Correspondence: COMMENTAIRES À PROPOS DU TEXTE DE E.R. SUR LA « NÉCESSITÉ ET POSSIBILITÉ DU COMMUNISME »


L’article « Sur la nécessité et la possibilité de la révolution », dans le numéro précédent de P.I. a suscité des commentaires de Perry S., que nous reproduisons ci-dessous, avec notre réponse. Dans son introduction, Perry spécifie : « Lorsque j’utilise le terme « nous », je me réfère aux positions publiques du CHIcago REvolutionary NETwork, ou aux positions que je sais être partagées par les camarades du CHIREVNET et par nos sympathisants les plus proches.)»

Nous sommes en accord général avec l’article de E.R., sauf, peut-être, sur le fait que la question de la nécessité de la révolution « …est réellement une question philosophique ». Nous sommes d’accord sur le fait que la nécessité de la révolution est une nécessité pratique, étant donné la  dégradation environnementale qui échappe au contrôle du système capitaliste en crise. Le réchauffement climatique est un fait scientifiquement établi, etc, etc. Sans révolution socialiste réelle à l’échelle mondiale par la classe ouvrière internationale, la Terre va devenir quasi inhabitable pour les êtres humains. C’est la une partie clé de la nécessité pratique.

Nous utilisons le terme « socialisme réel » pour distinguer ce pour quoi nous luttons de tous les pseudo « socialisme » ou « communisme » qui ont existé/ou existent, qui étaient/sont du capitalisme d’état, quasi tous avec la dictature « du parti » SUR la classe ouvrière, à commencer par Lénine. Nous avons trouvé que la plupart des ouvriers avec lesquels nous sommes entrés en contact et qui sont à la recherche d’une alternative réaliste au capitalisme prédateur, aliénant, sont beaucoup moins heurtés par « socialisme réel » que par « communisme », ce dernier provoquant des réactions viscérales qui mènent la discussion rapidement à une impasse.

Nous sommes en profond accord avec l’article lorsqu’il dit que les révolutionnaires (internationalistes et prolétariens) doivent considérer à la fois les conditions objectives et subjectives dans une théorie révolutionnaire unifiée. (p. 10) En ce qui concerne les conditions objectives, le capitalisme international en crise permanente doit, tôt ou tard,  conduire inévitablement à la plus grande dépression capitaliste: parce que les moyens de production (qui se sont étendus à tous les pays du monde) sont en sur-production , et que la quantité colossale de dettes impayables par les gouvernements, les corporations et les individus doit être effacée ; ceci va avoir pour résultat la paupérisation de la classe ouvrière internationale à une échelle jamais connue jusqu’à présent.

En ce qui concerne les conditions subjectives, ceci va conduire la classe ouvrière internationale, qui est fondamentalement pragmatique et pas très théorique, à conclure que « le capitalisme ne fonctionne pas », et à chercher une alternative réaliste qui rencontre ses besoins. La classe capitaliste peut alors chercher à jouer la « carte fasciste » contre/et ou, à nouveau, la « carte guerre mondiale » d’une manière similaire à la 2ème guerre mondiale. Ceci a détruit massivement les moyens de production « en surproduction », surtout en Europe et au Japon, assassinant des millions de travailleurs « en surproduction » au niveau mondial dans ce processus inhumain, anti-classe ouvrière.

Avant que le fascisme n’ait pris le pouvoir, avant que la deuxième guerre mondiale ne commence, la classe ouvrière luttait contre ces phénomènes objectifs, mais aussi en faveur d’un « socialisme » capitaliste d’Etat. Lorsque Hitler est venu au pouvoir, lorsque la deuxième guerre mondiale a commencé, ces phénomènes sont devenus des facteurs objectifs très puissants contre la classe ouvrière internationale, contre lesquels les révolutionnaires auraient du lutter de manière subjective tout en défendant vigoureusement la révolution authentiquement prolétarienne, que nous appelons révolution socialiste réelle, dans tous les pays impérialistes/capitalistes sans exception, y inclus les Etats-Unis ! Ceci aurait du être fait surtout par une activité clandestine.

