Correspondance


EST-CE QUE LE CAPITAL DEFEND LA DEMOCRATIE ?



Nous avons reçu divers commentaires à propos du tract ci-dessus. La plupart d’entre eux étaient positifs. Il est bon de voir que certains révolutionnaires que nous ne connaissons pas personnellement, ont pris l'initiative de reproduire et de distribuer ce tract dans des villes où nous n'avons pas de présence. Certains nous ont donné une critique constructive. D’autres étaient en désaccord au sujet de notre utilisation du terme démocratie. Par exemple, les camarades de la CIP (Collectivo Insurreccion Proletaria, au Pérou) nous ont écrit:

"Nous ne sommes pas d’accord avec la formulation suivante : « Le changement doit aller plus loin et doit émanciper les opprimés, les faire participer à une vraie démocratie au lieu de l'imposture qui existe aujourd'hui. " La démocratie a existé depuis qu’existe une société de classes. Demander une vraie démocratie serait vain.

Ce que nous comprenons comme étant « La » démocratie, c’est bien la liberté de la classe dirigeante à défendre ses intérêts par le biais des lois, par la structure politique, etc. pour exploiter comme elle le veut. La nature même de la démocratie implique qu'il existe des classes. L'objectif de la lutte prolétarienne n'est pas la démocratie (même pas la démocratie la plus réelle), l'objectif est l'élimination de la société de classes et les relations d'exploitation. Nous ne comprenons pas pourquoi vous utilisez ce terme (..). "

Dans leur tract, CIP a écrit: "Maintenant il y a ceux qui veulent nous vendre l'illusion d'une véritable démocratie, la lutte pour la démocratie est à la fois redondante et absurde. Elle est redondante parce que nous vivons déjà en démocratie. C'est le droit de la classe dirigeante de jouer avec nous librement et, pour nous, de choisir qui nous exploite plus ou, pire, de choisir qui pollue notre planète. La vraie démocratie ne sera pas la fin de l'exploitation qui existe dans le monde, au contraire, elle se développe en son sein. Pourquoi se battre pour quelque chose qui existe déjà, pour une «vraie» démocratie, pour une 'vraie' exploitation ? Pourquoi se battre pour une exploitation plus légale, et qui existe déjà? "

Collectivo Insurreccion Proleteria

A cela, nous avons répondu:

Vous voyez le concept de la démocratie comme la propriété exclusive de la bourgeoisie et vous l'assimilez à l'Etat et au Parlementarisme. Pourtant, le dictionnaire Webster définit la «démocratie» simplement comme «règle de la majorité ». Alors, quand vous parlez de la «démocratie réelle», que «nous vivons déjà en elle », vous dites que la majorité gouverne déjà aujourd'hui. C'est absurde. Nous, par contre, parlons de «la mystification démocratique qui existe aujourd'hui », parce qu’elle n’émane pas de la majorité, mais d'une infime minorité. Il est important de faire cette critique. Certes, la révolution échouera si elle n’est pas menée par une véritable «règle de majorité » (le travailleur collectif). Si nous ne pouvons pas appeler cela la «démocratie réelle», comment pouvons-nous l’appeler ?

Nous ne voyons aucune raison pour laquelle le mot reflèterait plus une «démocratie» capitaliste que le mot «communisme» ne reflèterait un «communisme capitaliste». Beaucoup de communistes de gauche ont une position dogmatique sur cette question. La compréhension croissante du fait que la démocratie capitaliste est une imposture, et qu'il importe de prendre en considération la majorité réelle est une source importante des manifestations d'aujourd'hui.

La bonne réponse à la fétichisation des formes démocratiques, ne signifie pas de rejeter la démocratie, mais de la mettre en contexte, pour montrer comment les formes et le contenu sont liés entre eux, comment la démocratie réelle est impossible dans un contexte d'exploitation, comment est impuissante toute société démocratique sans remettre en cause les exigences du capital, la logique de la loi de la valeur, comme nous le montrons dans notre tract.

