Le progrès du capital et la rétrogression sociale du mode de production capitaliste ….de la domination formelle à la domination réelle du capital sur la société….


PI s’est constitué tout d’abord (en 1985) comme « fraction externe » du CCI, avec le but de défendre la plateforme de l’organisation face à sa propre dégénérescence. Il devint rapidement évident cependant que la dégénérescence du CCI n’était pas seulement organisationnelle, mais programmatique ; que sa capacité à appréhender la trajectoire du capital, actuellement et dans toute la phase appelée décadence (commençant en 1914) était complètement déficiente.

Bien que le CCI ait eu le mérite de tracer clairement la ligne de classe, basée sur les contributions d’avant-guerre à la fois de la gauche italienne (Bilan) et de la gauche allemande, ainsi que sur la contribution de la Gauche Communiste de France (1945-1952), sa clarté à ce niveau n’était pas accompagnée d’une appréhension théorique comparable du développement du capitalisme comme mode de production et de civilisation ans la période inaugurée par le cataclysme de la première guerre mondiale.

En effet, il est devenu clair au cours du temps, et en tant que résultat de la discussion, que les bases mêmes sur lesquelles reposait la plate-forme du CCI étaient, et ont toujours été, inadéquates par rapport à la tâche d’appréhension de la trajectoire du capital. Donc, dans le cours de sa propre évolution, PI en est venu à rejeter des éléments mêmes de la plate-forme du CCI, et ses fondements théoriques : sa vision du processus d’accumulation et ses contradictions basées sur la théorie de Rosa Luxembourg et le rôle de la disparition des marchés pré-capitalistes comme base véritable des tendances à la crise du capitalisme ; sa conception de la décadence comme un arrêt, ou un ralentissement spectaculaire, de la croissance des forces productives ; sa vision concomitante du fait que le capitalisme dans sa phase de décadence empêche un accroissement du niveau de vie de la classe ouvrière ; sa vision du capitalisme d’Etat basée sur le modèle de la Russie stalinienne (vue comme le miroir dans lequel le monde capitaliste dans sa totalité pourrait apercevoir son propre futur) ; son insistance sur le fait que mis à part de très courtes périodes de reconstruction, le capitalisme décadent, en l’absence de révolution prolétarienne, était condamné à vivre dans un cycle de crise/guerre mondiale/crise/guerre mondiale.

ERREMENTS THEORIQUES DU CCI

Le moindre coup d'oeil à la période initiée en 1945 révélerait la vacuité des prétentions du CCI à appréhender la trajectoire du capitalisme. Malgré qu'il soit évident que les marchés pré-capitalistes n'aient pu fournir une demande effective capable d'absorber la partie capitalisable de la plus-value produite par le capital mondial (ou même une portion significative de celle-ci), le capitalisme n'a pas fait été plongé dans la crise mondiale catastrophique dans laquelle il aurait du se trouver selon la théorie de Luxembourg. Et le deus ex machina de la reconstruction ou du capitalisme d'Etat ne pourrait pas sauver la théorie non plus, étant donné que selon le CCI la phase de reconstruction après la deuxième guerre mondiale était terminée en 1968 (sans parler du fait que sur base de la stricte théorie de Luxembourg toute phase de reconstruction était exclue), et le CCI n'a fourni aucune explication de la façon dont l'Etat pouvait se substituer à une demande réelle qui faisait défaut dans les marchés extra-capitalistes. De plus, l'affirmation du CCI selon laquelle il y eut un ralentissement spectaculaire de la croissance des forces productives depuis est mise en question par tous les indices qui mesurent la croissance ou la diminution des forces productives. En effet, peu de périodes dans le développement du capitalisme ont vu une croissance aussi forte durant une période aussi longue comme celle que nous avons connue depuis 1950. En lien avec ce développement, on a vu une augmentation significative du niveau de vie de la classe ouvrière dans les sociétés capitalistes avancées, au moins dans les années '80 et à la fin de l'époque fordiste. La vision de la Russie stalinienne comme modèle du capitalisme d'Etat a été réfutée de façon spectaculaire par l'effondrement de ce régime et la répudiation de ce modèle de capitalisme même là où les partis staliniens règnent encore. Enfin, l'idée de l'imminence d'une troisième guerre mondiale comme seul recours du capitalisme une fois que la reconstruction est achevée, et en l'absence de lutte de classe massive ou de révolution prolétarienne, qui a constitué le gospel du CCI, a aussi été réfuté par la trajectoire actuelle du capitalisme. Malgré des périodes de crise économique ouverte au cours des 50 dernières années, le capital mondial a jusqu'à présent été capable de continuer le processus d'accumulation sans recourir à la guerre mondiale.

