Tracts


Vous trouverez ci-dessous la traduction d'un tract rédigé et distribué par certaines personnes au campement de protestation sur la place la Puerta del Sol. Ce campement toujours présent actuellement ("Acampada"), est composé de personnes qui vivent effectivement ensemble depuis plusieurs semaines, et fait partie d'un mouvement à l'échelle nationale impliquant au moins 60, et peut-être jusqu'à 80, villes à travers l'Espagne , des dizaines de milliers et peut-être plus d'une centaine de milliers en tout. Le mouvement s’est appelé lui-même sous divers noms, y compris la démocratie Réelle maintenant («Democracia Real Ya"), Révolution espagnole et prendre la Plaza ("Toma la Plaza"), et les participants se considèrent comme "los indignados", des « indignés » . Alors que la démocratie Real est actuellement de toute évidence le terme le plus utilisé, il ressort de cette notice qu'il y a une certaine différence de point de vue sur la question de la démocratie. Les gens dans les campements ont formé des assemblées pour discuter de leur situation commune et de ce qu'ils pensent qu'il faudrait faire pour la changer. Les protestations sur les places a débuté le 15 mai sous le slogan «nous ne sommes pas des produits (marchandises) dans les mains des banquiers et des hommes politiques", principalement par des jeunes qui sont douloureusement conscients de l'avenir sombre qui les attendent dans cette société. Mais le mouvement s'est rapidement développé en englobant tous les groupes d'âge. Il s'est également étendu à divers autres pays, y compris la Grèce (où il y a eu aussi plusieurs milliers de personnes impliquées), l'Italie et la France, et sur une plus petite échelle à presque tous les pays européens, dont la Belgique.

Que se vayan todos ! QU’ILS PARTENT TOUS!

Nous sommes nombreux ces derniers jours à affluer dans les rues pour protester. Tous, nous nous sommes identifié au rejet des politiciens, des syndicats et des patrons. Avant tout, nous nous sommes rendus compte que nous avons atteint une limite que nous en avons assez d'être les parias de ce monde. Que nous ne supportons plus que quelques uns se remplissent les poches et vivent comme des rois pendant que d'autres se serrent la ceinture au-delà de toute limite afin de maintenir en forme la sacro-sainte économie. Que nous savons que pour changer tout cela nous devons lutter nous-mêmes, en marge des partis, syndicats et autres représentants qui veulent nous prendre en charge.

Par dessus tout, cette réalité exprime une question qui touche l'ensemble du monde : la contradiction entre les intérêts de l'économie et ceux de l'humanité. C'est ce qu'on parfaitement compris nos frères rebelles d'Afrique du Nord, et c'est ce que nous comprenons aussi ici aujourd'hui lorsque la situation est insoutenable pour tous et que nous sortons pour lutter. Nous avons supporté l'insupportable, nous avons fait face à un empierrement des conditions de vie sans comparaison depuis des décennies. Mais finalement nous avons dit basta, et nous sommes là, exprimant ainsi notre refus de ce système infernal qui transforme notre vie en marchandise.

Nous voulons, bien sûr, exprimer notre refus complet de l'étiquette de citoyen. Sous cette étiquette on agglutine toute sorte de bestioles, du politicien au chômeur, du dirigeant syndical à l'étudiant, du patron le plus prospère au plus misérable des ouvriers. On mélange des modes de vie totalement antagoniques. Pour nous, il n'est pas question d'une lutte de citoyens. C'est une lutte de classe entre exploiteurs et exploités, entre prolétariat et bourgeoisie comme disent certains. Chômeurs, travailleurs, retraités, immigrés, étudiants...nous faisons partie d'une classe sociale sur laquelle retombe, tous les sacrifices. Politiciens, banquiers, patrons... font partie de l'autre classe qui profite plus ou moins de nos pénuries. Celui qui ne veut pas voir la réalité de cette société de classe vit dans un monde de merveilles.