C’est pourquoi les révolutionnaires de la classe ouvrière internationale devraient expliquer aux ouvriers actuellement qu’un « autre monde est possible » dans un sens général et devraient en tracer les grandes lignes, et augmenter leur propagande et agitation de manière radicale une fois que la  plus grande dépression capitaliste se sera déclenchée de manière catastrophique ! Les ouvriers seront alors réceptifs à la révolution socialiste, surtout si nous « plantons ces semences » aujourd’hui.

Perry S.

25/8/06


Cher Perry

Nous sommes d’accord avec beaucoup de points soulevés dans ton texte. A propos de ton premier commentaire, je voudrais clarifier que la question que l’auteur de l’article a qualifiée de « philosophique » était : « de quelle sorte de nécessité (de la révolution) sommes-nous en train de parler ? » Comme l’explique l’article, la réponse à cette question dépend de la façon dont on comprend le monde et le changement historique et dans ce sens c’est une question philosophique.

A propos de ta préférence pour le terme « socialisme réel » plutôt que « communisme », nous sommes d’accord qu’il est parfois préférable d’utiliser des mots moins contaminés si cela permet d’éviter des incompréhensions. Cependant, il y a aussi des gens pour lesquels le terme « socialisme réel » est aussi un obstacle. Ainsi que les mots « révolution », « prolétariat », etc. Il n’y a pas de mots dans le vocabulaire marxiste qui n’ait pas été déformé et souillé par la propagande capitaliste et la pratique stalinienne. Devrions-nous tous les abandonner, et nous priver ainsi des outils conceptuels qu’ils représentent pour nous, ou trouver de nouveaux mots pour les remplacer ? Ces termes nous lient aussi à l’histoire du mouvement ouvrier dans laquelle ils ont acquis leur signification. Nous ne voulons pas cacher que nous nous considérons en continuité avec ce mouvement, avec la lutte pour le « communisme réel ». Ceci dit, nous sommes d’accord qu’il est contre-productif de brandir des tels termes à la manière de slogans, mais nous ne nous privons pas de les utiliser dans un contexte qui rende leur signification claire.

A propos de ton scénario pour le futur : nous sommes d’accord avec toi sur le fait que la surcapacité mondiale et la « montagne colossale de dettes impayables » sont des signes révélateurs qu’un effondrement économique sévère se prépare. Cependant, il faut tenir compte qu’il y a en jeu beaucoup de facteurs qui rendent difficile de prédire ce qui va sortir de la situation. Par exemple, cela va-t-il « avoir pour résultat la paupérisation de la classe ouvrière internationale à une échelle jamais connue jusqu’à présent », comme tu l’écris ? Aujourd’hui, la valeur des marchandises qui constituent le salaire du travailleur a considérablement baissé, grâce à la croissance de la technification de leur production. Ce phénomène est la raison pour laquelle le taux général de profit tend à chuter (les marchandises contiennent moins de travail et donc moins de surtravail et donc moins de profit), mais cela rend aussi plus facile –moins coûteux – pour le capital de ralentir la paupérisation pour au moins une partie importante de la classe ouvrière (avec le but de la diviser). Il est donc possible qu’un effondrement futur ne conduise pas à une paupérisation absolue de la classe ouvrière au même degré que lors des expériences passées, comme celle des années ’30, mais que cela prenne d’autres formes, autant ou encore plus menaçantes pour la survie de la classe ouvrière et de tous les êtres humains. En ce qui concerne les réactions politiques du capital à son effondrement aussi, nous pensons que nous devrions éviter de voir le futur comme une répétition du passé. Nous sommes d’accord que sa crise va rendre le capitalisme toujours plus destructeur, que sa dynamique sous-jacente est vers la destruction de la valeur pour restaurer sa capacité d’accumulation. Mais est-ce que cela conduira le capitalisme à jouer, comme la fois dernière, la « carte fasciste » et/ou « la carte de la guerre mondiale », comme tu l’écris ? C’est loin d’être sûr. Certaines des questions concernant les formes que prennent l’impérialisme et la guerre dans le contexte actuel sont discutées dans PI n°40.

Nous partageons entièrement ta conclusion selon laquelle les révolutionnaires ont pour tâche d’expliquer qu’un autre monde est possible et d’en tracer les grandes lignes. Mais pour le faire de façon efficace, ils doivent mieux le comprendre. C’est ce que tente de faire PI.

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