NOTES SUR LA LUTTE DE CLASSE
Conférence novembre 2004.


Parler de la lutte de classe revient à comprendre comment se développe une des contradictions fondamentales du mode de production capitaliste (MPC) et comment cette contradiction évolue dans ce rapport global qui définit le capitalisme. On ne peut pas traiter des transformations économiques et de leurs implications d’un côté et, de façon séparée, tenter d’analyser la lutte de classe. C’est aussi en fonction de ces transformations qu’on ne peut plus apprécier les mouvements de la classe exploitée comme si celle-ci était encore celle des grosses concentrations ouvrières des usines organisées sur un mode fordiste. La domination réelle implique une transformation profonde et en évolution des formes de la production donc, des formes de lutte et de la manière dont le prolétariat se perçoit comme classe, conçoit sa capacité d’action et de résistance, se représente le monde et sa place dans le monde. Comment lutter aujourd’hui, lorsqu’on est isolé devant un poste de contrôle d’une chaîne de production ; comment lutter lorsqu’on est seul, lorsqu’on est intérimaire, dans une précarité permanente ? Certainement pas de la même manière que lorsqu’on est placé, par l’organisation de la production, dans une collectivité liée par les procédures de travail. De même, ces modifications nous ont obligé à ne plus faire les distinctions anciennes entre travailleurs produisant directement la plus-value et ceux qui n’en produisent pas, et nous ont amené à développer une compréhension beaucoup plus globale du procès de travail impliquant l’action d’un « travailleur collectif ». Des travailleurs que nous aurions classés auparavant dans la petite-bourgeoisie se sont donc trouvés englobés dans une prolétarisation de leurs conditions de travail et d’existence. Même si ceci concerne plus directement les pays les plus industrialisés et si des pays appelés cyniquement « émergents » par la classe exploiteuse internationale connaissent encore des formes d’organisation de la production plus anciennes, le contexte de mondialisation de l’économie induit une manière différente de définir le prolétaire.

Parler de la lutte de classe implique donc l’exercice difficile de se replacer dans ce contexte global. De même, continuer à analyser les mouvements sociaux avec la vision de la classe ouvrière du passé est une conception atemporelle qui ne tient pas compte du fait qu’un mode de production est quelque chose de vivant qui se transforme.

Les mouvements de 95 ont ouvert ce que certains camarades de P.I. avaient appelé une « nouvelle période », c’est-à-dire, à côté de revendications plus traditionnelles concernant les conditions de travail, l’apparition d’un questionnement diffus à propos des perspectives « offertes » par la société capitaliste. Cet élément nous avait paru particulièrement important de par sa nouveauté mais aussi par son contenu. Ce qui permet aux luttes de prendre un contenu révolutionnaire est le fait de passer de la résistance contre les effets de l’exploitation au questionnement sur ses causes. C’est en considérant que le capitalisme n’est pas un système éternel, en se démarquant de sa logique interne que les travailleurs peuvent progressivement se désengluer de l’aliénation qui les maintient dans leur statut d’exploité et leur permet d’ouvrir un espace de réflexion collective pour que naisse l’idée d’une société différente. C’est aussi en reliant les différents aspects de la dégradation des conditions d’existence comme l’insécurité, la violence, la destruction de la nature, le stress (et il y en a une multitude…) au fonctionnement du mode de production pour que celui-ci soit vu comme un rapport économico-social global étendant les implications de son fonctionnement à tous les aspects de la société et à la vie de ses membres.

Qu’est devenu ce questionnement ?

