PERSPECTIVES POUR L’ÉCONOMIE MONDIALE


L'économie globale est embourbée dans une crise économique qui est la plus profonde depuis la "grande dépression" des années 30. En outre, en dépit des protestations des membres de l’Etat, politiciens, dirigeants commerciaux et économistes qui partagent la vision optimiste de Barack Obama sur l’existence de "jeunes pousses" d’un futur rétablissement pour 2009, ou – "certainement" – 2010, une analyse de la situation réelle du monde capitaliste indique que de nouvelles ondes de chocs sont encore à venir. Le marxisme, qui nous fournit le cadre analytique pour saisir la trajectoire du capitalisme, ses tendances immanentes, n'est cependant pas une science qui aurait des lois historiques universelles et immanentes sur base desquelles les événements économiques, politiques, sociaux et culturels pourraient être prévus avec exactitude. Le marxisme est une "boîte à outils" et les concepts théoriques qu'elle contient permettent de saisir des événements dans leur surdétermination d’une interaction complexe entre social, économique, politique et culturel, facteurs qui ont chacun un degré d'autonomie considérable.

Ces mêmes concepts nous permettent de voir comment les contingences jouent également un rôle significatif dans la trajectoire historique, même si la totalité capitaliste est définie par la forme-valeur qui a aujourd’hui imprégné chaque domaine de la vie humaine. On ne peut donc faire, sur la base de cette compréhension des tendances contradictoires inhérentes à la forme-valeur dans la période actuelle de domination réelle du capital, qu'une analyse des perspectives vers lesquelles se dirige le capital mondial. En sachant que l'hégémonie mondiale des Etats-Unis n’est pas une fatalité et que, même en l'absence de mouvements de masse de l'ouvrier collectif contre l'ordre capitaliste, les décennies à venir poseront des défis significatifs sur le plan économique, politique et militaire à cette hégémonie, Washington reste, à l’heure actuelle, le lieu principal d’où sera contrôlée la réaction capitaliste à la crise mondiale.

Les derniers mois ont déjà démontré que l'administration Obama était exactement ce dont le capitalisme avait besoin dans cette confrontation à une crise économique dévastatrice. Tandis que la rhétorique de l'administration Obama se présente en contraste important à celle de l'administration Bush et qui a considérablement facilité sa capacité de contrôler la crise, il y a eu une vraie continuité dans la politique économique et étrangère, à l’image du remplacement de Hank Paulson par Tim Geithner comme secrétaire au Trésor qui a envoyé le message que la politique fiscale demeurerait fondamentalement la même tant que la crise s’approfondirait, et malgré le fait que le Président de la Banque centrale, Bernanke, soit demeuré responsable de la politique monétaire et que le secrétaire à la Défense ait continué à contrôler la politique guerrière américaine, c’est la garantie que le changement d'administration ne produirait pas un changement de politique dans ces domaines cruciaux.

Tenant compte du gel du crédit et de la menace de l'insolvabilité dans les secteurs d'opérations bancaires et d'assurance, les politiques de la Banque centrale et du Trésor - le TARP, une injection massive de capital et des taux d'intérêt bas – n’ont pas changés d’un iota le 15 janvier quand Obama est devenu président et l'injection de monnaie dans les secteurs d'opérations bancaires et d'assurance par la Banque centrale et le Trésor, en coordination avec la banque d'Angleterre et la banque centrale européenne (BCE), ont réussi à empêcher l’embrasement du système financier global. Dans la politique étrangère, à l’avancée de Bush en Irak peuvent maintenant être ajoutées l’avancée d'Obama en Afghanistan où s’engagent des milliers d’éléments expérimentés des troupes américaines et l'expansion de cette guerre au coeur du Pakistan. Ainsi, alors que le taux de chômage aux Etats-Unis s’élève à 10% sur base des statistiques officielles qui sous-estiment le nombre réel des sans emploi, alors que les saisies et pertes d’habitations continuent à monter et tandis que la nouvelle administration renégocie les contrats de travail dans l'industrie automobile pour faire des coupes-sombres brutales dans les salaires et les avantages des ouvriers, la popularité d'Obama, encouragée par les médias - les organes de manipulation de masse dans le capitalisme actuel - monte pour le moment, bien qu'il puisse y avoir peu de doute qu’avec un capitalisme qui aurait été tenu par une administration McCain, les mêmes politiques auraient obtenu bien plus d'opposition et de résistance. La même chose est vraie pour la politique étrangère, où il est peu probable qu'une administration putative de McCain pourrait avoir simplement déplacé les brigades de combat d'Irak en Afghanistan, utilisé des drones pour attaquer des villages dans les régions tribales du Pakistan, ou "ordonné" au régime de Zadari à Islamabad de faire la guerre aux Talibans, tout cela sans provoquer une tempête de protestation, nationale et internationale.

