Attentats terroristes et riposte américaine


La réalité de la « première guerre du 21ème siècle »


Dans les numéros précédents de Perspective Internationaliste, nous avons eu l’occasion d’évoquer la question des génocides et de la guerre dans les Balkans comme manifestation de la violence intrinsèque du système capitaliste décadent. Les attentats qui se sont produits aux Etats-Unis le 11 septembre 2001, ainsi que la réponse guerrière qui y a été donnée ne font que confirmer cet aspect du fonctionnement du capitalisme. Dès lors, si nous dénonçons ces attentats comme une manifestation de barbarie totalement étrangère à l’action de la classe ouvrière, nous dénonçons de la même manière la riposte guerrière qui y est apportée par la bourgeoisie. A nouveau, l’alternative « barbarie capitaliste ou création d’une société nouvelle » apparaît dans toute sa réalité criante. Une des tâches des révolutionnaires est de contribuer à la compréhension du monde dans lequel nous vivons. C’est pourquoi nous sommes amenés à examiner les raisons et les enjeux de cette situation internationale.

Nous publions également différentes prises de positions émanant d’autres éléments révolutionnaires, ainsi que le tract de notre groupe.

Dans cet éditorial, nous aborderons les événements sous trois angles :

Tenants et aboutissants des événements

Les attentats perpétrés contre les symboles du capitalisme américain le 11 septembre nous ont, dans un premier temps, laissés stupéfaits, incrédules. Très vite, nous avons ensuite tous tenté de comprendre les raisons de cet acte de violence. A bien y réfléchir, ce genre de déchaînement meurtrier ne doit pas nous surprendre : il fait partie des fondements mêmes d’un système qui n’engendre plus que mort et destruction. Et c’est bien une des raisons pour lesquelles nous le combattons !

Pour tenter de cerner les raisons qui sont à la base des attentats, nous devons les replacer dans leur contexte géo-politique et économique global. Les attentats ne concernent pas le seul Afghanistan, et encore moins le seul Ben Laden, mais prennent leur origine dans la zone sensible du Moyen-Orient et d’Asie centrale — zone que nous avions déjà pressentie comme le futur point de déstabilisation mondiale lors de la guerre dans les Balkans. Il s’agit d’une région hautement stratégique puisqu’elle contient des richesses très importantes en pétrole et en gaz et constitue aussi un nœud de passage crucial pour l’acheminement de ces énergies de l’Asie centrale et de la Caspienne vers les marchés asiatiques et européens. C’est un espace économique qui attise toutes les convoitises locales et internationales et qui touche ainsi aux aspects économiques et impérialistes. Economiques, puisque la région concentre les puits de pétrole du plus gros producteur mondial — l’Arabie Saoudite — et de ses voisins, mais aussi des petites républiques du Turkménistan, d’Ouzbékistan, d’Azerbaïdjan et du Kazakhstan, riches, entre autres, en gaz. Impérialistes puisqu’il s’agira de traverser ou de contourner les pays liés, soit à la Russie, soit aux intérêts américains et européens. C’est dans ce nœud stratégique que se situe l’Afghanistan, et c’est aussi autour de ce nœud stratégique que s’opposent les intérêts internationaux et les intérêts locaux portés par le courant islamiste.

Depuis de nombreuses années, les Etats-Unis assurent un contrôle plus ou moins rapproché des pays de cette région, entre autres grâce à la soumission des gouvernements locaux et des fractions majoritairement pro-américaines qui s’y trouvent. Néanmoins, cet équilibre est de plus en plus instable, à cause de la crise économique mondiale qui met sous pression ces économies locales fragiles, appauvrissant encore les populations et augmentant les tensions sociales, et aussi parce que des fractions de la bourgeoisie de ces pays sont de plus en plus tentées de renverser cette domination américaine. Nous sommes donc en présence de deux types de réactions opposées au niveau de la bourgeoisie locale : les fractions qui conçoivent leur stratégie économique dans l’orbite des Etats-Unis, et celles qui veulent sortir de cette orbite pour s’y opposer. C’est précisément cette tendance qui est portée par le mouvement islamiste actuel, mouvement qui est donc bien à entendre, non comme un simple courant idéologique ou religieux, archaïque et rétrograde, mais bien comme un phénomène politique et économique venu prendre la place laissée vide par les fractions à coloration socialiste qui avaient tenté de prendre en mains, dans le passé, l’industrialisation et la modernisation de leurs pays et dont l’échec avait laissé la voie libre aux investisseurs étrangers. Le courant islamiste est bien un mouvement dirigé par des éléments de la classe dominante et de l’intelligentsia locale, même s’il s’implante dans la population que les conditions économiques plongent dans un appauvrissement croissant. Ces fractions radicales islamistes ne sont donc certainement pas porteuses d’un retour en arrière, mais bien d’une volonté de développer des politiques économiques modernes dans leurs différents Etats, et ce avec d’autant plus d’âpreté que la crise et la concurrence internationales viennent exacerber les tensions économiques et rendent le contrôle des ressources énergétiques propres encore plus crucial pour les « grands marchands locaux ».

