CARNAGE IMPÉRIALISTE AU MOYEN ORIENT


Bien que le récent carnage à Gaza et au Liban ait démontré une fois de plus à la fois la volonté et la capacité du régime israelien de s’engager dans une boucherie et une destruction massive sans discrimination dans le seul but de servir ses intérêts impérialistes, il a aussi révélé une faiblesse significative dans la capacité d’Israël de venir à bout de ses adversaires arabes ou peut-être même de jouer le seul rôle de garant des intérêts américains dans la région. L’incapacité de l’armée israelienne d’écraser le Hamas ou le Hezbollah et effectivement la capacité de ces mouvements à continuer le combat, malgré la supériorité écrasante de Sahal, a révélé un renversement significatif dans l’équilibre militaire au Moyen Orient au point qu’Israël ne peut plus assumer seul le contrôle des événements malgré la supériorité de sa technologie militaire (tanks, force aérienne, bombes à fragmentation).

Ainsi, là où Israël cherchait à faire souffler le vent de la mort sur le Hezbollah au Liban en mobilisant des milliers de réservistes, il a appris maintenant que des centaines de milliers lui seraient nécessaire pour le tour suivant.

Alors que les événements au Moyen Orient révèlent les rêves de l’administration Bush et des néo-conservateurs qui ont récemment façonné les services secrets américains, concernant le caractère illusoire d’une « pax americana » incontestable dans la région, cela ne constitue en aucune façon une défaite pour l’impérialisme. L’impérialisme est inséparable du capitalisme comme période historique et rien d’autre que le dépassement de la loi de la valeur capitaliste et de son fonctionnement ne pourra éliminer l’impérialisme. En l’absence de cela, les conflits locaux ou même mondiaux qui font s’affronter un régime capitaliste contre les autres, un mouvement politique nationaliste contre un autre, ne sont pas anti-impérialistes mais simplement inter-impérialiste – nouvelles mais toujours expressions horribles de la barbarie du capitalisme actuel - conflits qui, en vertu de leur capacité à lier les masses aux mouvements nationalistes ou aux Etats-nations, consolident et renforcent actuellement la classe dominante capitaliste. Du reste, actuellement, il n’y a aucun concurrent face à l’hégémonie mondiale américaine, bien que les rivaux régionaux abondent, en particulier au Moyen Orient arabe musulman et en Asie centrale.

Les hésitations des pays membres de l’OTAN à fournir les forces militaires nécessaires pour contenir une résurgence des Talibans dans le sud ou l’est de l’Afghanistan, le danger de l’Iran doté de l’arme nucléaire qui cherche à mobiliser le monde chiite et le soutien de la Russie et de la Chine au régime d’Ahmadinejad, chacun ayant avec lui des relations commerciales et des investissements en Iran, ainsi que l’incapacité des Etats-Unis à stabiliser l’Irak où des luttes sanglantes entre milices chiites, sunnites et kurdes échappent à leur contrôle, révèlent toutes les limites du pouvoir américain dans cette région cruciale sur le plan stratégique.

L’origine de ces limites est double. D’une part, Washington est impuissant face à l’approfondissement de la crise mondiale du capitalisme. D’un côté, ce contexte réduit les opportunités pour les investissements productifs et stimule ainsi les capitaux à apaiser leur soif d’accumulation dans les moyens militaires et d’un autre côté, ça le fournit en chair à canon sous la forme d’une masse sans cesse grandissante de chômeurs et de jeunes frustrés. Aussi longtemps que la guerre n’atteint pas le niveau de la destruction totale, la capacité des capitaux locaux à rallier des parts significatives de la population locale derrière leurs objectifs compense, à un niveau considérable, l’asymétrie de l’avantage que les Etats-Unis et leurs alliés possèdent au niveau de la technologie militaire. D’autre part, malgré le fait que la lutte de la classe ouvrière est défensive et relativement faible, elle n’est pas défaite. Le capital américain ne peut compter sur une acceptation docile du prolétariat, quelque soit le cours dans lequel il mène la société ; il n’est pas libre de faire la guerre comme il le veut. Ces deux éléments imposent des limites aux moyens et efforts qu’il peut déployer pour imposer sa « solution » militaire au Moyen Orient.