EN REVENIR A MARX

Confronté à une telle faillite théorique et programmatique, PI a cherché à appréhender les réalités du développement capitaliste, et ses perspectives, dans une série de textes qui préservaient les lignes de classe qui séparent les marxistes révolutionnaires de leurs ennemis de classe, et qui, en même temps, ont fourni un développement adéquat de la théorie marxiste pour comprendre l'énorme transformation dans laquelle le capitalisme a été plongé dans le courant du 20ème siècle, et, plus particulièrement, depuis la deuxième guerre mondiale. Une théorie marxiste adéquate par rapport aux exigences du temps présent doit, à notre avis, reconnaître et appréhender à la fois le progrès du capitalisme dans l'époque actuelle, sa capacité et son imulsion à développer les forces productives comme condition de sa propre survie comme mode de production, et la rétrogression sociale, ses conséquences dévastatrices pour l'espèc"e humaine et le danger même que son existence représente pour le monde. Ce que le CCI a nié, la possibilité que le capitalisme puisse progresser même dans une époque de rétrogression sociale (décadence), est la réalité dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Et si nous voulons confronter le Moloch capitaliste, il est vital pour les Marxistes d'appréhender théoriquement les transformations qu'il a subies, ainsi que le nouveau visage social, politique, culturel et la composition des classes sociales.

UNE NOUVELLE COHERENCE

Le lien théorique qui unit les différentes positions que nous sommes en train d'élaborer, et qui leur donne leur cohérence, réside dans la vision de la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital qui affecte toute la société capitaliste. Cela signifie que l'opération de la loi capitaliste de la valeur pénètre la société comme une totalité; que chaque pore de la société est envahi et transformé par l'opération de la loi de la valeur; que tous les domaines de l'existence sociale sont tendanciellement envahis par la loi de la valeur. Ce qui empêche qu'une telle totalité mise en forme par la loi de la valeur ne devienne une totalisation dont il n'y a pas d'issue est le fait que la loi de la valeur a ses contradictions propres; contradictions qui fournissent la base pour son propre renversement. Politiquement, cela signifie que parallèlement à sa domination sur la société, la loi de la valeur génère aussi la possibilité d'une résistance et d'une lutte contre celle-ci; la perspective de la révolution n'est donc pas moins vraie que la rétrogression sociale amenée par le capital; c'est la raison pour laquelle le projet théorique dans lequel nous sommes engagés est aussi un projet politique. Toutefois, ce que nous voulons faire dans ce texte, c'est élucider la transition de la domination formelle vers la domination réelle du capital sur la société, et sa signification.