La grogne sociale est perceptible de façon généralisée dans la majorité des pays d’Europe de l’Ouest et on peut déceler ceci au travers de plusieurs phénomènes :
Il est toujours délicat de porter une appréciation sur l’ampleur du mécontentement social, selon que les statistiques enregistrent le nombre de conflits, additionne le nombre de jours de conflits, etc. Néanmoins, et ceci concerne essentiellement l’Europe de l’Ouest pour laquelle nous disposons de davantage d’informations, des mouvements de grève et des manifestations ont lieu régulièrement. Ils n’ont pas de caractéristiques « supérieures » si on reprend les critères utilisés dans le passé (autonomie par rapport aux syndicats et extension des revendications et des mouvements). Ils témoignent néanmoins d’un ras-le-bol que pas grand-chose ne semble apaiser et s’étendent à des secteurs les plus divers comme les enseignants, le personnel des soins de santé, les jeunes, les retraités…
Ce type de mouvements questionne directement le rôle de l’Etat comme garant d’une cohérence et d’un bien-être social et nous pouvons espérer que cette remise en cause amène potentiellement à un questionnement plus global sur la fonction des Etats dans la société capitaliste. De plus en plus, il est fait appel à la solidarité privée, à la débrouille de collectivités locales pour prendre le relais de cette tâche officiellement assumée par les « pouvoirs publics ». Il y a une mobilisation large de tranches d’âges, de statuts et de secteurs. Des pays comme l’Italie ont vu se déverser régulièrement dans les rues des rassemblements au nombre de participants très impressionnant;
Les revendications consistent surtout en une tentative de résister à la perte des acquis : il n’est plus souvent question de demander des augmentations de salaire, des améliorations de tel ou tel aspect du travail mais plutôt de tenter d’arrêter le détricotage systématique des systèmes de sécurité sociale, des normes de nombre de personnel pour effectuer une tâche, de la charge du travail ou de l’insécurité qui l’accompagne. Ceci pourrait signifier qu’il n’y a plus d’espoir de lier une amélioration des conditions de vie à l’existence du capitalisme, il suffit plutôt de défendre les derniers éléments de la survie; Des pays habitués à un calme social (soit par la capacité de contrôle social par la classe dominante, soit par une terreur plus ouverte) ont, eux aussi, connu une agitation sociale : pensons à l’Allemagne (réactions contre la baisse des allocations sociales, réactions dans certains grands secteurs, comme l’automobile), ou à la Chine dont le formidable développement se fait au prix de l’appauvrissement systématique de secteurs de population déjà au bord de la famine (grèves ouvrières ou révoltes de paysans qui se confrontent très durement aux forces de répression depuis de longs mois) ;

Une inquiétude globale qui s’exprime à tout moment, un souci pour la génération qui suit ; Une perception d’un dysfonctionnement général de la société : scandales dans l’alimentation, destruction de la nature, climat de violence… tout ceci commence à faire l’objet, non plus de préoccupations partielles (les pacifistes, les écologistes…) mais est perçu par tout un chacun comme la résultante d’un fonctionnement économique implacable et fait désormais partie des inquiétudes habituelles pour les conditions d’existence alors qu’auparavant, ce genre de préoccupations semblaient marginales ou laissées aux scientifiques ou aux rêveurs écolo-baba cool;

Une nouvelle agitation Pour ce qui concerne les mouvements de classe, on est donc en présence d’une agitation qui s’exprime de façon régulière. Ceci est important, non pas pour faire une apologie du mouvement en tant que tel, sans parler de son contenu, mais parce que c’est en se mettant en mouvement que notre classe brise pour un temps son isolement, l’acceptation de la logique d’exploitation, fait l’expérience de l’action collective et éventuellement de la solidarité, peut sentir son pouvoir (comme lorsque les usines Opel d’Allemagne bloquent, par leur seule grève, des usines d’autres pays), sort de l’apathie dans laquelle la plonge l’idéologie dominante et peut cerner grâce à cette expérience de lutte qui fait partie de la classe ouvrière et de la classe dominante. On a vu également des travailleurs d’une entreprise ou d’un secteur rejoindre une grève ou une autre manifestation, même si ces connexions restent éphémère et ne se structurent pas en véritable extension des luttes. Ces divers éléments sont à souligner positivement.
Pour ce qui concerne le contenu, il s’agit de mouvements de résistance essentiellement. On peut faire l’hypothèse que cette attitude de résistance indique que la classe n’a plus d’espoir par rapport au capitalisme et ceci pourrait constituer l’amorce pour une réflexion future sur les perspectives d’avenir. Mais, lorsque nous parlons du « futur », nous devons nous replacer à l’échelle historique… Ceci est un deuxième élément positif. Par contre, et ceci est un élément négatif, l’attitude est à la résistance et pas encore à la réflexion sur la possibilité de l’émergence d’une société nouvelle. De plus, aucun lien n’est fait par la classe entre ces mouvements, entre ces résistances locales et ceci constitue un élément négatif supplémentaire: chacun lutte pour sa survie et les notions de solidarité et de collectivité ont des difficultés à s’exprimer dans un cadre dépassant le local.