Lorsque vient se rajouter aux problèmes mentionnés plus haut le fait que, maintenant, Washington fait face à l’incapacité d’Israël à imposer sa volonté aux palestiniens ou à vaincre le Hezbollah, il est tentant de voir un changement d’équilibre au Moyen Orient, une résurgence des forces impérialistes qui semblent concurrencer l’hégémonie des Etats-Unis dans la région. De quelque manière que ce soit, pour évaluer l’équilibre impérialiste dans une période donnée, les révolutionnaires ont besoin de regarder au-delà de la situation immédiate et de replacer les événements dans une perspective à plus long terme.

Par exemple, les « victoires » du Hezbollah et même ses ressources financières et administratives alouées à la reconstruction des infrastructures détruites au Liban apparaissent comme un renforcement de l’influence de l’Iran et de la Syrie – bailleurs de fonds militaires, politiques et financiers du Hezbollah – dans cette région, tranchant net dans les gains que l’impérialisme américain faisait au Liban lorsque l’armée syrienne et les services secrets étaient forcés de se retirer comme résultat de la « révolution du cèdre » et que le régime de Siniora pris le pouvoir. La capacité du Hezbollah à déclencher des opérations militaires directes contre Israël, d’agir dans l’impunité comme un état dans l’état et l’échec des israeliens à défaire le Hezbollah, semblent indiquer un affaiblissement spectaculaire de ces forces pro-occidentales au Liban et un renforcement concomitant de la politique de l’aile anti-américaine du capital local – avec une résurgence de la domination syrienne et iranienne. Cependant, la situation peut se révéler beaucoup plus complexe que ce qui apparaît en premier lieu.

Les régimes sunnites puissants sur le plan financier comme l’Arabie saoudite et le Koweit, terrorisés par l’influence grandissante de l’influence du chiisme iranien dans le monde arabe préparent des colis d’aide pour la reconstruction du Liban afin de concurrencer la politique d’influence de Téhéran au Liban.

De plus, pendant que la guerre récente a consolidé le contrôle du Hezbollah sur les 40 % de la population chiite du Liban au détriment du mouvement rival Amal, il a potentiellement aliéné les 60% de la population sunnite, chrétienne, druze ou non arabe. En effet, le dirigeant druze Wally Jumblatt a montré clairement qu’il était déterminé à disputer au Hezbollah le contrôle de la région et ça ne l’a absolument pas pertubé de condamner le Hezbollah pour les destruction massives infligées au Liban. De ce point de vue, Washington n’est pas dénué de solides cartes pour jouer la bataille pour le contrôles de cette région. En effet, l’interposition de l’armée libanaise et de la force onusienne sous commandement français au sud de la rivière Litani peut, de fait, affaiblir le pouvoir du Hezbollah à opérer en toute impunité au sud Liban et même limiter le passage de l’armement de la Syrie à la milice chiite. Même la façon selon laquelle Israël s’est montré écrasant au Liban indique qu’ils combattaient avec un œil sur la consolidation de ces forces locales opposées au Hezbollah pour le contrôle du Liban. Le cercle vicieux des bombardements israéliens sur des cibles civiles indique que leurs objectifs étaient exclusivement chiites : les villages au sud de la rivière Litani, la vallée de la Bekka et les banlieues sud de Beyrouth, alors que les population sunnites, chrétiennes et druzes ont été soigneusement épargnés.

Au-delà de ça, pour évaluer l’issue de ce conflit sanglant, les révolutionnaires ont à se rappeler que, quelques soient les raisons qui constituent le noyau de l’opposition du Hezbollah ou du Hamas aux intérêts de Washington, ces deux mouvements sont des remparts pour le capitalisme contre de possibles mouvements de classe dirigés contre lui. Etant donné leur capacité à mobiliser des masses de population grâce à leur idéologies religieuse et nationaliste, le Hamas et le Hezbollah peuvent être parmi le plus formidable rempart derrière lequel le capitalisme et sa barbarie peut trouver refuge. En ce sens, même l’impérialisme américain et son adjoint israelien peuvent ne pas vouloir voir le pouvoir du Hamas et du Hezbollah détruit.

Perspective Internationaliste

Sepembre 2006


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