LE CAPITALISME N’A PAS D’AVENIR, NOUS OUI !


Depuis février 2006, les étudiants français se sont mobilisés contre des mesures gouvernementales : le Contrat Premier Embauche qui prévoit, selon le premier ministre français Dominique de VILLEPIN, la possibilité de réduire le chômage des jeunes, dont le taux en 2006 (23%) est supérieur au taux moyen de la population (environ 9%).
Le contrat première embauche (CPE) est un type de contrat de travail à durée indéterminée, à destination des moins de 26 ans.

Contrairement à ce que son nom indique, un salarié peut très bien être sous le régime de ce contrat, sans qu'il s'agisse pour autant de son premier emploi. A l'instar du CNE (Contrat Nouvelle Embauche), ce contrat est assorti d'une "période de consolidation" de deux ans. Durant cette période, l'employeur peut notamment rompre le contrat de travail sans avoir à fournir de motifs de licenciement.

Début février, dans un appel commun, des organisations de jeunes ont créé un collectif contre le CPE. Ces étudiants définissent le CPE comme étant un emploi « précaire ». Ils estiment, à juste titre, que le contrat facilitera les licenciements abusifs et la précarité.

Le mouvement a démarré relativement spontanément. pour être relayé par la gauche et les syndicats. Le mouvement de contestation à commencé par des mobilisations d'étudiants dans les grandes villes françaises. Le mardi 7 février 2006, 700.000 personnes manifestent leur opposition au contrat dit de "première embauche". Certaines universités, comme les Universités de Rennes II et Paris III, voient leurs étudiants se mettre en grève.

Le mouvement commence à ce moment à prendre de l'ampleur. Les étudiants organisent des "Assemblées générales" dans les amphithéâtres des universités. Dans plusieurs, ils votent le "blocus" et empêchent la tenue des cours.
Le 10 mars 2006, plusieurs dizaines d'universités (84 universités au total selon les mouvements étudiants) étaient perturbées ou bloquées par des étudiants suite à des votes en "Assemblées Générales" dans les amphithéâtres. Les universités de Toulouse-II-Le Mirail, Rennes-II, Montpellier-II et III,Nice-Sophia-Antipolis UFR de Nice et Valbonne et campus de Nice Ville II sont bloquées. Dans la nuit du 10 au 11, le site de la Sorbonne a été évacué par les forces de l'ordre avant la fin de la troisième nuit de son occupation par des étudiants réclamant l'abrogation de la loi. La Sorbonne, une partie de la place et des rues adjacentes sont interdites d'accès par les CRS depuis le 11 mars.
Des actions coup de poing sont également organisées, comme le blocage des trains (Nantes), de rocades ou de voies rapides (Rennes, Nice,…).
Le vendredi 17 mars, le gouvernement tente de "renouer le dialogue" et souhaite améliorer le CPE par la discussion. Il reçoit les syndicats mais ceux-ci refusent toute négociation tant que le contrat ne sera pas retiré.
Le samedi 18 mars a lieu une journée nationale de manifestations avec 1,5 millions de manifestants selon la CGT qui défilent dans 160 villes de France. Des heurts avec la police sont notés en fin de cortège, à Paris.
Une grève interprofessionnelle à travers la France a lieu le mardi 28 mars. Des préavis de grève sont déposés par les syndicats pour la journée du 4 avril appelant à des manifestations interprofessionnelles à travers la France. Fin mars, le Président de la République CHIRAC intervient publiquement en soutenant les mesures de son premier ministre. Depuis le mouvement se poursuit.

Ces événements sont à situer dans un contexte général de crise du système capitaliste La transition d’un capitalisme vers une société postmoderne reflète le progrès du capital. Et pourtant ce progrès a été amené au prix d'une régression sociale horrible. De sorte que la poursuite de l'existence de la civilisation capitaliste et d'un mode de production basé sur l'opération de la loi de la valeur conduit l'espèce humaine à la dévastation à une échelle jamais vue dans l'histoire. La crise économique n’est pas prête de s’arranger et précarise de plus en plus de larges secteurs de la population, amenant guerre, destructions, famines, précarisation, absence d’avenir pour de nombreux jeunes,..

Si ces luttes étudiantes manifestent les réactions de futurs chômeurs, le CPE organise la baisse du prix du travail et concerne la classe ouvrière et le prolétariat. Il s’agit effectivement pour la bourgeoisie de mettre au pas et d’organiser le marché du travail confronté à la réalité de la mondialisation. Les délocalisations des activités productives dans des zones où la valeurs de la force de travail est moindre demande effectivement une réorganisation du marché et l’ouverture d’autres secteurs, utilisant une main d’œuvre différente, adaptable, maniable,…impliquant pour les travailleurs une précarité accentuée.
Les réactions déterminées de jeunes manifestent le ras le bol contre l’inadéquation des formes d’enseignement, contre une tentative de désaffection des structures d’éducation. La crise et les effets du post fordisme perturbent la fonction de l’école qui a de plus en plus de difficultés à transmettre un sens à l’acquisitions de nouvelles connaissances, « compétences » permettant simplement une insertion indéterminée dans un monde de production, ou de non production pour les chômeurs, où la valorisation du capital est devenu le leitmotiv.
L’école fonctionnant comme lieu de reproduction des valeurs sociales et culturelles de la bourgeoisie s’est confrontée elle aussi aux transformations du post fordisme et de plus en plus de difficulté à assumer sa fonction de transmission.
Aujourd’hui, il existe une coupure entre les facultés qui recueillent une population hétéroclite et les grandes Ecoles (ENA, ENS,…) réservées aux futures élites de l’appareil d’Etat.

Le mouvement exprime une réaction contre la logique du capitalisme, la perspective d’une précarité généralisée, l’obligation d’exploitation, de guerres, de misère exacerbée. C’est contre cette logique que s’exprime le mouvement, avec une expression d’un désir de changement mais reste flou quant aux revendications précises.

Ce mouvement manifeste donc le manque de perspective de cette jeunesse. Il est évident qu’il ne s’agit absolument pas de demander un quelconque droit à vivre « dignement ». Les revendications qui apparaissent spontanément sont d’ailleurs relativement sommaires : NON au CPE, à la précarisation. Ces éléments mettent en évidence le spectacle d’un dysfonctionnement de plus en plus évident de la société et expriment certainement l’absence d’adhésion aux solutions alternatives de gauche.

Cette fois ci, la classe ouvrière réagit et change la donne, obligeant les syndicats à monter aux créneaux, en canalisant le mouvement, en empêchant la généralisation à d’autres secteurs.
Manifestement, si une possibilité de généralisation vers la classe ouvrière était possible au début du mouvement, les syndicats ont récupéré le mouvement, le transformant en manifestation politique d’opposition gauche – droite, avec comme toile de fond la prochaine élection présidentielle.
C’est ce qui peut expliquer la réaction intransigeante du gouvernement français, qui campe sur ses positions.

Cette situation laisse donc apparaître toute la violence étatique, la résistance de la bourgeoisie française utilisant le discours démocratique pour justifier une nouvelle attaque contre le niveau de vie des travailleurs. Sans réaction de la classe ouvrière, la bourgeoisie peut laisser pourrir la situation en mettant en exergue les dérapages des casseurs, accentuant encore plus l’insécurité.
Emeutes des banlieues, généralisations des mouvements étudiants, grèves de plus en plus nombreuses, le climat social se modifie profondément et ouvre la perspective d’une possibilité de dépasser le cloisonnement social que le capitalisme impose. Les réactions de la jeunesse française laissent présager des lendemains qui chantent.

FD


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