L’analyse du courant islamiste nous permet de revenir aux événements du 11 septembre. Lorsqu’on cherche à comprendre les motivations des terroristes, on peut faire l’hypothèse suivante : ceux qui ont commis les attentats (probablement proches de la mouvance Ben Laden, mais ceci n’est pas très important), ont voulu agir à deux niveaux :

Les causes des attentats ont donc bien des racines économiques et politiques : elles reflètent les intérêts des fractions de la bourgeoisie qui veulent se dégager de l’hégémonie américaine, reprendre le contrôle de leurs ressources énergétiques et ambitionner ainsi de devenir des concurrents directs des occidentaux grâce à leurs atouts économiques et militaires.

Les aspects inter-impérialistes

Outre les intérêts économiques très importants qui sont en jeu, la région d’Asie centrale concentre des intérêts d’ordre géo-stratégique fondamentaux. Ainsi, si on se penche sur l’aspect impérialiste de la situation, plusieurs questions se posent : pourquoi la riposte américaine a-t-elle visé l’Afghanistan ? Quel est le degré de cohésion entre les Etats-Unis et leurs « alliés » ? Vivons-nous aujourd’hui dans un monde sans tensions impérialistes, dans le monde du « super-impérialisme » décrit par Kautsky ?

Comme nous l’avons déjà souligné, l’Afghanistan constitue un nœud de passage fondamental pour les oléoducs et gazoducs reliant l’Asie centrale et l’Occident. A ce titre, avoir un contrôle plus direct sur ce pays représente un atout sur le plan économique mais aussi stratégique. Ceci avait été bien compris par les américains lors de l’invasion de l’Afghanistan par les Russes. Ils ont soutenu et formé ceux qui pouvaient s’opposer à l’envahisseur soviétique — et, parmi eux, Ben Laden et les Talibans. Depuis lors, la situation avait été laissée en friche : les Talibans maintenaient sur le pays une stabilité acceptable pour les Américains, mais Ben Laden et eux s’étaient distanciés des Etats-Unis. En outre, en attaquant le régime taliban et en le désignant comme principal responsable des attentats, les Américains désignaient un bouc émissaire assez peu soutenu dans la région : c’était la victime du moindre mal. L’opération militaire actuelle permet ainsi une reprise en mains plus effective de cette zone géographique stratégique. A terme, elle peut permettre aux Etats-Unis d’accroître leur percée et leur présence en Asie centrale et d’encercler encore un peu plus la Russie. L’effondrement de l’empire soviétique a créé un vide et, depuis 1991, les Etats-Unis s’efforcent de prendre pied dans cette région, tentant d’y réduire au maximum l’influence russe. L’accord conclu entre les Américains et l’Ouzbékistan pour utiliser le territoire ouzbèke comme point de départ des bombardements en est un exemple et pourrait bien refléter le souhait américain de faire de cette petite république un allié privilégié, contre-poids à l’influence russe. L’opération militaire en Afghanistan devrait donc permettre aux Etats-Unis de prendre pied de façon plus directe dans la région, d’y installer une présence militaire durable et de surveiller de très près la Russie, l’Iran et la Chine. Indirectement, l’opération actuelle peut aussi être l’occasion rêvée pour réparer quelques « erreurs » : une partie des dirigeants américains verraient d’un bon œil qu’on termine le travail de nettoyage en Irak commencé avec la guerre du Golfe en liquidant Saddam Hussein.