Un domaine où la continuité entre les administrations Bush et Obama était absolue, réside dans leur détermination à tous deux de conserver les fruits de la mondialisation du capital mondial qui avait constitué la politique économique et étrangère américaine pour la majeure partie du vingtième siècle et avait véritablement transformé le paysage du capital mondial. Pas moins que Bush, Obama n’est déterminé à rejeter l'appel des sirènes du protectionnisme, en dépit de sa bonne volonté de jouer parfois cette carte pendant la campagne électorale. En effet, Obama n'a pas simplement rejeté les appels au protectionnisme aux Etats-Unis mais il a fait également une campagne inlassable pour empêcher une apparition du protectionnisme et de toutes les tendances vers l'autarcie chez les partenaires commerciaux de l'Amérique, réels et potentiels. Et ici, la rhétorique de l'internationalisme et des valeurs universelles, dans lesquelles l'administration Obama s'est baignée, est plus en accord avec les besoins réels de l’hégémonie américaine que l'unilatéralisme qui avait caractérisé l'administration Bush après le 11 septembre.

En ayant la continuité entre Bush et Obama à l'esprit, nous pouvons souligner trois tâches de base auxquelles l'administration Obama doit se confronter : d'abord, la nécessité de répondre à la contraction aiguë des rendements économiques mondiaux et du commerce international, une déflation jamais vue pendant des décennies ; en second lieu, la nécessité d'affirmer le contrôle idéologique sur l'ouvrier collectif, d'empêcher sa colère et ses craintes de se traduire par une vague massive de luttes de classe, à l’image du capital et de ses Etats qui cherchent à gérer l'austérité draconienne et la réduction du niveau de vie que la crise impose ; troisièmement, la nécessité de préserver l'hégémonie globale du capital américain sur le plan économique, militaire et politique.

Le contexte des tâches auxquelles le capital doit faire face aujourd'hui est celui d’une crise de surproduction, elle-même inhérente à l'opération de la loi de la valeur capitaliste et à la nécessité conjointe d’une dévalorisation massive de capital si un nouveau cycle d'accumulation devait être possible. L’importante augmentation du rôle de l'Etat dans la gestion de l’économie capitaliste, la tendance au capitalisme d'Etat, qui a été une marque de fabrique du siècle passé, n’ont, en aucune manière, éliminé les tendances du capital à la crise, sa tendance aux effondrements périodiques et dévastateurs. De telles crises sont inhérentes à la forme valeur, dans la double nature du travail et de la production dans une société capitaliste, dans la contradiction entre le travail concret et abstrait, la valeur d'usage et la valeur abstraite des marchandises, les limites des possibilités de valorisation et le mouvement insatiable du capital au développement des forces productives. Quand il y a une crise ouverte du capitalisme, la réponse requise pour qu’un nouveau cycle d'accumulation commence, implique historiquement un abaissement des salaires réels, une diminution du prix des matières premières et une réduction des coûts de production et de circulation, dans lesquels à la fois le mécanisme de déflation et un effort concerté de rationalisation supplémentaire de l'économie ainsi que des innovations technologiques jouent des rôles importants. À ces derniers doit être ajoutée une dévalorisation massive de capital qui, dans les crises économiques dévastatrices du capitalisme décadent au vingtième siècle, a entraîné la destruction massive de la capacité productive et du travail vivant dans des guerres affreuses. C'est cette nécessité de dévalorisation qui fonctionne, pour ainsi dire, derrière le dos des institutions et des bureaucrates d'Etat, qui constitue la dimension invisible des tâches auxquelles est confrontée l'administration Obama.

