AVEC DES REPRISES COMME CELLE-CI, QUI A BESOIN DE RÉCESSIONS ?


La récession est finie et pourtant la crise continue à s’approfondir. Que l’économie mondiale se développe, quoiqu'à un rythme faible, n’est pas une surprise, vu les milliers de milliards dépensés par les gouvernements pour la stimuler. Cela n’empêche pas que nombre des mesures prises s’épuisent déjà et que l'impact de l’augmentation des dépenses publiques se réduit comme peau de chagrin...

Mais au lieu de prendre de nouvelles mesures de stimulation de l’économie, les gouvernements partout dans le monde sont en train de faire l’inverse : le cri de guerre de la classe capitaliste est ‘Austérité !’. Et plus un pays a été frappé par la crise actuelle, plus il impose des réductions drastiques dans ses dépenses publiques. La gauche dit que c'est l'inverse qu’il faut faire et, à première vue, elle semble avoir raison : toute cette austérité ne peut que diminuer encore plus la demande et donc empirer la crise, paver le chemin d’une nouvelle récession. C'est vrai, mais il est également vrai qu'un gouvernement qui ne prendrait pas ces mesures et laisserait ses dépenses continuer à gonfler, le paierait très cher ultérieurement, sous la forme d’une fuite des capitaux, d'inflation et d’une augmentations des taux d'intérêt qui lui rendrait impossible de financer ses déficits et bloquerait le secteur privé. Ainsi, à peu d'exceptions près, ils n’ont pas beaucoup de choix. L'impact des mesures de stimulation a été moins important que prévu. Les capitalistes ne veulent pas que leur Etat ‘jette le bon argent après le mauvais’ et ils espèrent tous que quelqu’un d’autre propulse la demande globale.

Dans beaucoup de pays les taux de profit sont en hausse ainsi que les stocks, mais le chômage continue à monter, les salaires continuent à baisser, les pensions de retraite et d'autres avantages sociaux continuent à être diminués. Pour la classe travailleuse il n'y a aucune reprise. Pour elle, la ‘reprise’ implique seulement que ceux qui ont encore un travail devront maintenant travailler plus. Mais les bénéfices ont repris, bien plus que la modeste reprise de la croissance pourrait le laisser croire. Ils sont moins le résultat d’une augmentation des ventes que de la baisse des coûts salariaux. Ceci érode encore plus la demande de la classe travailleuse et aggrave la surcapacité globale. Ce qui pose aussi la question : si la reprise des profits a requis une telle augmentation du chômage et de la misère, qu’est-ce que ce sera lors de la prochaine récession ?

Pour un économiste partisan de l’‘économie d’offre’ ou pour sa contrepartie marxiste, le défenseur du dogme ‘la seule contradiction est la baisse tendancielle du taux de profit’, une augmentation du taux de profit aussi forte et rapide qu’on l’a vue ces derniers temps ne peut pas représenter un problème. D’après eux, si le profit est là, il sera investi dans la production. Mais ce n’est pas le cas : la hausse du profit ne se traduit pas par une augmentation de l’investissement productif. Les détenteurs de capitaux sont circonspects, craignant que ce qui apparaît une comme une bonne opportunité d’investissement aujourd'hui, se révèle être une bulle demain. Alors ils s’accrochent à leur argent. Accroissement des liquidités. Les banques sont de nouveau debout (grâce aux centaines de milliards pris aux contribuables) et sont pleines d'argent liquide mais sont très réticentes à le prêter. Rarement ont-elles été aussi près de leurs sous. L'argent coûte peu de nos jours, mais seulement pour ceux qui en ont déjà beaucoup.

