sein des institutions, devenez des fantassins du parti démocrate et des syndicats dans les élections et dans les autres campagnes qui ne changent rien du tout, qui ne remettent pas en question les structures de pouvoir qui étayent ce système insensé.

Ils ne comprennent pas que l'absence de leaders dans ce mouvement n'est pas une faiblesse mais une force, témoignant de notre détermination collective, de notre refus de rester des suiveurs. Ils ne comprennent pas que l'absence d'un ensemble limité de revendications qui pourraient être récupérées par telle ou telle institution, témoigne du fait que nous comprenons que le problème est bien plus profond. Qu'il n'y a pas de solution rapide pour un système qui produit des inégalités croissantes, le chômage de masse et la misère, les guerres et les catastrophes écologiques.

Si ces problèmes pouvaient être résolus en élisant des politiciens plus sages, en adoptant de meilleures lois, etc. «la politique comme d'habitude» pourrait être une solution. Mais ils ne peuvent pas être résolus de cette façon. Les politiciens sont partout liés par des lois plus fortes, les lois du capital. C'est pourquoi les gouvernements partout, quelle que soit leur couleur politique, imposent l'austérité, forçant la population active à se sacrifier pour que davantage puisse être versé aux propriétaires du capital. En fait les réductions de salaires les plus dures, les attaques des retraites et des emplois sont mis en œuvre par un gouvernement «socialiste» (en Grèce). Les politiciens de gauche peuvent réclamer à grands cris des dépenses publiques massives, mais cela signifierait seulement que nous serions pauvres d’une façon différente, par l'inflation.

Il n'y a pas de solution miracle, car le système lui-même est obsolète. La douleur et la souffrance sont parfois inévitables, mais le capitalisme crée de plus en plus de douleurs qui seraient facilement évitables, qui n'existent que parce que dans cette société le profit l'emporte sur les besoins humains. Près de deux milliards de personnes sur cette planète sont au chômage parce que le capitalisme n'a pas besoin d'eux. Des centaines de millions de personnes vivent dans des bidonvilles, car il n’est pas rentable de construire de maisons décentes pour eux. Des millions de personnes meurent de faim chaque jour, car ce n'est pas rentable de les nourrir. Tout le monde sait que notre planète est en danger et pourtant le capitalisme continue à la détruire dans sa chasse désespérée pour le profit. La productivité n'a jamais été aussi élevée, mais la pauvreté augmente. Le savoir-faire et les ressources sont là pour que chaque habitant de cette planète ait une vie décente, mais ce ne serait pas rentable. L’abondance est devenue possible, mais le capitalisme ne peut pas gérer l'abondance. Il a besoin de rareté. L’abondance dans le capitalisme signifie la surproduction, les crises, la misère. C'est insensé et doit cesser.

NOUS DEVONS PENSER HORS DE LA BOITE

Le capitalisme n'est pas «la fin de l'histoire", mais juste une phase transitoire. Il a changé le monde mais il n’y a désormais plus sa place. Nous devons accepter le fait que le capitalisme n'offre aucune perspective, aucun avenir. Nous devons nous préparer à un monde post-capitaliste, dans lequel les relations humaines ne seront plus des transactions commerciales, dans lequel les biens et services ne représenteront plus une quantité d'argent, mais un moyen concret pour satisfaire les besoins humains réels. Un monde dans lequel les entreprises concurrentes et les nations belligérantes sont remplacées par une communauté humaine qui utilise les ressources de tous pour le bénéfice de tous. Nous appelons cela le communisme, mais ce monde n'a rien en commun avec les régimes capitalistes d'État qui existent ou ont existé en Russie, en Chine et à Cuba. Rien n'est fondamentalement changé si les capitalistes sont remplacés par des bureaucrates avec des intentions prétendument meilleures.

