Editorial: QUEL ÉTÉ POURRI !


Haïti, Roumanie, Pologne, Pakistan, USA, France, Chine, Mexique, Hongrie … et la liste n’est pas close : les catastrophes se multiplient.

Sécheresse extrême ici, humidité extrême ailleurs, tremblement de terre, glissement de terrain, ras de marée, des millions de personnes se trouvent les pieds dans l'eau, dans la boue ou sont confrontées, comme en Grèce, en Californie, l’année dernière, aux incendies, mais surtout les habitants de Moscou qui ont subi durant des mois les méfaits des fumées d’incendies, et tout dernièrement les habitants de Ajka, de Kolontar, en Hongrie confrontés à un désastre provoqué par une pollution industrielle.

Des Millions de personnes voient brûler leurs plantations, leurs animaux se noient ou meurent de soif. Des millions de personnes ont faim. Des millions de personnes tombent malades.

Mais surtout des millions de personnes vivent dans la peur. Peur des cataclysmes dont ils sont victimes, mais aussi peur de la violence des bandes armées qui se livrent au pillage aux viols, aux massacres. Et cette peur exprime surtout l’angoisse par rapport à un manque d’avenir, de perspectives absentes.

Des catastrophes inéluctables ?

Une question est posée : par rapport à la « dégradation » de la planète, pourquoi ?

Pour expliquer cette situation, certains nous rappellent que c’est la fatalité, que c’est inéluctable. La persistance des catastrophes humanitaires est présentée comme inévitable, mais étant liée aux changements climatiques.

Mais cette explication peut sembler un peu simpliste. Alors, outre la question de savoir si les conditions météorologiques extrêmes de cet été sont dues à des changements climatiques, on y ajoute un autre élément résultant de la façon dont nous produisons et consommons (une question qui est maintenant presque universellement répondue par l'affirmative). Et il ne s’agit pas de contester ici la validité du constat de la dégradation des conditions de vie sur la planète « Terre » : augmentation démographique, urbanisation, déforestation, diminution des terres cultivables, déshumanisation, nuisances industrielles. Le film d’Al GORE et d’autres reportages sont révélateurs à cet égard.

De même, des images l’illustrent, dans certaines parties du monde, des destructions de l’environnement sont provoquées par des populations défavorisées qui réagissent ainsi afin de pouvoir survivre.

Il ne s’agit pas de contester les causes de ces dégradations : l’industrialisation à outrance. Il ne s’agit pas de passer sous silence la logique implacable qui pousse le capitalisme à développer les bases de son propre suicide écologique.

Il est clair que le responsable, c’est le capitalisme. Mais ce qui est clair, c’est que cette « fatalité » se nomme capitalisme.

Et la consommation, ou surconsommation, c’est bien le fait du capitalisme.

Il est indéniable que ce mode de production capitaliste, est responsable de la catastrophe et de l’ampleur de ces catastrophes. PI n’a pas attendu ces dernières catastrophes pour le rappeler. Nous avions déjà dénoncé cette situation dans PI 36 à propos des catastrophes qui, à l’époque avaient touché la Turquie :

«Des milliers de personnes sont mortes en Turquie, et des centaines de milliers sont sans abri, non pas à cause d’un tremblement de terre, mais à cause du profit. Le but de la construction de maisons dans la société actuelle n’est pas d’abriter des gens, mais de faire du profit. Si l’on peut faire du profit en construisant des maisons solides, fort bien. Sinon, on utilise des matériaux bon marché pour assembler des maisons destinées à s’écrouler dès que la terre bouge en Turquie ou à Taiwan, dès qu’un ouragan souffle en Floride, ou dès que les rivières débordent à Mexico ou en Chine . » .

Le capitalisme défend une logique implacable de recherche de profits. Pour assumer cela, il transforme tout, y compris la nature, en objet de valorisation afin de réaliser son profit.

Il s’en prend à la nature : aux minéraux, aux plantes, aux animaux, mais aussi aux hommes. La réification se développe inéluctablement.

« La déshumanisation » se développe et révèle le véritable caractère du capitalisme. L’article de McI, dans cette revue, démontre cela parfaitement. La surexploitation des ressources naturelles ne peut être compensée par les discours « pour le respect de l’environnement » des sociétés industrielles. Et cette logique paraît inéluctable. L’idéologie justifie cette situation renforçant la réification.