Nous n'utilisons pas le mot communisme dans un tract sans l'expliquer, parce qu'il est tellement connoté. Et cela afin d’opposer notre compréhension de celle de «communisme» capitaliste. De la même manière, nous dénonçons l'imposture d’une démocratie capitaliste. Le tract le fait correctement en replaçant la «démocratie réelle» dans le contexte d'un «monde dans lequel les entreprises concurrentes et les nations belligérantes seront remplacées par une communauté humaine qui utilisera les ressources de tous pour le bénéfice de tous », sans exploitation.

Dans un article ce point peut être plus élaboré mais dans un tract, il faut s’adapter et se limiter à deux pages. Nous pensons que c'est un débat important et nous tenons à le poursuivre avec vous. Un camarade a résumé notre position sur cette question dans la déclaration suivante.

LA DÉMOCRATIE-LA LEUR ET LA NOTRE

La critique du tract de PI en raison de son utilisation du terme, et le concept «démocratie», est celui que nous rejetons. Dans le tract de PI, il était clair que notre concept de la démocratie n'a rien à voir avec la démocratie bourgeoise, avec ses constitutions, les parlements, les élections, qui sont tous situés dans le cadre de l'Etat capitaliste, et le fonctionnement de la loi de la valeur; tous sont des éléments constitutifs de la domination capitaliste et la subsomption réelle du travail au capital. La démocratie à laquelle il est fait référence, par opposition à la «démocratie» de la société capitaliste, était la démocratie du travailleur collectif, dont les formes ont existé sous une forme embryonnaire dans les luttes de tous les travailleurs, dans des comités de grève constitués dans des grèves sauvages, et dans des formes plus développées où la lutte des classes a pris une forme généralisée et politique dirigée contre l'Etat capitaliste, dans les conseils ou Soviets de travailleurs, les premières bases d'un double pouvoir, puis le renversement de la domination capitaliste. Qu’ont été la Commune de Paris, ou les Soviets en Russie en 1905, puis à nouveau en 1917, sinon la manifestation de la démocratie de la classe ouvrière et de ses organes de pouvoir?

Faut-il pour cela remplacer le concept « démocratie » par le "centralisme organique" de Bordiga, défendu par une grande partie de la tradition de la Gauche communiste italienne (et d’autres éléments idéologiques propres à ce courant ?

L’héritage que la gauche italienne lègue aux révolutionnaires du vingt et unième siècle, est particulier, avec son rejet de toute notion de la démocratie, il s’agit de l'affirmation selon laquelle la démocratie est à l'usage exclusif de la bourgeoisie, et que cela doit être rejeté sans équivoque. La tradition basée sur le concept de centralisme organique, s’opposant à la démocratie, à la fois au sein des organisations politiques de la classe ouvrière et de ses organes de classe, mène tout droit au léninisme, puis au stalinisme. Il ne peut pas constituer une base pour l'intervention politique des révolutionnaires dans les luttes de classes émergentes.

Plutôt que de raconter la triste histoire du rejet de la démocratie pour la classe ouvrière, histoire écrite dans le sang au cours du XXe siècle, à partir de Cronstadt en passant par Barcelone, Berlin ou Paris, une histoire qui n'est que trop bien connue, il faut jeter les bases théoriques pour un concept de la démocratie prolétarienne.

Le travailleur collectif n'est pas simplement aliéné par le capital et l’opération de loi de la valeur. Le travailleur collectif possède aussi la capacité, à travers sa praxis, de perturber le capital et ses relations sociales (les relations mêmes dans lesquels il a toujours été emprisonné).

Cette capacité, qui est le produit de sa propre histoire et de ses luttes, comprend notamment le pouvoir de créer un monde au-delà du capitalisme, afin d’engendrer de nouvelles relations sociales dépassant la forme valeur, afin de produire lui-même un monde au-delà de l'oppression de classe et de l'exploitation.

La démocratie est la forme politique ou le mode de l'existence collective du prolétariat, se manifestant comme sa forme historique en tant que travailleur collectif mondial. Il peut à la fois rendre possible la lutte révolutionnaire contre le capital et l'organisation politique d'une communauté humaine au-delà du capitalisme. Il s'agit d'une tâche théorique des révolutionnaires afin d’élaborer une théorie de la démocratie adéquate à ces tâches. PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE


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