Alors que la mondialisation et la dérégulation ont été les mantras jumeaux du capital pendant plus de deux décennies, partagés par la droite et la gauche, par Reagan et Clinton aux Etats-Unis, par Thatcher et Blair au Royaume-Uni, par chrétiens et démocrates-sociaux en Allemagne, la crise actuelle a déjà mené à une division de la mondialisation à partir de la dérégulation. Maintenant c’est la régulation que est devenue le nouveau mantra du capital, même si la mondialisation continue à être le souci premier de la classe capitaliste. Milton Friedman et Alan Greenspan sont critiqués. Paul Krugman est le nouveau gourou parmi les économistes américains et le seigneur Keynes nourrit encore le capital avec sa bible. La politique monétaire et fiscale des Etats-Unis et de son partenaire britannique est fondée sur le crédit facile et les taux d'intérêt bas soutenus par les banques centrales, en même temps que d'énormes déficits budgétaires; enfin, avec la perspective que la politique fiscale américaine puisse bientôt résulter en un niveau de déficit du produit intérieur brut de 75%. Ici une division est apparue entre le capital anglo-saxon d'une part et le capital européen de l'autre.

Par exemple, la BCE est bien plus concernée par le spectre de l'inflation que l'est la Banque centrale américaine et l'Union européenne a rejeté le genre de paquet de stimulations que l'administration Obama avait déjà érigé en loi. À cet égard, l'Union européenne, de même que le Japon, sont moins Keynesiens que l’hégémonie américaine, lorgnent beaucoup plus sur les énormes déficits budgétaires, laissant à Washington le soin d’élaborer sa sortie de crise. Pourtant la destruction de l'excédent de capital de l’année écoulée, énorme bien qu’elle ait été mondialisée, de l'ordre de milliards de dollars de « richesse » éliminées, a été insuffisante pour fournir une base pour un nouveau cycle d'accumulation et au contraire, Paul Krugman, en dépit de déficits budgétaires attendus et des taux d'intérêt parfois pratiquement à zéro pour prêter aux banques de commerce, soulève le spectre d'une nouvelle bulle de crédit et d'une éruption inflationniste se produisant longtemps avant qu'elle puisse produire une quelconque nouvelle expansion de capital.

Tandis que les jeunes pousses du rétablissement économique peuvent être une illusion, la colère que la classe ouvrière montre face à la crise, le chômage et la réduction drastique du niveau de vie est réelle. Que cette colère, et même cette fureur, se soit exprimée pratiquement de manière quotidienne en occupations d'usines aux Etats-Unis (par exemple à l'usine Republic Windows and Doors de Chicago en décembre dernier), en Grande-Bretagne (par exemple dans une partie des usines de voitures de Visteon) et en France (par exemple chez Caterpillar où en plus de l’occupation de l’usine, les ouvriers ont également retenu les dirigeants en otage). Là où les entreprises transnationales ont cherché à fermer ou réduire des usines en France et en Allemagne, comme en mai à l’usine de pneus Continental, des actions coordonnées d’ouvriers ont éclaté au-delà des frontières nationales. Néanmoins, la plupart de ces actions se sont concentrées sur le paiement des arriérés de salaires et des avantages légaux dus aux ouvriers et n'ont pas constitué une confrontation par rapport aux vagues de chômage elles-mêmes.

La détermination des ouvriers pour s’engager dans des actions directes et à ne pas passer par des compromis a été à la fois exemplaire et potentiellement pleine de possibilités, mais en dépit de ceci, et malgré la volonté d’agir en dehors des syndicats, ces actions n'ont pas encore constitué un défi significatif à la puissance du capital, de son Etat et de ses syndicats, d'imposer l'austérité que le capital exige dans la crise actuelle. Des manifestations semblables de lutte face aux licenciements massifs se produisent maintenant régulièrement dans l'ensemble de la Chine, où des dizaines de millions d'ouvriers ne sont pas simplement dépossédés de leur travail et de mois de salaires, mais sont aussi renvoyés vers les villages dans la campagne desquels ils étaient partis ces dernières décennies pour travailler dans les zones industrielles côtières, sans perspective de pouvoir gagner leur vie. Cette migration renversée est aussi pleine de potentialités pour les luttes massives contre lesquelles le régime chinois mobilise la puissance du pouvoir de répression de l'Etat.