Que fait la bourgeoisie capitaliste ?

• Les « réactions » des responsables politiques Ce qui est évident, c’est que ce soit en Chine, au Pakistan, la Louisiane, en Europe, en Hongrie, le constat est le même : le pouvoir politique de la bourgeoisie n’a pas pris les mesures pour assurer la quiétude de millions de personnes. Ce qui a été privilégié, c’est le « développement de la valeur». Des constructions ont été érigées n’importe comment, favorisant l’enrichissement des spéculateurs. Des mesures minimales de sécurité ont été négligées, parce que non rentables immédiatement et demandant des investissements grevant le budget consacré au « développement ».

La bourgeoisie colmate. Comme réponse à la catastrophe, la bourgeoisie punit quelques politiciens, mais offre surtout le discours de moralisation écologiste : il faut accepter les sacrifices, réduire la consommation, dépenser moins, aider les plus démunis, produire autrement : le capital a même été capable de transformer cette préoccupation pour l’environnement en pistes pour augmenter les profits. Comme alternative à la dépendance par rapport à l’énergie fossile qu’est le pétrole, le biocarburant est mis en avant comme une alternative verte.

Les céréales et le sucre de canne sont utilisés pour le carburant (éthanol) au lieu de servir de nourriture De plus en plus d’industries : l’électronique, le bâtiment, la chimie profitent du cercle vertueux du « développement durable » : elles investissent dans des installations consommant moins d’énergie et de matières premières permettant de réduire les coûts de production tout comme la pollution. De nouveaux marchés s’ouvrent ainsi.

Elle punit quelques dirigeants, en leur offrant des primes de sorties appréciables, comme pour les dirigeants de BP, responsables du désastre écologique du golfe du Mexique. Mais à aucun moment les causes réelles des « catastrophes » ne sont abordées.

• La bonne conscience Des opérations « humanitaires » sont commanditées. Des images chocs sont proposées par la presse. La culpabilisation joue à plein, relayée par les écologistes.

• Les écologistes Et les écologistes nous proposent de nous mettre au vert, de nous serrer la ceinture, pour sauver la planète. Le credo écologiste est essentiellement individualiste. Il participe ainsi pleinement aux discours de la post-modernité qui insistent sur la « responsabilité irresponsable » de l’homme. Il participe d’un discours moralisateur et culpabilisant propre au retour d’une pensée obscurantiste incapable de déterminer les causes objectivantes. Il participe d’un mouvement sectaire contraignant au nom des libertés individuelles de chacun : l’interdiction de fumer, de rouler en voiture,… Il poursuit le mythe soixante-huitard. Des hippies aux écolos, la voie était tracée au développement d'une philosophie de la crise, théorisant l'absence de perspectives, liquidant au passage les balbutiements d'un retour de la pensée critique. Il rejette l'ordre autoritaire et les divers appareils liés à celui-ci. Stalinisme, réformisme, christianisme sont balayés. Il rejette les sujets collectifs au profit de rassemblements ponctuels se cristallisant autour de la défense des droits de l'homme et de la nature: Amnesty International, Ligue des Droits de l'Homme, féminisme, .... Il s’exprime par un refus des dogmes politiques qui se traduit dans une idéologie anti-totalitaire, mais compensée par la recherche de nouvelles religiosités, par la consommation de produits culturels rapidement renouvelés: le voyage, l'errance, la mythification d'un retour à la nature... Il se caractérise par l'offensive de la scientificité, où le savoir des spécialistes écologistes va expulser petit à petit l'homme politique pour donner, non pas une explication globalisante, mais pour théoriser le chaos, la réapparition d'explications parcellaires, l'atomisation.

QUE FAIRE ?

- Il ne s’agit pas d’emboîter le pas aux sirènes de la réconciliation entre l’homme et la nature, « de s’intégrer dans un écosystème stable ».

- Il ne s’agit pas de se contenter de remplacer la technologie et des méthodes de production industrielles, par des énergies renouvelables qui existent bien (énergies éolienne, solaire, marémotrice, géothermique, houle, biomasse…) en pointant la mauvaise volonté des capitalistes, pour croire que quelque chose aura changé.