Qu’en est-il de la cohésion entre les « alliés » ? Pour beaucoup d’Etats, la réaction américaine comporte des avantages certains. Par exemple, des pays comme la Chine, le Pakistan, la Russie, l’Indonésie y voient une occasion d’écraser d’un bon coup de talon les velléités indépendantistes auxquelles ils sont confrontés. Sur le plan économique, les projets de construction d’oléoducs sont souvent portés par des consortium internationaux et, de toute façon, une présence américaine plus importante dans la région garantit une stabilité pour les entreprises occidentales dépendantes des sources d’énergie. Du point de vue idéologique, c’est l’occasion d’attribuer les malheurs actuels de la crise économique aux attentats et de prendre les mesures drastiques imposées par cette récession. C’est aussi la possibilité de créer un état de psychose permanent permettant de renforcer les contrôles policiers tous azimuts, d’occuper les esprits et de forcer les plus frileux à se glisser sous l’aile protectrice de leurs bourgeoisies respectives. En dehors de la soumission des puissances « alliées » à l’hégémonie américaine, il y a donc des intérêts directs qui sont communs. Il faut souligner qu’une conséquence indirecte de la guerre actuelle est aussi le bol d’air temporaire que l’augmentation des commandes d’armement peut représenter pour l’économie mondiale. En plus des intérêts communs, il est clair que les Etats-Unis ont monnayé le soutien d’une série de pays : la collaboration de la Russie lui sera d’un grand soutien dans sa demande d’adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce, dans sa demande d’intégration à l’Union européenne et dans sa coopération avec l’OTAN. Dans l’immédiat, elle réalise déjà une opération intéressante grâce à la vente d’équipement militaire à l’Iran. Pour ce qui concerne le soutien de la Chine à l’offensive américaine, les contreparties sont sensiblement les mêmes : renforcement de l’intégration dans l’économie mondiale, entrée dans l’OMC et poursuite de l’ouverture de l’espace économique chinois aux investisseurs étrangers.

Néanmoins, il y a aussi des dissensions et des limites dans la marge de manœuvre orientale et européenne. Les frappes américaines provoquent la colère dans les pays musulmans et représentent un risque d’embrasement incontrôlable de la région, embrasement très certainement attisé par les fractions extrémistes qui n’attendent que la déstabilisation des fractions au pouvoir. Car si le régime taliban était peu soutenu, l’agression d’une communauté « sœur » ne peut laisser sans réactions. Pour ce qui concerne l’appui des Américains sur les pays voisins, on a pu constater la difficulté, pour leurs dirigeants, d’assumer le soutien aux Etats-Unis : le Pakistan est en proie à des réactions violentes, l’Arabie Saoudite a marqué une distance prudente, l’Iran également, l’Ouzbékistan cache tant bien que mal à sa population la présence, sur son territoire, de troupes américaines, l’Egypte, le Soudan et le Nigeria ont connu des manifestations parfois violentes et meurtrières… Ces réactions reflètent, bien sûr, à la fois la colère de la population devant une nouvelle manifestation de la domination sans limite des Etats-Unis, mais aussi la stratégie des fractions islamistes qui profitent de l’occasion pour tenter de déstabiliser les dirigeants en place — c’est le cas au Pakistan, où le président laïc et pro-américain Musharraf a bien du mal à faire face à la pression de la rue et des fractions intégristes.

A côté de ces réactions, les prises de position des uns et des autres peuvent attiser de vieux brasiers : ainsi, l’opposition entre le Pakistan et l’Inde à propos du Cachemire s’est exacerbée à la suite du soutien plus qu’inconditionnel offert par les Américains au régime en place au Pakistan. L’opposition est encore renforcée par le fait que l’Inde n’a jamais tourné complètement le dos à la Russie et que la Chine, concurrente directe de l’Inde sur le plan militaire et économique, soutient le Pakistan.

Un autre élément de fragilité dans la région est la disparition des « vieux monarques » en Jordanie et en Syrie, ainsi que le vieillissement du roi d’Arabie Saoudite. D’une certaine manière, le couvercle qui était maintenu sur les tensions sociales et politiques par les vieux dictateurs majoritairement pro-américains a été enlevé, rendant les situations plus difficiles à contenir pour la jeune génération, et mettant probablement celle-ci dans l’obligation de gérer les Etats de manière plus moderne. Enfin, l’abcès que constitue le conflit palestino-israélien ainsi que l’exacerbation que celui-ci connaît par l’aggravation catastrophique de l’état de l’économie en Israël, l’étranglement économique des territoires palestiniens et la fin des illusions politiques de ces derniers, sont des éléments qui viennent encore ajouter à la précarité de l’équilibre régional.