Le paysage capitaliste a également été animé par la manifestation de luttes sociales à l’échelle nationale en Grèce, où l'économie a été paralysée pendant des semaines en décembre dernier lorsque étudiants et ouvriers ont pris le contrôle des rues des villes et de l'espace public. Mais là, en fin de compte, toute cette rage s’est consumée et l'ordre capitaliste s’est rétabli dans les rues d'Athènes et de Thessalonik. En janvier dernier, en Islande, l’économie du pays a subi une halte provoquée par la crise financière et bancaire engendrant des protestations massives qui ont mené à la chute du gouvernement conservateur. Mais là aussi, l'ordre a été restauré alors qu'un Social-Démocrate formait un nouveau gouvernement de gauche avec des promesses de réformes majeures tout en acceptant une austérité draconienne. En attendant, aux Etats-Unis, l'administration Obama a réussi à imposer son plan de restructuration pour la faillite de Chrysler et GM, qui a nécessité le soutien de l’Union des Ouvriers de l’Automobile (UAW) entraînant des licenciements massifs, baisses de salaires et des marges bénéficiaires, de même qu’une accélération des cadences et un changement des règles de travail pour les ouvriers qui restent – un succès capitaliste pour lequel les syndicats ont joué un rôle essentiel, en échange de participations et d’un siège au conseil d'administration de GM.

Une crise économique globale a le potentiel de perturber l'équilibre des forces impérialistes, de menacer le statut de l'Etat dominant et de son ordre et de propulser des Etats concurrents pour défier l’hégémonie. L'administration Obama est déterminée à préserver la domination globale américaine dans le cadre de tels défis.

Tandis que les dirigeants européens, particulièrement Sarkozy et le nouveau parti « anti-capitaliste » français ainsi que les Verts allemands, ont adopté une rhétorique de plus en plus anti-américaine, blâmant le capitalisme anglo-saxon pour la crise et, tandis que la Banque centrale européenne et les gouvernements continentaux ont été hésitants à relancer et à s'embarquer dans le genre de paquet de stimulants qu'Obama a soutenu, ils ont néanmoins suivis tant bien que mal les américains et ont résisté à toutes les tendances consistant à répondre à la crise par des politiques protectionnistes pures ou des mouvements vers l'autarcie. Et l’extrême-droite, qui a proposé de telles politiques, avec des politiques anti-immigrés, n'a pas constitué jusqu'ici un défi efficace aux gouvernements de centre-droit et de centre-gauche en Europe de l'Ouest. D'ailleurs, le fait que l'Union européenne soit une fédération lâche entre Etats souverains et que les divisions entre la Banque centrale européenne d'une part et les ministères des finances de chaque Etat d’autre part, signifie qu'il est extrêmement difficile de réaliser une politique monétaire et fiscale logique et unifiée pour l'Europe, alors que les puissances anglo-saxonnes ont une longue histoire d'une telle coordination entre la Banque centrale et le Trésor. En attendant, au delà des divisions nationales et d'un manque d'unité politique, le nouveau danger représenté par la Russie déterminée à augmenter sa propre puissance, signifie que l'Union européenne n'est pas une vraie menace à l'hégémonie américaine en ce moment. ..

Et tandis que la Russie cherche à employer son contrôle du gaz en Europe de l'Ouest pour réaffirmer sa puissance sur son "proche étranger" en Ukraine, en Trans-Caucasie et peut-être aussi dans les Etats baltes des Balkans, les prix bas du pétrole laisse le Kremlin avec ses propres problèmes économiques énormes. Cela dit, c'est intéressant de noter qu'en Lettonie le parti "Harmony", qui est pro-Russe, a réussi à gagner 20% des voix dans les récentes élections parlementaires pour le parlement européen, alors qu'un deuxième parti pro-Russe gagnait encore presque 10%, indiquant par là que si la crise s’approfondit, çà peut être une occasion pour la Russie de défier les "frontières" impérialistes d’après 1991. Pourtant cette perspective, toujours lointaine, intensifie seulement la dépendance militaire et politique de l'Union européenne à l’égard de l’hégémonie américaine.

Le contrecoup des élections présidentielles iraniennes qui ont provoqué des troubles politiques sur le plan interne qui se poursuivent actuellement, fournit la vision d’un pays pour lequel l’intégration dans le marché mondial dominé par l’Amérique est compliqué par les antagonismes géopolitiques entre Washington et Téhéran, où des divisions significatives ont surgit au sein de la classe dominante locale et où la politique de l’administration Obama est aussi apparue comme divergeant de façon tranchée par rapport à celle de l’administration Bush. La crise économique mondiale a exacerbé les problèmes économiques de l’Iran et le mécontentement que ces problèmes ont créés au sein de larges couches de la population, ce inclus la classe ouvrière. A la fois un haut taux de chômage et d’inflation tourmentent l’économie iranienne même avant l’attaque de la baisse généralisée et la chute sévère des revenus du pétrole avec lesquels le régime des Mollahs avaient maintenu à la fois ses objectifs impérialistes régionaux et à la fois avait imposé la paix sociale interne. L’élection présidentielle a révélé des divergences profondes au sein de la classe dominante iranienne pour modérer la politique étrangère avec l’Ouest et en particulier les Etats-Unis, vu comme une menace, et à se concentrer sur le renforcement de ses bases économiques.