- Il ne s’agit pas de demander aux dirigeants capitalistes d’arrêter de piller les ressources naturelles pour préserver l’avenir. Car la concurrence pour l’appropriation des profits mondiaux est une des bases du système actuel. Des tentatives de coopération internationale ont déjà été faites ; la SDN, puis l’ONU, par exemple, furent fondées dans le but de « maintenir » la paix. Or, le 20ème siècle a connu les guerres les plus dévastatrices et meurtrières de l’histoire !

- Il ne s’agit pas de tomber dans un schéma malthusien en prônant la restriction des naissances.

- Il ne s’agit pas de se limiter à des modifications de comportements individuels, de modifier des besoins individuels pour que quelque chose puisse changer.

Il est clair, par contre, qu’une seule solution s’impose : la destruction du système économique qui engendre de telles nuisances. La nécessité de la révolution revient à l’ordre du jour. Mais, paradoxalement, cette nécessité qui semble s’imposer à tous ceux qui posent le problème de manière quelque peu normale, ne fait pas recette. Bien que problème global, bien que touchant la pérennité de l’espèce, bien que gangrenant les perspectives d’avenir, l’homme peut accepter des conditions d’extrême précarité pour assurer la quotidienneté de sa survie.

La nécessité de penser un autre ordre social Alors que les catastrophes «naturelles» ne feront qu'augmenter, il est de plus en plus irrationnel de s'accrocher à un ordre social fondé sur l'accumulation, sur la défense de la valeur, de l'argent, et dans lequel la satisfaction des besoins de l'homme n'est qu'un moyen pour atteindre cet objectif.

Pourquoi devrions-nous accepter la nécessité de réaliser des profits, de défendre «notre» position compétitive ? Pourquoi avons-nous besoin d'argent pour régner sur toutes les transactions et les relations ? Nous avons atteint un point sur lequel tous les mécanismes de base de notre société, l'argent, le profit, les marchés, les États, comme le montre la faillite de la Grèce, sont mis en cause, car ils entrent en collision avec la volonté de survivre, la réalisation d’un monde plus humain.

Nous devons apprendre à penser de manière autonome, et quitter le prêt à penser capitaliste. Il faut remettre en question la valeur qui est une façon de regarder la réalité si profondément ancrée en nous que sa loi semble naturelle et que nous subissons les effets des catastrophes naturelles.

• C’est possible

Mais, heureusement, le système a régulièrement des ratés. Et le capitalisme est obligé de prendre des mesures pour survivre : licenciements de travailleurs, fermeture d’entreprises, baisses des salaires, guerres. Cette situation illustre clairement la véritable nature du capitalisme.

Ford paye à ses nouveaux employés 14 dollars l'heure, moins de la moitié de ce qui était la norme. Aux États-Unis, le taux de chômage réel se situe à 18,5% et continue de croître, en dépit de la «valorisation». En Europe, on « attend » la reprise américaine. L'économie croît à nouveau, alors que la crise continue de s'aggraver.

Des luttes se développent et touchent des pays émergents, comme le montre l’article de Rose. Le développement s’est réalisé sur la base d’une exploitation exacerbée, où la répression était omniprésente, alors que les autorités politiques se refusaient à prendre les mesures de sécurité adéquates. Tout est lié. Une démarche nouvelle est possible, liée à la solidarité. Solidarité des luttes, pas celle des opérations caritatives, afin de renverser la logique du profit.

Ce qui est posé de manière contradictoire relève pour nous d’une saine dialectique capable de dépasser la contradiction : obligés de vendre leur force de travail, les travailleurs placés dans une situation de subordination sont conviés à soutenir la liberté d’entreprendre, insérés dans une concurrence qui les oppose entre eux, ils sont capables de faire de leur faiblesse une force : par l’arrêt du travail, ils impulsent la possibilité de développer de nouveaux rapports sociaux. PI s’est toujours positionné contre un déterminisme mécaniste au profit d’une vision humaniste de la société. L’homme et son environnement ne peuvent être réduits à subir la réification. Le développement des luttes et la prise en charge par les travailleurs de l’autonomie de leur organisation ouvre de nouvelles perspectives en brisant la réification, en créant de véritables liens de solidarité, en repositionnant l’homme comme véritable acteur de sa destinée.

FD


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