Du côté des «alliés » européens, si on chante en chœur avec les Américains, ce n’est pas toujours sur le même ton, et des dissonances se font entendre depuis le début. Ainsi, si la Grande-Bretagne joue son rôle d’allié privilégié en participant aux opérations militaires sur le terrain, les Européens ont souvent pris leurs distances vis-à-vis des envies trop ouvertement belliqueuses des Etats-Unis, appelant ceux-ci à la modération. Leur fonction est surtout diplomatique ; la présidence européenne déploie beaucoup d’énergie pour tenter de maintenir un soutien aux frappes américaines. On ne compte plus les voyages de la « troïka européenne » pour arrondir les angles, ni les discours pathétiques de Tony Blair. De plus, les gouvernements européens doivent aussi tenir compte de leurs opinions publiques. Même si ce conflit oppose des militaires professionnels à ce qui est présenté comme des « brutes terroristes incultes » dans un coin lointain de la planète, même si les informations sur ce conflit sont diffusées au compte-gouttes, les « bavures » incessantes dont est victime la population locale ainsi qu’un enlisement du conflit, avec les menaces d’embrasement général qu’il impliquerait, ne laissent pas la population européenne indifférente. Une preuve de ceci est l’arsenal idéologique sans précédent qui est déployé pour maintenir un état de peur justifiant l’injustifiable opération guerrière actuelle.

Enfin, si, pour le moment, Chine, Russie et Etats-Unis sont unis derrière un intérêt commun, on peut se demander combien de temps ces concurrents vont maintenir leur entente, surtout lorsqu’il s’agira pour les Américains de s’installer durablement dans la région.

L’unité actuelle parmi les « alliés » ne doit donc pas nous faire oublier les intérêts économiques et stratégiques opposés des différents gouvernements. Si la bourgeoisie peut trouver un avantage à déployer une stratégie commune, elle n’en reste pas moins tenaillée par une concurrence économique de plus en plus féroce qui ne fait qu’exacerber les tensions impérialistes entre les rivaux. Le fait que ces tensions ne s’expriment pas en termes de guerres ouvertes entre protagonistes impérialistes opposés ne veut pas dire que nous nous trouvons dans un monde qui aurait dépassé ses oppositions, harmonieux et dirigé par une bourgeoisie sans rivalités. Le monde actuel est tout sauf harmonieux, tout sauf dénué de tensions impérialistes. Même si la mondialisation de l’économie pousse actuellement les Etats à mettre en veilleuse certaines de leurs divergences, celles-ci sont très présentes, exacerbées par la crise économique et perceptibles derrière chaque conflit (pour ne citer que les Balkans ou aujourd’hui le Proche et le Moyen-Orient). L’impérialisme est un des fondements du système capitaliste, tout comme le sont la pénurie et la concurrence.

Les aspects idéologiques

Cette fois encore, la classe dominante internationale nous a donné à voir sa force à manier l’idéologie ! Celle-ci s’est exercée dans deux directions : vers les pays « alliés » musulmans, et vers les populations occidentales.

La pression idéologique tous azimuts exercée par les Etats-Unis (pas de bombes le jour de la prière, nouvelle chance donnée aux Talibans pour qu’ils livrent Ben Laden, largage de rations alimentaires, multiplication des discours bienveillants à l’égard des musulmans, compensations économiques énormes versées au Pakistan, etc.) prouvent à suffisance que Bush tente de manier la carotte et le bâton simultanément par crainte de réactions trop fortes. Cette double tactique est révélatrice de la fragilité de la situation des pays voisins de l’Afghanistan, du malaise des « alliés » à s’engager dans une guerre, et probablement des oppositions au sein de cabinet Bush entre les tenants de l’action guerrière et les défenseurs de la diplomatie.

Dans les pays européens, quelques manifestations ont eu lieu mais, à notre connaissance, malgré l’intérêt ou les potentialités de certaines réactions, il ne s’est encore rien produit de trop menaçant pour les gouvernements en place. Néanmoins, la bourgeoisie n’a pas les coudées franches, si l’on regarde la distance que les « alliés » ont prise dès le départ vis-à-vis des propos trop guerriers tenus par Bush. Si les manifestations contre la guerre ne connaissent pas un développement important, il règne, au sein des populations, un climat de critique quant à l’action américaine. Cette distance peut également être révélatrice de tensions entre la domination militaro-politique imposée par les Etats-Unis et les souhaits, manifestés par les Européens dans leurs tentatives de créer une force militaire commune européenne, d’affirmer une plus grande autonomie. Dans ce contexte, la tension entre dollar et euro s’est accentuée.

Il faut aussi souligner les mouvements d’opposition parfois très violents et les grèves qui se sont déroulés dans les pays de la zone orientale : au Pakistan, Nigeria, Indonésie, Iran, Arabie Saoudite. Il est clair que, malgré la répression de ces manifestations, le mécontentement s’amplifie.