Arrivés là, protestant sur de nombreuses places du pays, il est temps de réfléchir, il est temps de concrétiser nos positions et de bien orienter notre pratique. L'hétérogénéité est grande sans doute possible. Il y a une confluence de compagnons qui luttent depuis longtemps contre ce système, avec d'autres qui manifestent pour la première fois, certains pour qui il est clair qu'il « faut aller jusqu'au bout » (« nous voulons tout et tout de suite » sur une pancarte de la Puerta del sol. Certains parlent de réformer certains aspects, d'autres encore sont désorientés, d'autres veulent manifester leur ras-le-bol... Il y a également, il ne faut surtout pas l'oublier, ceux qui tentent de pêcher en eaux remuantes, ceux qui veulent canaliser ce mécontentement, en profitant des faiblesses et de l'indécision du mouvement.

Nous avons discuté avec les compagnons dans les rues et nous nous sommes aperçus qu'en fait notre force est dans ce rejet, dans ce mouvement de négation de ce qui nous empêche de vivre. C'est ce qui a forgé notre unité dans les rues. Nous pensons qu'il faut suivre cette voie, approfondir et mieux concrétiser notre refus. Car nous sommes forts dans cette négation, il est clair pour nous que nous n'apporterons aucune solution à nos problèmes en exigeant d'améliorer la démocratie, comme certaines consignes le laissent entendre, et même pas en revendiquant la meilleure des démocraties. Es lo que ha forjado nuestra unidad en las calles. Notre force consiste dans le rejet que nous manifestons dans la démocratie réelle, « en chair et en os », dont nous souffrons quotidiennement, et qui n'est rien d'autre que la dictature de l'argent. Il n'est pas d'autre démocratie. C'est un piège que de revendiquer cette démocratie idéale et merveilleuse, dont on nous a rebattu les oreilles depuis notre enfance. De la même façon, il ne s'agit pas d'améliorer cet aspect ou cet autre, car l'essentiel continuera à marcher : la dictature de l'économie. Il s'agit de transformer totalement le monde, de tout changer de bas en haut. Le capitalisme ne se réforme pas, il se détruit. Il n'est pas de voie intermédiaire. Il faut aller au fond, il faut aller à l'abolition du capitalisme.

Nous avons occupé la rue à quelques jours de la fête parlementaire, dans cette fête où est élu celui qui exécutera les directives du marché. Bon c'est un premier pas. Mais nous ne pouvons en rester là. Il s'agit de continuer le mouvement, de créer et de consolider des organisations et des structures pour la bagarre, pour la discussion entre compagnons, pour affronter la répression qui a déjà frappé à Madrid et Grenade. Il faut être conscient que sans transformation sociale, sans révolution sociale, tout continuera comme avant.

Nous appelons à continuer de manifester notre refus du spectacle du cirque électoral de toutes les manières possibles. Nous appelons à soutenir le mot d'ordre « Qu'ils s'en aillent tous !»L Mais nous appelons aussi à continuer la lutte après le dimanche 22. Pour que nous allions tous bien au-delà de ces jours. Nous ne pouvons laissez périr les liens qui se construisent.

Nous appelons à la formation de structures de luttes, appelle-nous pour entrer en contact, pour coordonner le combat, pour lutter dans les assemblées qui sont entrain de se monter afin de faire de celles-ci des organes de lutte, de conspiration, de discussion sur la lutte, et non des meetings citoyens. Nous appelons à s'organiser à travers tout le pays pour lutter contre la tyrannie de la marchandise

Llamamos a la formación de estructuras para luchar, llamamos a que entremos en contacto, a que coordinemos el combate, a luchar en las asambleas que se están creando haciendo de ellas organos para la pelea, para la conspiración, para la discusión de la lucha, no para mítines ciudadanos. Llamamos a organizarnos en todo el país para luchar contra la tiranía de la mercancía.

"QUE SE VAYAN TODOS!"/ « Qu'ils s'en aillent tous!»