DOMINATION FORMELLE DOMINATION REELLE

Les concepts de domination formelle et domination réelle du capital, de soumission formelle et réelle du travail au capital, ont d'abord été formulés par Marx dans les "Résultats du procès immédiat de production", le sixième chapitre du Capital, inédit jusque dans les années '60, et a été ensuite élaboré par un certain nombre de militants liés au bordiguisme. Marx lui-même a lié la soumission formelle du travail au capital à l'extraction de la plus-value absolue, et la soumission réelle du travail au capital à l'extraction de la plus-value relative, confinant ainsi les concepts de domination formelle et réelle au procès immédiat de production; de toute manière, au domaine économique. Un nombre de penseurs qui son pris connaissance des concepts de domination formelle et réelle dans la mouvement bordiguiste, ont soutenu que la transition de la domination formelle à la domination réelle était achevée en 1850 (Robin Goodfellow), une vue reprise par le CCI dans sa critique de la façon dont PI utilise ce concept. D'autres venant du bordiguisme qui ont utilisé les concepts de domination formelle et domination réelle (Communisme ou Civilisation), bien qu'insistant sur sa signification pour une compréhension de la trajectoire du capital au 20ème siècle, ont cependant continué à limiter l'usage de ces concepts au domaine économique dans le sens étroit. D'autres encore, comme Jacques Camatte (qui vient aussi du bordiguisme) ont étendu la portée de la domination réelle du capital au-delà du domaine économique, mais ont insisté sur le fait que "lorsque le capital atteint la domination réelle sur la société, il devient une communauté matérielle, dépassant la valeur et la loi de la valeur, qui ne subsiste que comme quelque chose de "dépassé"". Camatte étend donc la domination réelle du capital sur la société comme un tout, comme nous le faisons, mais la détache de la loi de la valeur, dont nous pensons justement qu'elle est l'expression de la domination réelle du capital.

UNE TRANSITION

Le concept de transition de la domination formelle à domination réelle du capital ne repose donc pas seulement sur la distinction opérée par Marx entre extraction de la plus-value absolue et extraction de la plus-value relative, mais aussi sur l'extension de la portée de cette notion depuis l'économie jusqu'à la société dans sa totalité; du processus de production au processus de reproduction - la reproduction des relations sociales capitalistes, dont le coeur est la forme valeur. Cette reproduction implique donc la démographie, la technologie, la science, les modes de subjectivation de l'être humain, les domaines politique et culturel, tout comme l'économique, et le vaste domaine de l'idéologie, qui n'est pas équivalent simplement à une fausse conscience, à l'illusion, à la mystification, mais plutôt à une conscience, des croyances, des actions reposant sur une existence matérielle, et inextricablement liée à l'existence non moins concrète d'un mode de subjectivation déterminé des êtres humains, et des classes, qui envahit la civilisation. Donc, à l'opposé de la domination formelle du capital sur la société, dans lequel seul le processus immédiat de production est sujet à la loi capitaliste de la valeur, et les autres domaines de l'existence sociale gardent un degré considérable d'autonomie par rapport à celui-ci, la domination réelle du capital sur la société implique la pénétration de la loi de la valeur dans tous les pores de la société. Donc, depuis sa source originelle dans le processus de production, la loi de la valeur a systématiquement étendu ses tentacules pour incorporer non seulement la production réelle de marchandises, mais aussi la circulation et la consommation.

ET LE CAPITALISME D’ETAT ?

De plus, la loi de la valeur progresse, et en vient à présider les sphères du politique et de l'idéologique, y inclus la science et la technologie. Donc, par rapport au capitalisme d'Etat, dans lequel les géniteurs idéologiques du CCI voient une restriction du champ d'application de la loi de la valeur, au moins dans les limites du régime lui-même, nous voyons une vaste expansion de l'opération de la loi de la valeur dans tous les pores de la société. En effet, nous somme d'accord pour dire avec Bordiga que : 'le capitalisme d'Etat n'est pas un subjugation du capitalisme à l'Etat, mais une subjugation plus forte de l'Etat au capital" (Proprieta e capitale).

En ce qui concerne la science et la technologie, la pénétration de la loi de la valeur se produit non seulement à travers la transformation en marchandises de la recherche scientifique et technologique (et les institutions où elle prend place), mais surtout à travers l'infiltration de la forme valeur et de sa quantification concomitante, en la raison elle-même (le triomphe d'une raison purement instrumentale), et la réduction de tous les êtres, la nature et les humains, à des objets de manipulation et de contrôle. Alors que la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital sur la société a commencé dans les métropoles industrielles du 19ème siècle, son triomphe, sa consolidation et son extension mondiale, ont été un phénomène du 20ème siècle, qui a modifié le paysage social, en particulier au cours du dernier demi-siècle et qui continue à le faire au cours du 21ème siècle.