L’enjeu était le choix entre la confiance entre un hyper nationalisme ou une meilleure intégration économique dans le marché mondial, incluant un possible modus vivendi avec les Etats-Unis comme la meilleure manière de développer le capital iranien aussi bien que comme garantie d’un contrôle idéologique de la population. Ahmedinejad et son soutien, le « Guide suprême » Ayatollah Ali Khamenei, étaient opposés au réformiste Mir-Hossein Mousavi qui déclarait que les politiques d’Ahmedinejad – tant étrangère que domestique – étaient une menace à la fois pour la capacité de l’Iran à faire face au développement des tempêtes économiques et d’apporter la paix sociale. Mousavi avait le pouvoir de ramener en Iran l’ex président Akbar Hashemi Rafsanjani, la tête d’un des clans économiques les plus puissants et, comme Khamenei, un protégé de l’Ayatollah Khomeini.

Ce schisme au sein de la caste cléricale qui a été la personnification du capital en Iran depuis la révolution « islamiste » est de loin plus importante que le fait que les votes ont été comptés honnêtement ou non. Toutes les élections dans les sociétés capitalistes sont « truquées », que ce soit au travers du gonflement des votes ou par le pouvoir des mass media ou de leaders charismatiques pour garantir l’issue qui serve les intérêts du capital. Ce qui était peut-être inattendu était que la division au sein des cercles des dirigeants cléricaux les plus élevés s’exprime dans les rues où le mécontentement de couches significatives de la population nourrit le défi des réformistes face à l’autorité du Guide Suprême. Ce qui a été absent jusqu’à présent dans les manifestations est une action autonome de la part de la classe ouvrière et ici il est important de se rappeler que ce qui a sonné le début de la fin du règne du Shah en 1978-79 étaient les grèves massives des travailleurs du secteur pétrolier et la formation par ces travailleurs de conseils ouvriers.

La réaction de l’administration Obama a été muette, de peur de donner à Ahmedinejad les armes dont il avait besoin pour transformer ses opposants réformistes en simples outils de l’impérialisme américain. En effet, l’administration Obama a saisi la perspective d’une normalisation des relations avec l’Iran, et son régime actuel lui fournit des entrées dans des négociations sérieuses sur la question d’un éventuel programme d’armes nucléaires. Là où l’administration Bush avait utilisé la menace d’une action militaire de la part des Etats-Unis ou donné à son allié israëlien la « permission » d’attaquer le potentiel nucléaire iranien, Obama parle un langage de négociation et agit sur une base multilatérale et non unilatérale vis-à-vis de l’Iran. Et même si Obama préfère clairement négocier avec Mousavi comme opposant à Ahmedinejad, il est préparé à un second mandat d’Ahmedinejad, confiant dans le fait qu’un éclatement au sein de la classe dominante iranienne et l’approfondissement de la crise économique mondiale conduiront à modérer la politique iranienne. C’est une position qui semble, pour le moment, bien servir les intérêts de l’hégémonie américaine.

Qu’en est-il de la Chine ? Tout à fait indépendamment de l'impact de la crise économique globale sur les industries dépendantes de l'exportation chinoise qui a déjà mené à un ralentissement de sa croissance économique tellement vantée, la classe dominante chinoise fait face à un dilemme significatif dans la recherche de formulation d’une politique cohérente pour le capitalisme chinois ; défi qui apparaît comme ayant provoqué des débats au sein des rangs des dirigeants capitalistes à Pékin (1). Une faction du capital chinois qui se fait de plus en plus entendre est particulièrement préoccupée par les risques encourus par les possessions énormes de la Chine libellées en dollar, la vaste accumulation de la dette américaine qui a rendu possible ses exportations et sa croissance économique durant les dernières décennies.