19 de Mayo de 2011


Un autre tract écrit et diffusé parmi les indignés de la place de Catalunya

« C’est la plus vieille spécialisation sociale, la spécialisation du pouvoir, qui est à la racine du Spectacle. Le spectacle est ainsi une activité spécialisé qui parle pour l’ensemble des autres. c’est la représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, ou toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archaïque. »

« Se relever. Relever la tête. Par choix ou par nécessité. Peu importe, vraiment, désormais. Se regarder dans les yeux et se dire qu’on recommence. Que tout le monde le sache, au plus vite. On recommence. Finis la résistance passive, l’exil intérieur, le conflit par soustraction, la survie. On recommence. En vingt ans, on a eu le temps de voir. On a compris. La démocratie pour tous, la lutte “anti-terroriste”, les massacres d’État, la restructuration capitaliste et son Grand Œuvre d’épuration sociale, par sélection, par précarisation, par normalisation, par “modernisation”. On a vu, on a compris. Les méthodes et les buts. Le destin qu’ON nous réserve. Celui qu’ON nous refuse. L’état d’exception. Les lois qui mettent la police, l’administration, la magistrature au-dessus des lois. La judiciarisation, la psychiatrie, la médicalisation de tout ce qui sort du cadre. De tout ce qui fuit. On a vu. On a compris. Les méthodes et les buts. Quand le pouvoir établit en temps réel sa propre légitimité, quand sa violence devient préventive et que son droit est un “droit d’ingérence”, alors il ne sert plus à rien d’avoir raison. D’avoir raison contre lui. Il faut être plus fort, ou plus rusé. C’est pour ça aussi qu’on recommence. »

Avant, il y avait cette logique : s’organiser ou s’indigner. Désormais : s’organiser pour s’indigner. Nous disons : qui s’indigne attend encore de ce monde, pourtant déjà un souvenir ruiné. Qui fait attention à son image est déjà dans la force-de-travail. Esclave. Détruire le vieux monde en nous est le geste le moins spontané qui puisse être. Les intensités sont des vérités. Le monde n’est guère favorable aux vérités nouvelles. L’être isolé est le centre de ce monde en même temps que ses bordures, facilement déchirables. une foule d’êtres isolés également.

Il n’y a pas de communisme sans abandon, d’abandon sans destruction et de destruction sans son possible matériel. Pas de communisme possible dans ces structures gestionnaires de l’acampada barcelonnaise. Certains disent : nous n’avons plus de Chef, plus d’Autorité sans voir comment ils font autorité avec le consensus et la paix. On se bat pour des idées, les mêmes que la Police. Toujours les mêmes entourloupes : l’AG pense qu’elle est souveraine du mouvement, garante des principes, affaires de bureaucrates. Est souverain celui qui organise le pouvoir, agence les temporalités, produit du mouvement. Non celui qui vote et s’égosille. Cette chimère volatile n’a d’autre pouvoir que celui d’approuver les questions techniques. Les questions techniques sont la mort du politique. La révolution a toujours été affaire de guerre, ceux qui le nient ont des cadavres dans la bouche et sont sans mémoires, autant dire, sans conscience historique. Pour destituer nos vies du capital, il faut se destituer de nos images et du langage commun des choses.

Reprendre de là où nous ne sommes jamais partis avant : de Rien. Ceux qui coïncident avec leur époque et ses vérités sont ceux qui coïncident avec son bonheur. La première des guerres contre notre époque est la guerre diffuse contre sa forme de bonheur. Ceux qui veulent détruire un ordre ont inévitablement comme Ennemi les forces de l’Ordre. Encore faut-il assumer un certain désordre. En temps de trouble comme en temps de crise, tout appel à l’unité, à se serrer les coudes est un appel à la soumission passive. Ceux qui recherchent l’unité sont ceux du parti de l’Ordre. Tous ceux qui prétendent n’avoir que des positions stratégiques reproduisent le langage de l’État et du Prince. Ils repoussent le moment de la décision. Tous ceux qui normalement devraient se positionner contre le cirque mais ici le garantissent sont prisonniers de l’Infrastructure. On ne peut subvertir idéologiquement. Croire qu’on peut changer le langage, les gestes, les dispositions en gardant l’infrastructure est un mensonge. L’idéologie est un mensonge.