Mais, à côté du ménagement prodigué aux pays « alliés », nous devons surtout souligner le battage idéologique phénoménal mené en direction des populations. Que ce soit via les images des avions fonçant sur les tours du World Trade Center ou de gens sautant par les fenêtres, la diffusion des messages téléphoniques des victimes, ou encore grâce à la véritable psychose à l’attentat et à la guerre bactériologique qui sont entretenues sans relâche, nous pouvons constater que la bourgeoisie a frappé un grand coup ! Ces derniers mois, les médias étaient remplis d’images de manifestants anti-mondialisation, des « bavures » policières à l’encontre de ces manifestants. Il est clair que les potentialités de remises de question du fonctionnement global du système que pouvaient contenir ces mouvements sont aujourd’hui reléguées derrière le choc émotionnel entretenu par les outils de l’idéologie dominante.

De plus, depuis quelques temps, la bourgeoisie nous présente la guerre comme une œuvre humanitaire de libération de populations opprimées. Qui aurait défendu l’infâme tyran de Bagdad, l’abominable Milosevic ou les Talibans qui privent les femmes de visage ? La guerre n’est plus la guerre, mais la libération des Koweïtiens envahis, des Albanais ethniquement purifiés et des Afghans affamés. Cette vision combinée à celle des « frappes chirurgicales » est bien éloignée de l’image des tranchées des deux guerres mondiales et du sang qui y fut versé. Nous devons dénoncer ceci parce que ce genre d’argument permet actuellement à la bourgeoisie d’apparaître comme non belliqueuse (ôtant ainsi la possibilité de prendre conscience de la nature violente du capitalisme) et empêche les oppositions aux interventions militaires. Il faut renvoyer dos à dos et dénoncer pareillement terroristes et riposte au terrorisme comme les deux faces d’une même pièce : celle de la violence générée par ce système de misère.

La pression idéologique actuelle pèse certainement très lourd sur le peu de réactions ouvertes d’opposition à cette guerre. On ne peut signaler que des manifestations qui, dans les pays européens, n’ont pas été massives. Il faut aussi souligner — et c’est quand même un aspect positif — que, malgré le battage médiatique énorme dirigé vers les populations européennes et américaines, on n’assiste certainement pas à l’engouement patriotique auquel la bourgeoisie voudrait nous faire croire. Bien au contraire, l’ambiance générale est plutôt à la prise de distance par rapport à la guerre actuelle, ce qui peut nous faire considérer qu’il n’y a pas d’embrigadement idéologique. On doit quand même se demander, malgré cela, pourquoi nous n’assistons pas à davantage de manifestations d’opposition. Si on repense aux mobilisations contre le parti néo-nazi de Haider, on peut se dire qu’il s’agissait là de s’opposer à quelque chose de « connu » : l’horreur de la guerre de 40, des camps d’extermination. La guerre actuelle ne semble pas permettre des représentations très précises de ce que ce qui se passe sur le terrain est bien une guerre, avec des morts d’innocents, du sang versé. Ceci dit, cet emballage et cette pression idéologique constante n’expliquent pas à eux seuls le peu de réactions populaires face aux frappes américaines. Il faut à nouveau invoquer la difficulté pour notre classe à dégager ses perspectives dans cette absence relative de réactions. Très souvent, même si on entend un discours critique, si on constate une non-adhésion aux desseins bourgeois, on se trouve souvent face à un sentiment d’impuissance et une impression de ne pas avoir de prise sur les événements.

En conclusion

Le monde du capitalisme décadent est de plus en plus violent et destructeur. Les attentats commis aux Etats-Unis le 11 septembre ne sont qu’un exemple des perspectives qui sont offertes par le fonctionnement de ce système. L’analyse des raisons qui sous-tendent ces attentats nous a permis de dégager les enjeux économiques, stratégiques et idéologiques générés par cette situation.

Plus que jamais, il est clair que la survie de l’humanité ne réside pas dans la poursuite du capitalisme mais bien dans la destruction de celui-ci et son remplacement par une société nouvelle. Ce projet de nouvelle société est porté par une classe internationale : le prolétariat, qui n’est lié à aucun intérêt économique, politique ou stratégique mais qui subit de plein fouet l’exploitation capitaliste. Même si cette classe sociale a aujourd’hui beaucoup de difficultés à percevoir sa communauté d’intérêt, à se reconnaître comme classe et à dégager ses perspectives et ses moyens d’actions, les conditions d’exploitation auxquelles elle est soumise, et les réactions de lutte de classe qui se manifestent avec plus de vigueur depuis les années 1990, peuvent nous indiquer qu’à un niveau historique, le processus de prise de conscience poursuit son cheminement heurté.

Rose

Octobre 2001


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