Ces régimes ne sont pas seulement profondément antidémocratiques, ils ont aussi perpétué le salariat, l'exploitation et l'oppression de la vaste majorité de la population. Le changement doit aller plus loin et doit émanciper les opprimés, les faire participer à une démocratie réelle au lieu de l'imposture qui existe aujourd'hui. En 2011, dix ans après les attentats de New York qui ont lancé une décennie de peur et de démoralisation, une brèche a été ouverte. De Tunis au Caire jusqu’à Athènes, Madrid, Santiago et New York, la fièvre se propage. Après avoir encaissé les coups pendant si longtemps, la classe ouvrière, chômeurs ou non, commence à se lever. Quelque chose a changé. Certes, le mouvement d’occupation de Wall Street ne durera pas éternellement. À un certain point, il prendra fin, sans aucune victoire claire. Mais c'est juste le début. Cette dynamique va se poursuivre et augmenter sa force. Faites-en partie !

IL Y A PLUS

Il est clair que le mouvement « Occupy Wall Street » a touché un point névralgique. Son message résonne à travers tout le pays, et même à travers le monde. Partout les gens élèvent la voix pour protester contre un système qui produit une misère croissante pour la majorité, et une richesse démesurée pour une minorité. Ce n’est pas étonnant que les syndicats, les démocrates progressistes, le Président lui-même, et des gouverneurs comme Cuomo qui impose une austérité draconienne aux travailleurs de New York, attachent leurs wagons à ce train, afin de garder contrôle de la locomotive. Ne soyez pas dupes : ces tendances politiques représentent les 1%, des banques et du système capitaliste, et pas les 99%. Ne laissons pas notre mouvement se faire phagocyter par les forces mêmes contre lesquelles il s’est insurgé. La gauche du capital clame cyniquement qu’ils veulent aussi de la « justice économique » ; qu’ils recherchent une distribution plus juste de la richesse, à travers la taxation des riches, etc. (ça c’est leur rhétorique, leur pratique est tout autre, voir la récente décision de Cuomo d’abolir la « taxe des milliardaires » parce qu’elle ferait fuir les riches).

La vérité est que l’injustice, la distribution injuste de la richesse, fait partie intégrante du système et ne peut en être extirpée. Elle ne fera qu’empirer à mesure que le capitalisme sombre dans la crise, pour laquelle il n’y a pas d’issue (injecter davantage d’argent dans l’économie ou économiser : ils sont foutus s’ils le font, et foutus s’ils ne le font pas). La « redistribution de la richesse » est une revendication inachevée qui ne va nulle part si elle n’est pas poussée plus loin. Comme le disait un slogan de Mai ’68 : « Soyons réalistes, demandons l’impossible ». L’impossible à l’intérieur du capitalisme, évidemment. Bien qu’il y ait un certain nombre de capitalistes qui profitent de la crise, de manière générale le capitalisme en souffre également, parce qu’il y a moins de richesse à redistribuer (et que la compétition entre les nations pour le capital se solde par moins de souffrances pour 1% et beaucoup pour les 99%). Aucun plan de redistribution ne peut solutionner cette question de rétrécissement de la richesse.

Mais qu’est ce que la richesse ? Dans cette société, les biens et les services sont équivalents à de l’argent, à la valeur abstraite qui peut être amassée, possédée indéfiniment, ou, lorsqu’elle ne trouve pas d’acheteur, qui peut être gaspillée. L’argent, la valeur abstraite, décide donc ce qui peut être produit et ce qui ne le peut pas. Ca, c’est la logique dont nous devons sortir. Nous devons abandonner l’idée que la richesse c’est l’argent, que le travail est le travail salarié et commencer à voir la production de biens et de services comme des choses que nous pouvons créer les uns pour les autres. Nous devons réaliser que lorsque nous sommes ensemble nous pouvons utiliser les forces créatives dont dispose l’humanité pour créer de la technologie, des logements, de la nourriture, des transports, de l’art et beaucoup d’autres choses pour tout un chacun parce que le besoin est là, au lieu de produire pour le profit.

Débarrassons-nous non seulement de Wall Street, mais de tout le système exploitation-pour-l’argent. Cette perspective peut paraître utopique à beaucoup aujourd’hui, mais elle deviendra de plus en plus réaliste à mesure que s’approfondit la crise du capitalisme.

PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE


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