Refusons le terrorisme comme le militarisme


Le 11 septembre, l’ordre capitaliste mondial a fait un grand pas en avant dans la barbarie, le seul avenir qu’il est capable d’assurer à l’humanité. Quels que soient les groupes derrière ces abominables attaques contre les Etats-Unis, ils font partie intégrante de l’ordre capitaliste mondial. Ces attaques n’étaient pas dirigées contre le capitalisme, la mondialisation, ou la « civilisation occidentale ». Elles étaient dirigées contre l’Amérique en représailles contre les activités impérialistes que l’Etat et la classe dominante américains ont menées, principalement au Moyen-Orient, contre les pays considérés comme faisant partie du monde de l’islam.

Quelles que soient les justifications « religieuses », politiques ou idéologiques qui peuvent être avancées pour « défendre » ces attaques, elles ne masquent que les ambitions capitalistes et impérialistes de ceux qui en sont à l’origine. Ceux-ci veulent que les Etats-Unis « évacuent » « leurs » pays supposés islamiques, afin qu’ils puissent, avec leurs alliés, contrôler ces pays et exploiter les ressources naturelles et les travailleurs qui s’y trouvent. S’ils disposent de la force, des ressources et de l’armement pour s’engager dans de telles attaques, ils ne peuvent être qu’un gang capitaliste proto-étatique, une faction, aussi dissidente soit-elle, de la classe dominante, quel que soit leur pays d’origine. Leur but ne peut être que le renforcement de leur propre pouvoir aux dépends du pouvoir de la classe dominante américaine.

En réponse à ces attaques, les Etats-Unis ont déclaré la guerre « contre le terrorisme ». Le président Bush a dit que la guerre avait été déclarée contre les Etats-Unis par les commanditaires des trois détournements d’avion qui ont attaqué les tours du World Trade Center et le Pentagone près de Washington le 11 septembre. Bush a déclaré : « C’est un nouveau type de guerre. Gagner cette guerre prendra longtemps ».

Mais comment les Etats-Unis pourraient-ils gagner une guerre contre un ennemi aussi nébuleux que le « terrorisme » ? L’Etat américain n’est-il pas « en guerre contre le terrorisme » depuis les 30 dernières années sans aucune issue en vue et ayant perdu tout espoir de victoire ? De plus, quels sont les critères pour décider qu’une telle guerre est terminée ou victorieuse ? Que le terrorisme cesse d’exister ? Ceci ne se produira pas tant qu’il existe un seul Etat capitaliste, tant que chaque Etat, à l’intérieur de son territoire, exerce une domination armée, militaire, sur tous ses ennemis internes ainsi que sur toutes les personnes sur ce territoire. Une telle domination ne peut s’exercer qu’en utilisant, ou en menaçant d’utiliser, la force contre tous les dominés… et c’est là précisément l’essence du terrorisme. En tant qu’Etat dominant le monde du point de vue militaire, en tant que seule puissance planétaire, les Etats-Unis sont réputés, au moins en dehors de leurs frontières, comme la plus grande machine terroriste du monde.

En outre, les différents Etats capitalistes du monde de pourront jamais éliminer le terrorisme des nombreux gangs « hors-la-loi », « criminels », ou « illégaux », qui opèrent de façon « souterraine », à l’ombre des pays dits « Etats voyous ». Comment le pourraient-ils tant qu’ils pratiquent la domination et l’exploitation impérialistes, ne semant que misère, privation et ruine là où ils opèrent, et tant qu’existent des forces, dans les pays dominés, qui adoptent des idéologies « anti-occidentales » ou « anti-impérialistes », avec pour but explicite la mobilisation des masses qui doivent donner leur travail et leur vie pour la gloire de leur nation, de l’islam, Allah, ou de tout autre rêve ? Aussi longtemps qu’ils existent et qu’ils restent la puissance dominante mondiale, les Etats-Unis auront des ennemis étrangers, y compris des Etats qui sont prêts — notamment quand leurs intérêts sont dominés et bafoués par les Etats-Unis — à abriter, voire même à soutenir activement, des terroristes « fugitifs » et leurs gangs. Comment cette contradiction pourrait-elle être éliminée, si ce n’est en éliminant l’Etat américain lui-même ?