La crainte pour tous deux est qu'un effondrement du dollar laisse la Chine avec un papier américain sans valeur, éliminant des décennies d’"épargne." Pour cette faction du capital chinois, la réponse semble être une tentative d’aller vers une nouvelle monnaie de réserve, peut-être à un certain point le Yuan, à court terme "une monnaie de réserve super-souveraine" pour remplacer la dépendance exclusive au dollar. C'est une faction du capital chinois qui favorise également une politique impérialiste plus énergique, cherchant les matières premières dans tout le tiers monde et les investissements en infrastructure pour les extraire et qui propulse la force militaire Chinoise dans l'ensemble des océans Pacifiques et Indiens. Ceci veut dire aussi le début du détachement de l'économie chinoise de la confiance exclusive dans des exportations à l'Ouest. En revanche, une autre faction du capital chinois, toujours apparemment le plus puissant, pas moins concernée par la faiblesse du dollar, voit peu de perspective de le remplacer, à court terme comme monnaie de réserve du monde ou de trouver une alternative aux marchés d'exportation occidentaux même si cela semble stimuler la demande effective sur le plan interne comme alternative à la poursuite du déficit massif du commerce américain avec la Chine qui exacerbe la faiblesse du dollar et menace Pékin en tant que grand détenteur de la dette américaine . L'administration Obama a sa propre vision de la façon dont la Chine devrait répondre à la crise mondiale : continuer à consolider la dette de l'Amérique, même si les Etats-Unis s’engagent à réduire leur déficit fiscal massif une fois la crise passée (sic.), dépensant plus pour son propre réseau de sécurité sociale, pauvre même selon les normes américaines, et en ouvrant sa propre économie aux mécanismes du marché mondial et à l'investissement étranger.

Alors, quelles sont les perspectives pour l’économie capitaliste mondiale au cours des années à venir ? Rien qui ressemble à une "crise mortelle" du capitalisme, aucune fin automatique ou inévitable. L’effondrement du capitalisme, une crise mondiale telle que celle-ci, crée les conditions pour que "l'ouvrier collectif" renverse la forme-valeur, pour abattre l’Etat capitaliste, pour construire une Gemeinwesen ou communauté humaine, mais cela dépend du potentiel négatif de la classe ouvrière qui se réalise, de la capacité de l'ouvrier collectif de rejeter les deux idéologies de la droite, du racisme, de la xénophobie, et de la gauche, qui ne cherchent pas la destruction de la forme-valeur mais sa réforme, une humanisation du capital, une distribution plus équitable de la richesse, dans la forme-valeur selon laquelle elle est produite.

Ces deux solutions de rechange, parce qu'elles laissent la forme-valeur intacte, ne peuvent qu’aboutir à la barbarie ; la barbarie de la guerre de races ou la barbarie de la destruction écologique et d'une distribution soi-disant "égale" de l'austérité que la poursuite de l'existence du capitalisme nécessite. Mais qu’en est-il d'un nouveau cycle d'accumulation comme résultat de la dévalorisation massive de capital provoquée par la crise elle-même ? Comme nous l’avons suggéré plus haut, le niveau de dévalorisation nécessaire pour un nouveau cycle d'accumulation devrait de loin excéder les niveaux que nous avons vus cette dernière année, une issue possible seulement avec des catastrophes écologiques sans cesse plus importantes et des guerres que provoque la poursuite de l’existence du capitalisme. C'est pourquoi, la vision de Rosa Luxembourg, le socialisme ou la barbarie, marque les vrais jalons de la crise actuelle. Les pro-révolutionnaires peuvent contribuer à la réalisation du socialisme en fournissant une explication théorique claire sur pourquoi la forme-valeur, même si elle est institutionnalisée et structurée, quelque soient les idéologies qui l'accompagnent, signifie la barbarie. Seule une intervention dans les luttes continues de l'ouvrier collectif peut contribuer à libérer le potentiel négatif que l'ouvrier collectif représente.

Perspective Internationaliste


1. ll y a une autre issue autour de la trajectoire chinoise sur laquelle nous devons également nous pencher : pour beaucoup, la Chine devient la puissance économique dominante dans le monde ayant dans ce siècle le statut d'une "loi historique." C'est certainement le cas pour Giovanni Arrighi, qui argue du fait qu'une hégémonie chinoise putative sera une économie de marché mais pas capitaliste! Voir Adam Smith à Pékin. Arrighi, et d'autres, à gauche, qui croient que la Chine est un paradis de Smithien basé sur une économie de marché sans capitalisme ou exploitation, pourraient passer un jour ou deux dans une usine de Shanghaï, ou dans une mine possédée par les chinois au Congo et ils pourraient alors prendre le temps d'expliquer comment une économie basée sur l'exportation des biens de consommation à l'Ouest, le département II, deviendra l’hégémonie économique du futur.


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