Quel impact ?

Il faut souligner que ce malaise social est présent de façon plus large dans la société et trouve des expressions extrêmement variées. A côté des mouvements de grève et manifestations regroupés autour de la défense des acquis des travailleurs, futurs ou anciens travailleurs, il existe un climat de questionnement, de bouillonnement disparate, sans cohérence, qui prend une forme pour nous inattendue et donc, dont il nous est difficile de faire l’appréciation : ceci concerne les jeunes qui se regroupent dans des mouvances autour d’idées qu’on pourrait qualifier d’anarchistes, de travailleurs précaires menant, de façon ponctuelle, des actions de sabotage social dans le sillage de ce qu’on pourrait rattacher au situationnisme, d’individus isolés se retrouvant dans tout et n’importe quel rassemblement (alter-mondialisme, rassemblement du Larzac, etc.). S’il est très clair que toute cette mouvance n’appartient pas à l’action de la classe ouvrière, elle exprime tout de même un grand malaise social, une grande envie de trouver des « solutions », d’exprimer son refus par rapport au fonctionnement actuel de la société.

Une question importante, avant d’en arriver à l’analyse de cette mouvance, est de savoir quel est son impact sur la classe ouvrière : est-ce un facteur de confusion, ou est-ce un renforcement du climat de malaise social général, une insistance sur la généralisation des sujets d’inquiétude, généralisation qui peut faire émerger la réflexion sur une autre société ? C’est un peu le tout à la fois : il y a un élément de confusion induit par cette mouvance, d’autant qu’elle n’est porteuse d’aucune ligne de démarcation de classe. Mais, en même temps, les résistances ouvrières ne vont plus à contre-courant par rapport au climat ambiant : tout le monde est mécontent, inquiet et, même si les grèves restent limitées aux seuls secteurs ou entreprises dans lesquelles elles ont démarré, elles se placent dans un contexte général tendant à montrer une généralisation des inquiétudes.

Reste une question, posée en tant que telle et pour laquelle nous n’avons actuellement aucune réponse tranchée : comment donner sens à toute cette mouvance anarcho-situ-nihilisto-bien pensante ? Donner sens, parce que le rôle des révolutionnaires n’est certainement pas de ne voir, dans la société, que ce qui leur paraît coller aux schémas habituels, d’ignorer le reste, de dire que ça n’existe pas, sous prétexte que ces éléments et leurs pratiques ne font pas partie de la classe ouvrière. Depuis les mouvements anti-mondialisation, il semble s’être développé des pratiques sociales qui touchent, entre autres, la jeunesse. Savoir pourquoi les jeunes se mobilisent davantage dans ce type d’action plutôt que dans une démarche vers des groupes et idées révolutionnaires plus « classiques » doit nous faire réfléchir sur la manière probablement différente dont les jeunes se posent la question des perspectives, dont ils perçoivent notre conception du communisme, et ceci est en lien avec les transformations au sein de la société, qui ont modifié la manière dont on peut aujourd’hui se représenter le monde et son avenir. La chute du mur de Berlin et le battage fait autour de la faillite des régimes appelés « communistes » ont eu un impact indéniable sur la question des perspectives également. Plus particulièrement, j’évoquerai deux groupes : les jeunes et les travailleurs précaires isolés.