Alors, Bush et ses lieutenants ne sont-ils pas sérieux lorsqu’ils parlent de « guerre contre le terrorisme » ? En fait, je pense qu’ils le sont, et il semble certain qu’ils sont déterminés à prendre une revanche contre leurs ennemis sur une échelle plus vaste que les destructions du 11 septembre. Cependant, le « terrorisme » sera défini de façon tellement floue (par les mass media) qu’il peut concerner tout groupe de personnes — que ce soient des opposants anti-mondialisation ou des ouvriers grévistes — qui peuvent être accusés de « menacer l’économie », être classés comme « terroristes » et donc vilipendés par les media et par ceux qui avalent aveuglément leur propagande. Chacun devra choisir son camp : soit pour l’Etat, la loi démocratique, l’ordre et l’économie de marché, soit contre ceux-ci, et donc pour « l’anarchie », la « violence », la « destruction », le « désordre » et la « terreur ». C’est là un faux choix ; personne, à moins d’être sot, ne choisirait de lutter pour la terreur. Cependant, des pressions fortes seront exercées sur la plupart des gens, et donc sur la plus grande partie de la classe ouvrière, afin qu’ils « restent dans le rang » derrière le Président et son administration, afin qu’ils s’identifient à l’Etat américain. Il faut résister de façon déterminée à cette pression si l’humanité veut éviter d’être victime d’une nouvelle guerre mondiale entre les gangs terroristes, étatiques ou autres.

La plupart des gens sont tout aussi écœurés par les réponses de la classe dominante américaine et de ses alliés aux attaques terroristes, ainsi que par leurs tentatives d’utiliser la crise actuelle pour consolider leur pouvoir sur nous et sauver leur économie de l’effondrement, qu’ils le sont par les attaques terroristes elles-mêmes. Nous devons garder à l’esprit que le capitalisme — et donc chaque Etat capitaliste — possède une tendance inhérente à la guerre comme tentative de résoudre ses contradictions inhérentes. La destruction de masse, la mort, ainsi que la dévalorisation du capital existant amènent les conditions favorables pour un renouveau économique.

Les membres de la classe ouvrière doivent se rappeler que leurs intérêts sont clairement distincts de ceux de « leur » Etat et de sa classe dominante. Lorsque les dirigeants proclament que les ouvriers doivent sacrifier leurs salaires, leurs bénéfices, leurs conditions de travail et même leur propre vie pour le « bien de la nation », nous devons rester fidèles à nos intérêts propres et refuser d’accepter l’imposition de l’austérité, des restrictions et de la militarisation de la société. Ce sont nos propres dirigeants (ceux des pays impérialistes dominants) qui, par l’exploitation et la domination des populations de nombreux pays « moins développés », sans oublier les nombreux coups d’Etat et contre-insurrections directement montés par la CIA, qui ont semé les graines des attaques terroristes comme celles qui se sont produites le 11 septembre aux Etats-Unis. On récolte ce que l’on sème. Mais en réalité, c’est toujours la classe ouvrière qui souffre le plus dans ces cas. Les puissants et les riches sont généralement à l’abri.

Il n’y a qu’une seule façon d’éliminer de façon permanente l’escalade de la terreur et de la violence entre Etats et gangs terroristes, et c’est par le biais d’une résistance organisée, militante, de la classe ouvrière mondiale contre tous ceux qui exercent un pouvoir sur nous. C’est pourquoi la classe ouvrière doit commencer, dès aujourd’hui, à travailler à éradiquer du monde toute source de terrorisme sous toutes ses formes, en développant sa propre lutte de classe, contre tous les gangsters de la classe dominante et enfin contre le système dont ils sont les agents, c’est-à-dire le capitalisme. Pour y arriver, la classe ouvrière doit s’identifier en tant que classe distincte, une classe qui, par sa solidarité interne (et internationale) et son action consciente, a le pouvoir collectif de sortir le monde de ce pétrin.

Le capitalisme, c’est la guerre !

Pour résister à la guerre, nous devons résister au capital, partout !

Wage Slave X

Septembre 2001


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