La transition de la domination formelle à la domination réelle du capital sur la société constitue le progrès du capital depuis 1914. Et pourtant ce progrès a été amené au prix d'une rétrogression sociale horrible, de sorte que la poursuite de l'existence de la civilisation capitaliste et d'un mode de production basé sur l'opération de la loi de la valeur risque de conduire l'espèce humaine à la dévastation à une échelle jamais vue dans l'histoire; une dévastation si grande qu'elle pourrait détruire le progrès matériel et culturel inauguré par la Renaissance, la Réforme, le Siècle des Lumières, et l'attitude critique qui a constitué le côté positif et révolutionnaire de la modernité capitaliste; une issue qui pourrait détruire la possibilité même du communisme, de la création d'une communauté humaine.

Les implications

Bien que la transition de la soumission formelle à la soumission réelle du travail au capital implique une dépendance croissante par rapport aux fruits de la science et de la technologie, et une recomposition concomitante de la classe ouvrière qui transforme la signification même et la nature du travail productif et improductif, indépendamment de la quantité de changements qui se passe dans les formes et les techniques de production, selon Marx, le capitalisme reste un mode de production dont "la présupposition est - et reste - la masse de temps de travail direct, la quantité de travail employé, comme facteur déterminant dans la production de richesse" (Grundrisse, Penguiin Books, p. 704).

Cependant, la trajectoire historique du capitalisme produit une contradiction croissante entre le fait inamovible qu'il ait besoin de travail vivant pour produire de la valeur d'échange, d'un côté, et les résultats réels de ses propres tendances développementales de l'autre. "Mais à mesure du développement de la large industrie **** Grundrisse, pp. 704-705). En bref, lorsque la production de richesse réelle n'est désormais plus dépendante de l'extraction de plus-value (absolue ou relative), n'est plus liée de façon inextricable à la consommation de travail vivant, le capitalisme cesse d'être une condition nécessaire pour le progrès de l'espèce humaine; cesse d'être un mode de production progressif. De plus, la perpétuation de la production de valeur, son progrès continu sous la forme de transition de la domination formelle à la domination réelle du capital sur la société, ne constitue pas seulement un obstacle au progrès de l'espèce humaine, mais une forme de rétrogression sociale! Plus le capital progresse, comme il l'a fait depuis 1914, et plus particulièrement depuis 1945, plus ce progrès se révèle être rétrogressif ou régressif; une menace mortelle à la poursuite de l'existence de l'espèce humaine. La création d'un vaste surplus de population, dont l'exploitation n'est désormais plus nécessaire ni profitable (à n'importe quel niveau de salaire), a jeté les graines d'orgies nouvelles et plus dévastatrices de meurtres de masse, organisés de façon délibérée par l'Etat capitaliste. La perspective d'une re-division des shères mondiales d'influence, la formation de nouveaux blocs impérialistes continentaux, dans les décades à venir,dont les guerres meurtirères locales ne sont que des signes avant-coureurs, n'attend qu'une ouverture de la crise économique globale et l'effondrement des régimes néo-libéraux actuels, et l'hégémonie du marché mondial anglo-américain sur lequel est basé la mondialisation actuelle de l'économie, pour faire de la guerre nucléaire un danger qui menace l'humanité à nouveau. Les technologies lâchées par le capital, et qui y sont liées de façon inextricable, dans sa quête sans fin pour la plus-value, sont grosses d'une destruction écologique à une échelle qui peut interrompre le méabolisme même entre "l'homme" et la nature qui a été la base vvéritable de l'existence humaine depuis la naissance de notre espèce.

Le capitalisme a fait des progrès, a continué à transformer le monde. La première tâche des révolutionnaires aujourd'hui, la base nécessaire pour leur intervention, est d'appréhender la nature et la direction de ce progrès, cde ces transformations; de comprendre les implications et les rmifications de la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital sur la société.

Mac Intosh


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