Quelle composition de classe ? Ces derniers sont souvent des travailleurs intégrés à la production mais atomisés par la fonction qu'ils occupent. Voici comment le journal « Le Monde » les décrit : « Nouvelle catégorie de travailleurs, plutôt jeunes, très diplômés, à la fois intégrés dans la société mais sans aucun statut et aux fins de mois souvent difficiles » (…) « Alors que les précaires sont par nature pluriels et atomisés, il leur est difficile d’organiser de véritables actions de masse ou des grands défilés. « Du coup, on s’exprime plutôt à travers des actions ponctuelles et perturbatrices, des blocages ou des occupations de lieux » ». « On trouve aussi chez les précaires une foule de collectifs, de réseaux, d’associations qui travaillent de concert ». Et toujours « Le Monde » de signaler l’existence pluri-nationale de ces travailleurs précaires et, par exemple de mentionner ce défilé de 70 000 précaires le 1er mai 2004 dans les rues de Milan. Obligés, par leur statut, de trouver d’autres formes d’expression de leur mécontentement, ces précaires se regroupent essentiellement autour de projets d'actions ponctuels, plutôt que dans des organismes de défense ou de réflexion plus traditionnels. Ce phénomène semble d’ailleurs intriguer et inquiéter la classe dominante qui a mis sur l’affaire ses chercheurs et organise des colloques pour tenter de comprendre de quel bois se chauffent ces travailleurs… Pour nous, ceci pose une question qui va au-delà d’actions qui semblent assez folkloriques et sans perspectives réelles (bien que, sans informations, il est difficile de se faire une opinion) : assistons-nous là à l’ébauche de formes nouvelles de contestation chez les travailleurs qui sont le fruit direct des transformations technologiques du capitalisme (salariés travaillant chez eux, informaticiens au statut de consultant, passant d’une entreprise à l’autre pour des missions précises, chercheurs, etc.) ? Il est clair que nous devons être attentifs à des actions de contestation inhabituelles pour nous et qui découlent des nouveaux rapports de travail.

Les jeunes

Autre groupe sur lequel je souhaite m’attarder : les jeunes. Alors qu’il y a quelques années encore, la jeunesse vivait davantage dans un repli égoïste complet, sans questionnement, sans la moindre activité collective, sans activité politique, cette « bof génération » comme on l’a nommée semble désormais un peu plus impliquée dans une contestation sociale au sens large. Qu’il s’agisse de mobilisations de jeunes rejoignant des manifestations de travailleurs, de mouvements étudiants, ou, de façon à nouveau plus obscure, une mouvance parfois radicale, apparemment séduite par les discours anarchistes, se rassemblant, là aussi, de façon rapide et pour des projets précis (un forum de discussion, une mobilisation, etc.). Ce qui est positif dans cette situation est la mobilisation de cette tranche d’âge autour de préoccupations liées à l’avenir de la société (et le leur en particulier…) et non à un intérêt immédiat, particulier mais ces mobilisations semblent se faire de façon éparse, ponctuelle.

Ce qui semble commun à ces deux groupes est le caractère nouveau et assez généralisé de leur activité, le caractère impalpable de cette dernière, l’indépendance revendiquée par rapport à tout groupement politique, le refus de toute auto-organisation permanente, les nouveaux moyens de contacts (internet, téléphones portables, réseaux plus ou moins informels) ainsi que le rassemblement autour d’un projet plutôt qu’autour de perspectives plus générales et à plus long terme.

Que tirer comme premières conclusions à propos de l’état du climat social ?

Il est clair qu’un malaise social continue à s’exprimer sur les terrains les plus divers. Qu’il s’agisse de la classe ouvrière (et de secteurs prolétarisés) ou qu’il s’agisse de pans de la population qu’il est parfois difficile de classer clairement dans une classe sociale, comme les jeunes ou les travailleurs précaires. Cette expression, qui se traduit régulièrement par des mouvements de luttes, marque une rupture vis-à-vis de l’ordre existant et, en cela, constitue toujours une expérience positive d’action collective pour les individus qui s’y retrouvent. On a tendance à le sous-estimer.
La présence des organisations syndicales dans ces divers mouvements est toujours réelle, même si des commentaires doivent être faits par rapport à cela : il faut tout d’abord souligner la « crise » traversée par les grandes organisations syndicales en Europe et qui s’exprime par une baisse du taux de syndicalisation, parfois aussi par une contestation ouverte des délégués. De plus en plus, les syndicats sont vus comme les spécialistes de la négociation et de la gestion des rapports de travail. Comme on fait appel à un avocat lorsqu’on doit se frotter à l’appareil judiciaire, on fait appel au syndicat lorsqu’on doit régler un conflit de travail. D’une certaine manière, le syndicat est replacé dans sa fonction réelle : il est là pour permettre que la logique d’exploitation se maintienne, que deux parties opposées fassent des concessions sans que soit remise en cause la logique qui a mené au conflit. Il faut quand même souligner que les syndicats sont de moins en moins vus comme les véritables défenseurs – alliés des exploités de tous bords. Mais ils restent présents et je pense qu’ils le resteront longtemps.