Où sont les armes de la critique ? La critique sans armes est un vote, une simple et triste opinion. La puissance n’est pas simple affaire de nombre sauf si l’on postule que tout a une valeur, c’est-à-dire est quantifiable et échangeable. L’unité sur une idée est une chose, sur une pratique un geste. Aucune autre forme de police n’est possible. Ceux qui ont pour amie la police ont pour amie la marchandise. L’Information existe grâce au spectacle. Ceux qui pensent que « les gens » ne sont pas assez informés de ce qui se passe ou qui se soucient de « l’image du mouvement » disent ceci : « le monde ne fait pas assez bien son travail ». C’est l’avant-garde de demain. La véritable question est le désir : où sont nos désirs ? Le pacifisme pacifie. Une technique policière pour contenir les désirs d’insurrection, d’en finir effectivement. Se dire non-violent est accepter ceci : « on nous a désarmé, désamorcé jusqu’à la paralysie la plus totale ». Cela convient bien au monde. Se poser la question de « la violence » revient à penser comme un État.

Il n’y a de violence uniforme que pour celui qui s’en arroge le monopole. La question de « la violence » est alors la question de la pacification : comment gérer « la violence » c’est-à-dire tout ce qui vient, de toutes parts et de tous camps, démobiliser et déborder le monopole étatique de la violence. Se pose ce paradigme : celui qui s’affirme non violent s’affirme pacifié, impuissant. Il accepte l’opération étatique : « la violence est tout ce qui vient déborder mes positions ». Il y a la violence fondatrice et la violence conservatrice. Brûler un commissariat n’est pas le même geste que le construire. Il y a ceux qui gardent un ordre et ceux qui veulent le détruire. Vient la violence fondatrice révolutionnaire : celle qui ne peut être récupérée et ne peut fonder aucun autre ordre. C’est la puissance. La question des armes, du point de non-retour dans le conflit. Ce point sans retour d’où le mirage de la violence comme problème se dissout en même temps que de chaque côté de la barricade on acte de cette situation : il s’agit d’une guerre qu’il faut gagner. Se dire non-violent c’est vouloir proposer une société sans-violence. Le nombre de techniques policières pour éradiquer et s’approprier tout cela devra être faramineux. Le nombre d’heures de yoga aussi. La meilleure des polices ne porte pas l’uniforme.

La démocratie est une manière de gouverner. Tout type de gouvernement est mauvais. Le paradigme post-moderne : une administration et sa population, comme à la place : la commission et le Pueblo.

Où avez-vous mis votre rage ? Êtes-vous si policés pour qu’au nom du pacifisme, la rage de toute une vie d’esclave soit évacuée ? Tant que l’on désire la marchandise, on est contre-révolutionnaire. Dans ton combat contre le monde seconde le monde. Voici le pouvoir du spectacle : « Des léopards s’introduisent dans le temple et s’abreuvent aux jarres d’offrandes qu’ils vident. Le phénomène ne cesse de se répéter : il finit par être intégré à la cérémonie. » Tout raser pour ne pas être récupéré. Vouloir garder un pan de ce monde est déjà vouloir le sauver. Le Capitalisme est l’économie de ses fuites. Refuser le point de vue gestionnaire n’est pas affaire de méthode mais bien de position politique. La gestion et sa métaphysique du pragmatisme froid et stratégique sont ennemis de tout processus d’abandon et de conflit. Il existe une différence, subtile au possible, entre être pacifiste par choix d’armes et désirer la paix avec les flics. C’est une différence de camp. Lorsque l’unique manière de se rendre lisible au monde et d’agréger les désirs est la revendication, la séduction, il y a comme une défaite programmée. Une puissance est ce qui arrache les hommes et femmes à la société ordinaire par des évènements. Le combat contre le mal finit toujours au lit lorsqu’on prête attention à sa force de séduction. Le monde n’est pas cool et twitter n’est pas le monde. Désormais la politique classique est s’informer. Être transparent signifie que l’on n’a rien à se reprocher, soit du fait que l’ON FAIT LE BIEN, soit que l’on est du néant passif, pour le reste, une caméra, un flic, un vigile, un appareil photo, un portique, un citoyen, tout cela est fatalement hostile. Pour être transparent il faut accepter d’être transpercé, c’est-à-dire perdre.

Vendredi 10 juin 2011.


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