L'austérité est non seulement une politique de gouvernement, mais également une politique de corporation, une politique bancaire, même une politique de consommation. Tout le monde épargne plus et dépense moins, craignant ce que le futur pourrait apporter. Ce qui implique que la demande d’argent augmente plus vite que la demande pour d’autres marchandises. Comme marchandise générale, l'argent fait circuler les autres marchandises et se substitue à elles dans d’innombrables transactions. Mais comme marchandise particulière, l'argent se retire du processus de circulation ; il est recherché pour lui-même, pour son (apparente) capacité à stocker de la valeur. Comme marchandise particulière, il entre en concurrence avec les autres marchandises. Plus la demande d'argent ‘pour l’argent’ se développe, plus elle réduit la demande générale. C'est un processus qui se nourrit lui-même, appelé la déflation. Ca va devenir le mot à la mode dans la prochaine phase de la crise. La demande d'argent (dans le sens large du terme : y compris les stocks options, les bons, l'or etc..) augmente parce que c'est la seule marchandise qui n’a pas besoin d’être vendue pour conserver sa valeur. Toutes les autres doivent être vendues plus ou moins immédiatement et si la demande n'est pas assez élevée pour pouvoir être vendues à leur valeur, elles doivent être vendues en dessous de leur valeur. Et la demande ne peut pas devenir suffisamment élevée quand une partie toujours croissante du pouvoir d'achat est retirée dans le but d’amasser de la valeur abstraite. Ainsi, les prix tendent à tomber. Ceci a été une tendance sous-jacente de l’économie mondiale depuis un certain temps, mais maintenant elle rejaillit au premier plan.

Comme phénomène de surface, la déflation peut être facilement contrôlée en injectant plus d'argent dans la circulation. C'est ce qui s'est produit ces dernières décennies et a connu une accélération lors de la première réaction de l'Etat de capitaliste à la crise qui a éclaté en 2007.

Cela continue toujours dans une certaine mesure. On crée encore de l’argent à un rythme accéléré, particulièrement aux USA. Le gouvernement d'Obama n’a pas encore mis en place une politique d'austérité dure. Cela pourrait changer après les prochaines élections au Congrès. La victoire républicaine prévue pourrait donner à Obama l'excuse politique pour mettre en pratique la même politique de coupes claires que ses partenaires européens.

Supprimer la déflation à la surface n'aide pas parce que la surface - le niveau des prix - n'est pas le problème réel. Le problème réel se trouve en dessous : la difficulté croissante à augmenter la production de manière à augmenter la valeur, ce qui provoque une fuite de la valeur, du domaine de la production vers la thésaurisation. Injecter plus d'argent entraîne la dévalorisation de l’argent, ce qui ne résout pas le problème de la dévalorisation des marchandises, mais en crée un nouveau. L'inflation fait perdre à l’argent sa capacité de stocker la valeur, alors que la demande en augmente. Alors le capital va vers ce qui peut donner l’illusion de résister à cette évolution globale à la baisse.

Ainsi les pays et les compagnies se font la concurrence sur les réductions de salaires et de budgets dans le but de thésauriser. S’ils ne le font pas il seront punis par une fuite de capitaux. D'autres se font une concurrence différente : en manipulant le taux de change de leur monnaie pour maintenir artificiellement un bas prix à leurs produits sur les marchés d’exportation. Ceci dégonfle les prix même avant que les produits arrivent sur le marché, aux dépens des travailleurs qui les ont faits. L'accélération récente de cette tendance rappelle les dévaluations concurrentielles des années 1930. Ca sent le désespoir.

Mais qu'est-ce qu’un capitaliste peut faire d’autre dans une période comme celle-ci ? Avec la perspective de la déflation, sa réaction logique est de réduire ses coûts encore plus, pour protéger sa ligne de fond. La déflation n’est pas nécessairement un désastre pour le capital, si ce sont les travailleurs, l'environnement, la société dans son ensemble qui en paient le prix. Mais ce que le capital ne peut pas empêcher c’est que la contradiction entre ses intérêts et ceux de l'humanité devient toujours plus évidente. Ce qu’ils ne peuvent pas empêcher c’est le conflit de classe. La résistance de la classe travailleuse exprime la volonté de l'humanité de vivre, à l’encontre du monstre apparemment autonome qu’est devenue l'accumulation du capital.

Naturellement, les capitalistes cherchent à sortir de cette spirale. Si c’est la surcapacité ce qui causé ce désordre, pourquoi pas restaurer des conditions de pénurie ? L'article qui suit, qui est paru à l'origine dans ‘Mute Magazine’ explique pourquoi cela peut aider les capitalistes mais empire les choses pour le capitalisme.

Sander


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