Les syndicats Leur travail de sabotage des luttes, de non remise en cause des fondements de l’exploitation restera possible tant que le questionnement sur les fondements de la dégradation des conditions de travail n’apparaîtra pas directement dans le décours d’une grève. Il y a donc deux niveaux d’opposition aux syndicats : le premier est celui de la lutte quotidienne qui tente de résister aux récupérations et aux sabotages de la grève. Mais le deuxième niveau est celui d’une compréhension à plus long terme du rôle et de l’appartenance de classe de l’organisation syndicale. Il est clair que la prise de conscience de la fonction du syndicat dans le maintient du rapport d’exploitation capitaliste ne peut se faire que dans la répétition des oppositions partielles aux délégués lors des conflits. Mais, si ces délégués peuvent être conspués dans des mouvements de grève, si le taux de syndicalisation baisse de façon significative, le chemin vers l’auto-organisation nécessite une compréhension politique plus globale et le chemin à parcourir est encore long. C’est aussi ce qui explique que des travailleurs très radicaux peuvent s’opposer, dans une grève, aux délégués syndicaux et se laisser complètement illusionner par des expressions radicales de syndicalisme de base.
Ceci pose une deuxième question : celle de la difficulté de questionner les perspectives offertes par le capitalisme et de déboucher sur une réflexion quant à l’émergence d’une nouvelle société. Un malaise et une inquiétude généralisés traversent toutes les couches de la société, sont relayées de façon diverses en fonction du terrain et de la classe sociale où elles sont posées. Néanmoins, des pistes de réflexions positives sur quoi faire ne parviennent pas à être imaginées, et encore moins à être reliées aux résistances de la classe ouvrière. Tout ce qui peut être mis sur le tapis se place dans la logique existante : « le capitalisme actuel, ça ne va vraiment pas, donc on va repenser tout ça en en faisant un système équitable, respectueux de l’individu » : c’est le discours à la mode sur l’effacement de la dette du tiers-monde, le commerce équitable, les micro-prêts, etc., etc. qui sont relayés, entre autres, par les forum sociaux et les courants alter-mondialistes. On doit donc faire le constat qu’il reste très difficile de se dégager de la logique existante pour se dire qu’autre chose que le capitalisme est possible. La faillite des systèmes dits « communistes » et tous les amalgames qui ont été faits autour de ces régimes viennent renforcer le sentiment que le Marxisme et tout l’héritage historique de la classe ouvrière ne représentent aucune perspective. L’idéologie dominante se plaît donc à marteler l’idée que rien d’autre n’est possible (et que tout a toujours été pareil dans l’histoire) : le capitalisme est éternel, pas la peine de penser s’en débarrasser…

L’idéologie

C’est sans doute ce poids de l’idéologie qui amène des éléments « contestataires » à se mobiliser sur des projets ponctuels de contestations plutôt que sur une réflexion plus large sur la perspective positive d’un autre fonctionnement social.
Ces groupes d’éléments contestataires, représentés entre autres par des jeunes et des travailleurs précaires nous montrent une manière différente de réagir : affirmant une volonté de ne pas se rapprocher d’une quelconque organisation politique, incapable de s’organiser de façon permanente, de s’inscrire dans une action et une perspective à plus long terme, ces individus se regroupent de façon plus immédiate, rapide, dans les seuls liens d’un projet plutôt que dans des liens de classe, avec une multitude de petits réseaux (à l’image des réseaux internet) et dans une mouvance qui se compose et se recompose au fur et à mesure des actions. En-dehors de l’appréciation du contenu même de ces actions, nous devons être conscients qu’il s’agit là probablement de formes de contacts nouvelles qui apparaissent entre les travailleurs et qui correspondent à la manière dont le capitalisme a profondément modifié la structure des procès de travail. Nous devons donc développer une attention vers des formes de communication, groupuscules auxquels nous n’avons jusqu’ici pas été attentifs (forums de discussion via Internet, éléments gravitant autour d’idées, de presses anarchistes, rassemblements non classables comme cette mobilisation des 70OOO précaires, etc.).

Rose
Conférence de novembre 2004


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